L’UGTT passe à l’action et entame une nouvelle grève générale

UGTT - l'économiste maghrébin

La messe est dite. La grève générale du secteur public et de la fonction publique aura bien lieu demain 17 janvier 2019. Ainsi l’UGTT a annoncé une décision irréversible.

D’ailleurs, l’ambiance autour du siège de l’UGTT à la place Mohamed Ali, aujourd’hui 16 janvier,  présage une tension en vue.  Des slogans hostiles au gouvernement, des pancartes rappelant le militantisme de la centrale syndicale et une présence sécuritaire renforcée autour du siège.  Rien que de voir cette ambiance pour  se rafraîchir la mémoire et se rappeler que l’UGTT n’a jamais perdu ses combats contre le pouvoir politique.

A la salle où se tiendra la conférence de presse, une présence sans précédent de journalistes et de cadreurs venus pour assurer la couverture médiatique de cette conférence de presse qui se tient après l’échec de la séance de négociation entre les membres de la commission 5+5, hier 15 janvier.  Tous les indices indiquent que  quelque chose se prépare surtout qu’on est en plein droit de se rappeler le triste 26 janvier 1978 dont les traces sont indélébiles pour les syndicalistes.

«  A ce moment-là, les sbires et les mercenaires du pouvoir en place ont pillé, saccagé et violenté. Plus tard on a accusé les syndicalistes de l’UGTT d’être derrière la violence », se rappelle Sami Tahri porte-parole de l’UGTT,  à la fin de la conférence de presse, en tenant le micro de la Chaîne nationale pour appeler les syndicalistes , les travailleurs et fonctionnaires à la discipline et ne pas répondre à la provocation pour ne pas tomber au piège de la violence du début à la fin de la grève générale.

Les déclarations surprenantes ne manquent pas dans cette conférence de presse qui pourrait être historique. La première déclaration n’est pas la seule d’ailleurs : la rencontre entre le Chef du gouvernement Youssef Chahed et le secrétaire général de l’UGTT Noureddine Taboubi n’a duré que trois minutes. Pire encore, le sujet de la grève générale n’a même pas été évoqué. «  Ce n’était qu’une rencontre protocolaire », commente Sami Tahri.  Ainsi, cette rencontre considérée comme la dernière solution pour le déblocage de la situation a volé en éclats.

Alors que les journalistes n’ont pas encore digéré ce coup de théâtre inattendu, Abdelkrim Jrad secrétaire adjoint de la centrale syndicale chargé de la réforme des caisses sociales révèle une partie des coulisses des négociations. D’ailleurs,  parmi les principes éthiques de l’UGTT est de ne plus évoquer les coulisses des négociations aux médias, par respect à la confidentialité des séances. Cependant, cette règle a été transgressée cette fois, non pas dans un souci de créer le buzz mais pour éclairer l’opinion publique.

Ce syndicaliste qui s’est tant  battu pour la réforme des caisses sociales affirme que lors de cette séance de négociation entre les deux parties, les représentants du gouvernement évoquent  le refus des bailleurs des fonds de l’octroi des augmentations salariales et évoquent «  des pressions étrangères ».

Mais la dernière séance de négociation était le comble. Les représentants du gouvernement sont arrivés en retard  et ont affirmé que ce retard est dû à  des négociations avec le FMI concernant la masse salariale. Bien évidemment, les syndicalistes n’ont pas regardé cette déclaration d’un bon œil en déplorant cette atteinte à la souveraineté. «  Si c’est le cas, qu’on ramène le représentant du FMI en personne pour mener les négociations avec lui », lance le secrétaire général adjoint  de l’UGTT, chargé des établissements publics Hfaiedh Hfaiedh.  La grève générale n’est pas la dernière étape. La centrale syndicale tiendra une commission administrative nationale  prochainement pour examiner la situation et décider des autres formes d’action.

Les syndicalistes  ont tiré à boulets rouges sur le porte-parole du gouvernement, Iyed Dahmani. Hfaiedh Hfaiedh  ne manque pas de dévoiler que le porte-parole du gouvernement veut induire le peuple en erreur en avançant que la proposition de l’UGTT à propos des salaires de la fonction publique coûtera 2500 millions de dinars à l’Etat alors qu’elle coûtera 1200 millions de dinars.

«Iyed Dahmani vient souvent à la fin des séances de négociations et sa seule question est toujours relative au déroulement de la grève générale » dévoile-t-il.  Il a rappelé le refus de la centrale syndicale de la réduction fiscale proposée par le gouvernement étant donné qu’elle privera les caisses sociales de liquidités nécessaires et empêchera l’ajustement  des pensions des retraités. D’après ses estimations, en cas d’application, elle privera les caisses sociales de 200 millions de dinars.  Par ailleurs, il a pris soin de présenter les concessions faites par l’UGTT pour faire avancer les négociations mais en vain.

Interpellé sur la déclaration d’Iyed Dahmani qui porte sur la hausse de l’inflation suite aux augmentations salariales, Sami Tahri sur un ton déterminé et confiant à la fois répond que l’inflation est au rendez-vous avec ou sans augmentations salariales. Avant de rappeler que l’Etat souffre d’autres maux à l’instar du déficit de la balance commerciale, des impayés de la CNSS et des prêts  non honorés. Ainsi, les syndicalistes  n’ont pas manqué d’arguments  pour répondre à leurs détracteurs.

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