Les secrets d’un dinar qui résiste

dinar tunisien L'Economiste Maghrébin
L’hypothèse d’un euro à 4 dinars à la fin de l’année est peu probable.

Le dinar affiche relativement une « bonne santé » depuis le début de l’année. Toutefois, il est encore tôt pour juger de l’exercice de notre devise.

Pour mieux juger ce début, il convient de remonter un peu en arrière et observer le comportement du dinar durant la même période, lors des derniers ans. Sur les mois janvier – mai de chacune des années 2015-19, le dinar a bien résisté à l’exception de 2017, où la sortie de la ministre des Finances en fonction avait causé une rapide appréciation de la monnaie unique.

En 2015, le dinar a gagné 4,6% avant d’enchaîner deux années de baisse : -5,04% en 2016 et -12.25% en 2017. En 2018, les cinq premiers mois se sont soldés par un équilibre fragile (une appréciation de 0,1%). Le comportement du dinar durant l’année 2019 reste le meilleur depuis 2015 avec une appréciation de 1,1% face à l’euro.

Il est donc clair à partir de ces chiffres que les débuts du dinar sont toujours assez résilients durant la première moitié de l’année. 2019 n’est donc pas une exception. De plus, cela montre qu’en réalité, la BCT n’a rien fait d’exceptionnel pour soutenir notre monnaie contrairement à ce que présument plusieurs.

Une tendance qui s’explique

Trois principales raisons sont derrière cette tendance. Il y a d’abord la bonne situation, relative, des finances publiques. La première partie de l’année est marquée par l’encaissement de l’impôt sur les sociétés, ce qui dote l’administration de ressources importantes. Nous avons déjà constaté la faible pression sur le marché des BTA. Il est vrai que cela revient en partie à la hausse des taux. Mais la disponibilité de ressources pour honorer à ses engagements fait que les réserves en devises n’ont pas été sollicitées pour combler un manque particulier.

Le second point reste la baisse des importations durant cette période. Les chiffres du commerce extérieur ont montré une baisse de 2,0% en rythme annuel à prix constant (en volume) et ce, bien que les importations du secteur de l’énergie soient en forte hausse de 9,8%. Mais ce n’est pas seulement la baisse des importations qui ont relativement préservé le dinar. Il y a également les exportations. Ces dernières ont baissé de 2,7% en volume durant la période. Ce recul provient essentiellement des secteurs textiles, habillement et cuir (2,7%) et des industries mécaniques et électriques (1,8%). Ces domaines d’activité nécessitent beaucoup de produits finis et semi-finis importés.

Ainsi, le recul de la demande étrangère se traduit par une baisse de consommation de matières importées. En fait, les importations des textiles, habillement et cuir et des industries mécaniques et électriques ont respectivement reculé de 2,5% et de 5,3%, en volume, depuis le début de l’année.

Le troisième facteur est ce qu’a dit le Gouverneur de la BCT devant la commission de législation générale de l’ARP. Le manque de liquidité a poussé beaucoup de détenteurs informels de devise à les transformer en dinars, créant ainsi un soutien additionnel et inattendu à notre monnaie.

La seconde moitié de l’année sera décisive

Il est évident que l’évolution future va dépendre de la performance globale de l’économie. Le problème est que les chiffres de la croissance ont déçu durant le premier trimestre.

Maintenant, plus l’année avance, plus la pression va s’accentuer sur les finances publiques et plus il y aura de la demande sur le peu de la réserve de change dont nous disposons. Le rythme de la production des phosphates, du pétrole et les recettes touristiques seront très importantes pour les mois à venir. La baisse de la demande de l’Union européenne est problématique. Il serait très utile de promulguer le nouveau Code de change, ou au moins modifier la version actuelle, car il n’y a plus de temps avant les élections.

Nous gardons toujours comme peu probable l’hypothèse d’un euro à 4 dinars à la fin de l’année. Cela signifie une baisse de plus de 17% d’ici là. Bien évidemment, tout reste probable dans une année élective avec les surprises qu’elle peut apporter. Toutefois, nous pensons qu’un dinar à ce niveau ne fera l’affaire de personne.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here