La Libye et la France : un jeu trouble

Libye France L'Economiste Maghrébin

En Libye, depuis la chute de Kadhafi et l’intervention militaire des forces de l’OTAN– soutenues par quelques pays arabes–, l’ordre et l’unité ne sont toujours pas rétablis. La sécurité, la stabilité et l’unité nationales demeurent les principaux défis de la Libye post-Kadhafi.

Cependant, si la production pétrolière est susceptible de financer une reconstruction rapide du pays, cette manne exaspère les tensions claniques et tribales, ainsi que la tentation hégémonique des deux principales forces politiques du pays.

Pis, depuis le lancement de l’offensive militaire du Maréchal Haftar pour s’emparer du contrôle de Tripoli, le spectre du chaos politique et sécuritaire est de retour.

La Libye , enjeu d’intérêts personnels

Pourtant, la situation actuelle est la conséquence de l’intervention militaire de la coalition internationale. En ce sens, la France porte une responsabilité dans la tragédie libyenne. C’est notamment ce qui ressort des conclusions du rapport parlementaire britannique rendu public le 14 septembre 2016.

En effet, derrière le renversement du régime, les motivations réelles qui ont animé le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, ont été « révélées » par le rapport britannique.

Car soupçonné d’avoir bénéficié en 2007 de fonds libyens afin de financer sa campagne, il aurait pris la décision d’intervenir en Libye en 2011 dans le but, entre autres, d’accéder au pétrole libyen, d’accroître l’influence française en Afrique du Nord et… d’améliorer sa situation politique en France.

Non seulement on est très loin des considérations humanitaires invoquées à l’époque, mais l’intérêt du peuple libyen ne semble à aucun moment pris en compte. Seuls les intérêts nationaux et personnels (celui de N. Sarkozy) ont voix au chapitre. En France, ce rapport n’a pas eu d’écho et la question politique sur la légitimité de l’intervention militaire s’est à peine posée.

A qui profite le chaos qui règne en Libye ?

Mais, l’arrivée au pouvoir du président Macron a changé la donne : lors de sa visite d’État en Tunisie, en février 2018, il s’était livré à une critique de principe de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye et que la France avait initiée.

Par ailleurs, le chaos sécuritaire est entretenu par une crise politique et institutionnelle sans fin. Aucun des deux gouvernements actuels ne dispose de l’autorité nécessaire pour exercer son pouvoir sur l’ensemble du territoire national et rétablir une paix durable. Pis, l’opposition entre les deux hommes forts de Libye que sont Fayez al-Sarraj et Kalifa Haftar, accentue l’instabilité déjà omniprésente.

Ni l’ONU, ni les Européens ou les pays voisins n’ont réussi à obtenir un compromis politique entre les deux parties antagonistes (« Tobrouk-Baïda » à l’Est et « Tripoli » à l’Ouest), dirigées respectivement par le maréchal Khalifa Haftar, chef de l’armée libyenne et homme fort de la Cyrénaïque, et Faïez Sarraj, le chef du gouvernement d’« union nationale » reconnu par la communauté internationale.

Aujourd’hui, la France tente de s’imposer comme un interlocuteur incontournable de la crise libyenne. Ainsi, c’est à Paris que le 25 juillet 2017 les deux leaders libyens ont « agréé » (et donc non signé) une « feuille de route »– qui réitère la validité des accords signés en 2015 sous l’égide des Nations unies–, dans laquelle ils s’engagent à un cessez-le-feu ouvrant la voie à une réconciliation nationale et à un « processus électoral » au printemps.

La France joue-t-elle son va-tout en Libye ?

Emmanuel Macron, qui a salué leur « courage historique » après leur poignée de main, a toutefois un autre agenda en tête : obtenir, par l’apaisement de la situation sécuritaire en Libye, une intensification de la lutte contre les trafics d’armes au Sahel– où l’armée française est déployée dans le cadre de l’opération Barkhane– et une stabilisation des départs de migrants à destination des côtes italiennes. Finalement, l’accord est resté lettre morte…

Après cet échec, la France est apparue comme le premier soutien occidental du maréchal Haftar, qui l’a convaincue d’être le meilleur rempart contre la diffusion de la menace djihadiste dans la région et en Europe.

Or l’offensive militaire de l’homme fort de l’Est Cyrénaïque a pris la France de court : non seulement elle n’aurait pas été prévenue, mais elle est condamnée par l’ONU et l’Union européenne. Une offensive qui a ainsi placé la France dans une situation diplomatique délicate. C’est dans ce contexte que le maréchal Haftar sera à nouveau reçu à Paris, dans les jours à venir. Le président Macron entend encore œuvrer à la reprise du dialogue dans le pays.

La rencontre de Paris « aura pour objet d’échanger sur la situation en Libye et les conditions de reprise du dialogue politique, à la suite de la visite du Premier ministre [Faïez Sarraj, le rival d’Haftar], et en lien avec l’ONU et nos partenaires », a précisé l’Elysée. Reste que la France a perdu en crédibilité…

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