Tunisie : 1,2 milliard de dinars de bénéfices bancaires en 2018

Secteur bancaire tunisien L'Economiste Maghrébin

Avec la publication des états financiers de la plupart des banques, nous disposons d’une image quasi-complète sur les performances du secteur durant 2018. Les bénéfices ont atteint un nouveau record : 1,236 milliard de dinars.

Effet taux

Les gains des 18 banques, dont les chiffres sont disponibles, ont progressé de 176,732 millions de dinars par rapport à l’année précédente. Mais la contribution à cette progression n’est pas linéaire pour tous les opérateurs. 29,4% de la hausse totale proviennent de la BIAT, 16,4% de la BNA Bank, 14,1% de la BH Bank, 13,1% de l’UIB et 10,6% d’Attijari bank. Ainsi, cinq établissements ont assuré près de 84% de l’amélioration des résultats du secteur. Il y a même des banques qui ont affiché des pertes durant 2018.

Cette amélioration à deux chiffres des bénéfices (16,6% en rythme annuel) provient essentiellement de la hausse du Produit Net Bancaire du secteur qui s’est établi à 4,683 milliards de dinars, soit 17% de plus par rapport à 2017. C’est une progression parfaitement en ligne avec celles du résultat net global.

A notre avis, ce parallélisme est inquiétant. Logiquement, l’environnement économique actuel est un facteur en faveur d’une dégradation de la qualité de l’actif. Plusieurs sociétés rencontrent des difficultés pour rembourser leurs dettes, ce qui signifie un coût de risque plus élevé. Curieusement, nous ne voyons pas cela dans les états financiers. Cette tendance est à suivre de près pour voir si l’appréciation actuelle des risques est vraiment la bonne.

banques tunisiennes L'Economiste Maghrébin
Bénéfices Nets des banques tunisiennes 2017-18

« Grandes » banques, petite économie

Mais bien que ce montant de bénéfices soit en quelque sorte important pour l’économie tunisienne, il reste très faible par rapport à l’industrie bancaire dans le monde. A titre d’exemple, Attijariwafa bank a réalisé un résultat net consolidé de plus de 1,7 milliard de dinars pour l’année 2018. Inutile donc d’aller plus loin et comparer nos établissements avec ceux de la rive nord de la Méditerranée.

Cette petite taille de nos structures de financement fait partie de ces cancers métastasés de notre économie. Les banques sont nombreuses, avec une offre de services quasiment identique à l’exception de quelques-unes qui tentent la différenciation. Un bon nombre d’établissements sont en phase d’investissement dans leurs systèmes d’informations afin de se mettre à l’heure de la digitalisation. Ils veulent donc continuer à jouer en solo alors que nous avons besoin de champions capables de financer de gros projets. Ce genre de banques peut tirer vers le haut le secteur et créer ce mouvement de consolidation tant attendu.

Malheureusement, cette façon de voir les choses n’existe pas encore en Tunisie. Et même si elle existe, la base d’un mariage entre deux banques est la synergie de coûts. Mais devant la force des syndicats, qui ose aujourd’hui licencier un seul banquier ? Donc fusionner pour rester avec les mêmes charges de structure n’a aucun sens. Nous sommes donc bien partis pour fonctionner avec un secteur fragmenté pour encore de longues années.

Augmenter la taille des bilans s’impose

Dans ce cas, il faut aller chercher la croissance en dehors de la Tunisie. En Afrique ? Cela nécessite avant tout des fonds propres au moment où la plupart des banques ont besoin d’argent frais pour leurs activités locales. De plus, une telle expansion nécessite une connaissance approfondie de ces économies pour savoir gérer les risques de contrepartie. Cela sans oublier la nécessité de mobiliser des devises pour de telles opérations, ce qui ne semble pas possible avec nos réserves actuelles de change.

Tout ce que nous venons d’exposer signifie que les banques vont encore garder leur business model classique, basé sur l’octroi de crédits et bénéficiant des taux d’intérêt actuels. Mais les taux ne montent pas jusqu’au ciel et le cycle économique va évoluer de sorte qu’ils baisseront tôt ou tard.

A ce moment, on passera plutôt à des stratégies de réduction de coûts pour garder la profitabilité. Mais puisque les coûts tunisiens sont rigides, il faut impérativement augmenter la taille de son bilan. C’est à ce moment-là que le dossier de la consolidation du secteur s’ouvrira.

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Bassem ENNAIFAR
De formation en gestion, il a rejoint l'Université de Reims Champagne-Ardenne en tant que membre d'une équipe de recherche en corporate governance entre 2006 et 2009, tout en enseignant à l'IHEC de Sfax. Il a rejoint après la Compagnie Gestion et Finance en tant qu'analyste financier avant d'occuper le poste de responsable corporate et se spécialiser dans les opérations de haut de bilan. Analyste également chez AlphaMena depuis 2011, il a rejoint l'équipe du premier bureau de recherche financière indépendante en Europe, AlphaValue.

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