Ahmed El Karm : «Il n’y a plus de raison de séparer banque et assurance»

Ahmed El Karm L'Economiste Maghrébin

La Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie (CTFCI), la FTUSA (Fédération Tunisienne des Assurances) et l’APTBEF (Association Professionnelle Tunisienne des Banques et Etablissements Financiers) ont organisé aujourd’hui à Tunis un séminaire sur les opportunités et les défis de la bancassurance en Tunisie.

L’objectif étant de dresser un état des lieux et présenter des cas de réussite en Tunisie et les freins au développement de la bancassurance. Il s’agit également de dégager des pistes de réflexion futures, mutualiser les efforts et identifier les préalables à satisfaire pour la bancassurance.

Intervenant au panel d’ouverture, Ahmed El Karm, président de l’APTBEF, a souligné que la bancassurance est un accélérateur pour sécuriser les affaires. C’est aussi un vecteur majeur de  la couverture des risques. Ce qui nécessite l’alliance des acteurs concernés pour assurer les entités économiques et des citoyens. Le président de l’APTBEF considère que la bancassurance est aussi un vecteur majeur pour développer l’épargne notamment dans la partie assurance-vie.

Bancassurance : une situation inadmissible

Le taux d’épargne en Tunisie est aujourd’hui inférieur à 10% alors qu’il avoisinait les 20% sept ans auparavant. « C’est un taux angoissant qui nous interpelle parce que les choses n’ont pas bien fonctionné ! », regrette Ahmed El karm.

En Tunisie, le montant de l’assurance géré par la bancassurance a atteint l’équivalent de 445 millions de dinars, soit environ 11% du total des assurances collectées en Tunisie. Contrairement en France la bancassurance capte près de 75% des primes d’assurance. Toujours en Tunisie, les primes d’assurance-vie (obligatoire) et l’assurance-crédit constituent 95% des ressources de la bancassurance.

« Nous sommes très loin et en déphasage de ce qui se passe sur le plan international. Le système de retrait a toujours été basé sur le système de répartition. Or ce système a atteint ses limites, ce qui cause des problèmes majeurs pour les caisses sociales.  Il y a urgence de trouver des canaux pour mobiliser l’épargne et rattraper le retard. Il n’y a plus raison de séparer banque et assurance. Celles-ci sont de plus en plus rapprochées. Nous parlons de plus en plus d’un marché intégré« , a souligné le président de l’APTBEF.

Ahmed El Karm a, par ailleurs, reproché l’absence, auprès des parties prenantes, d’une volonté forte pour développer la bancassurance. Et ce, malgré l’importante marge de manœuvre pour faire évoluer cette activité.

Le président de l’APTBEF n’a pas manqué, à cette occasion, d’énumérer les causes de retard de cette activité en Tunisie. Il s’agit notamment d’aspects d’ordre culturel, de faiblesse de communication, du coût élevé pratiqué par les opérateurs du marché et l’absence d’avantages fiscaux et du volontarisme.

Que faire ?

Pour faire face au retard enregistré en matière de bancassurance en Tunisie, Ahmed El Karm a préconisé certaines mesures. Dont notamment de développer des accords stratégiques entre les banques et les compagnies d’assurances. Cela en revoyant le cadre légal, offrant aux assureurs des produits innovants et ouvrant les banques à la bancassurance.

« Les banques doivent être autorisées à vendre les produits d’assurance. Le système fiscal doit encourager la bancassurance », a précisé Ahmed El Karm.

Et d’ajouter qu’il s’agit d’une phase délicate. C’est pourquoi il y a urgence de séparer les barrières entre les banques et les assurances. Il faut offrir des solutions plus globales.

Mme Amel Berrahal, Directrice générale du département Stabilité financière au sein de la BCT, a reconnu la faiblesse du bilan de partenariat entre les banques et les compagnies d’assurances.

« Les banques et les assurances font face aux mêmes défis, notamment avec l’évolution technologique en matière d’ingénierie financière. Il faut œuvre à capter davantage de l’épargne longue », a-t-elle recommandé.

La bancassurance offre une réelle opportunité de création de richesses. Par là même, les professionnels de la banque et de l’assurance devraient résolument s’engager pour financer le développement économique et social. Ils doivent examiner en particulier les voies et moyens de promouvoir le financement des retraites par capitalisation.

Aujourd’hui,  les performances affichées par le secteur de la bancassurance au terme de plus de 16 années d’expérience restent encore  en decà des ambitions annoncées. Un important défi reste donc posé aux professionnels de la banque et de l’assurance.  Mais également aux pouvoirs publics.

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