Décalage horaire

femmes

D’un côté, le rituel de la célébration le 10 décembre de chaque année, de l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies – le 10 décembre 1948 à Paris – de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

De l’autre, pas de liberté sans égalité rappelle Kurim Naidoo, Secrétaire général d’Amnesty International, dans une tribune parue dans la dernière livraison du « Monde Diplomatique ». Entre les deux, la femme tunisienne objet de toutes les polémiques.

Cette fois-ci, et depuis plusieurs mois, tout le monde s’étripe pour une question d’…héritage.

Le pays a d’autres chats à fouetter, reprennent en chœur et sur un ton menaçant les anti- égalité dans la succession. Sur de la braise, le projet concocté par la COLIBE de Bochra Bel Haj Hamida, sur recommandation du Président de la République, et adopté lors du premier Conseil des ministres que le chef de l’Etat préside. Et sans doute pas le dernier vu l’état des lieux dans cette maison Tunisie de tous les retournements de veste possibles et imaginables.

En attendant que tout le monde s’accorde, pour les femmes, c’est harcèlement, violences, viols, sexisme, et cette bataille contre les préjugés qui est loin d’être terminée. L’égalité successorale n’en étant qu’un épisode parmi beaucoup d’autres tant qu’il y aura des hommes pour empêcher ; tant qu’il y aura des femmes pour y souscrire et accepter.

Quand des hommes et des femmes font monter la tension pour dire au nom du Très-Haut, trop c’est trop, cela peut mener loin… Imraetouna fi al moujtamaa si chère à Haddad, le précurseur et à Bourguiba, le libérateur. Le président Essebsi voudrait tellement prendre les habits du continuateur, sauf que les farouches résistances ont fait le reste.

Les macheikhs de l’époque zeitounienne des années trente n’ont pas à vrai dire déserté les lieux. Résultat des courses : une ambition revue à la baisse et un projet se voulant avant-gardiste, revisité de façon à ce qu’il soit vidé de sa substance. Aux parents de décider. Autant dire retour à la case départ.

Dans le camp présidentiel, on a bien sur appelé cela, percée spectaculaire en attendant le verdict de l’ARP. Quand à savoir s’ils sont dans le licite ou l’illicite, cela fait longtemps que nombre de parents ont tranché, laissant le soin aux politiques et aux religieux de continuer leurs passe d’armes et de s’interroger sur le fait de savoir s’il y a décalage horaire ou pas.

Bourguiba a eu l’intelligence de faire l’impasse sur le sujet. Essebsi lui, s’est dit, je fonce maintenant pour mieux mettre à nu son ami d’hier… Après le fameux Al hidad ala imraatou al haddad, et haro sur le CSP de Bourguiba le mécréant et ennemi de l’islam, voici venu le temps de Essebsi, Ben Hamida et sa COLIBE, tous en enfer. Feux croisés, destins croisés ? BCE pourra-il s’en tirer ?

Défendre les droits des femmes dans un monde arabo-musulman qui voit la femme plus démon qu’ange, c’est très compliqué… Je ne sais pas si dans le fait de laisser le libre-arbitre aux parents, on a vraiment trouvé la bonne solution ou bien a-t-on finalement sacrifié aux arrangements pernicieux, sous peine de prendre à témoin la rue… Dans les mosquées en tout cas, les défenseurs de l’orthodoxie ont déjà pris le relais…

Ouridou hallel, les férus de cinéma se rappellent sans doute ce film très engagé du cinéaste égyptien Saïd Marzouk sorti sur les écrans en 1975 et qui a fait date. Quelle classe, la sublime Faten Hamama dans le rôle d’une femme qui veut absolument s’émanciper de la répudiation masculine très en vogue, et demander de son propre gré le divorce dans une société égyptienne régie par des codes religieux d’un autre temps (ça n’a pas beaucoup changé).

En face, un étincelant Rochdi Abadha dans le rôle du macho prisonnier de ses archaïsmes et qui veut dicter sa loi avec la complicité d’un Al Azhar et des médias plus conservateurs que jamais… En langage du terroir, on dira choufli hall, même si à Tunis, on n’en est plus à ce stade. En revanche, comme au Caire, on en est encore à chercher désespérément des solutions pour sortir du marasme, même si au pays des Pharaons, on a fait d’autres choix…

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