« Dawlet Al Awbech » ou le temps des salopards

temps des salopards

“Dawlet Al Awbech” (  l’Etat des salopards), une oeuvre majeure de l’universitaire et écrivain tunisien Hassine El Oued qui vient subitement de tirer sa révérence à Riyad où il était parti enseigner pour arrondir des fins de mois devenus difficiles ; il en est revenu les pieds devant. Un harag de luxe est mort, juste au moment où l’université tunisienne connaît sa plus grave crise.

L’argent de toutes les tragédies… Lampedusa mon amour, Lampedusa pour toujours ; des jeunes rongés par l’oisiveté et livrés à eux-mêmes ont été conduits à la mort par des passeurs sans foi ni loi. Naufragés volontaires. Les familles ne peuvent pas nous dire qu’elles ne savaient pas ; même avec le peu d’autorité qui reste à Kerkennah, on ne peut pas nous dire qu’on ne savait pas, qu’on ne pouvait pas prévenir un tel drame.

La faillite est totale, et ce n’est ni le limogeage de Lotfi Brahem, ni les têtes sécuritaires qui sont tombées qui vont changer quoi que ce soit. Il y a bien eu des manquements flagrants et quelque part, complicité et connivence, comme il y a bien eu transaction dans l’air… Colmatez, colmatez, il en restera toujours quelque chose.

La France, a dit un jour Michel Rocard, l’ancien Premier ministre de Mitterrand, ne peut accueillir toute la misère du monde. Depuis, la formule a fait florès, et le nouveau ministre populiste de l’Intérieur Matteo Salvini n’a pas dit autre chose, sauf qu’il est allé trop loin… Non M. Salvini, dire que le pays d’Hannibal tente de fourguer ses délinquants et ses repris de justice à son voisin, c’est comme si vous reniez votre propre histoire.

Dois-je rappeler à notre homme que cette Tunisie, qu’il vient d’épingler si maladroitement, a été il n’y a pas si longtemps une terre d’immigration…clandestine pour ses compatriotes ?

Sans surprise, on est vite monté au créneau pour crier à l’indignation et exiger des excuses publiques ; fadaise, il n’en sera rien, car la réalité, elle, est implacable. Il aurait mieux valu trouver des solutions durables, au lieu d’accuser les autres d’arrogance et d’inhumanité. Combien sont-ils ces Tunisiens qui vivent légalement dans la péninsule ? Des milliers. Alors, qu’on ne vienne surtout pas crier au scandale, car si scandale il y a, il est bien dans nos propres murs. Les mamans éplorées ont voulu jusqu’au bout croire au miracle, elles auront leurs yeux pour pleurer.

Tous responsables, tous coupables ? Cela, ne fait aucun doute. On a célébré la fête des mères, dans la discrétion, presque en catimini ; c’est que dans nos murs, et révolution à l’envers oblige, fêter un tel événement a tendance chez certains à s’apparenter à du mimétisme ; une invention de kouffar diront nos esprits les plus« éclairés » qui semblent avoir oublié qu’au fil des siècles, toutes les civilisations ont voué un véritable culte à la maternité et ce n’est pas volé.

Les voeux et les cadeaux qui accompagnent généralement ce rituel, nous expliquent les sociologues, ne sont en fin de compte que la préservation d’un geste ancien et un acte utile qui permet de réunir. Que nos chers islamo-conservateurs se rassurent : non, la fête des mères n’est pas une mauvaise habitude empruntée à l’Occident mécréant. Et puis, “l’amour d’un enfant est l’oeuvre de sa mère”, disait Napoléon…

Des images chocs, des témoignages poignants d’une société fragmentée qui s’ignore à l’heure où ailleurs, dans cet autre pays, on s’empiffre et on veille tard le soir ; c’est ce que j’ai vu l’autre jour sur la chaîne Al Moutawasat (MT) ; un reportage sur le dénuement et la détresse qui se lit dans les yeux ; un reportage qui accable l’Etat et qui le met face à ses négligences… Du lait, de la volaille, de la viande, de l’électroménager, quelques couvertures, des mots de réconfort et ce décalage accablant avec cette autre Tunisie, celle du luxe tapageur et de l’opulence qui sont autant de signes visibles et distinctifs de cette fracture sociale qui s’amplifie chaque jour un peu plus.

S’indigner ne suffit plus. Miroir, mon beau miroir, ou quand les riches de ce pays renvoient aux pouvoirs publics le reflet de leur cuisant échec. La mère de toutes les batailles, c’est bien celle contre la pauvreté et la marginalisation ; on attend de la voir engagée… On a déclaré tellement de guerres qui sont mal parties !

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