Abstention

jeunes - L'Economiste Maghrébin

Aussi bien avant ces élections du 6 mai qu’après, ni les médias dans leur ensemble, ni les nouveaux faiseurs d’opinion dans notre pays, ni surtout les partis et les politiques ne se sont essayés à comprendre la tendance que l’on savait déjà massive-à l’abstention chez les électeurs, jeunes, mais de manière plus significative encore chez les moins jeunes pour ce scrutin.

Tout ce beau monde s’est paré d’une confortable vertu citoyenne pour encourager (avec souvent des arguments faibles et redondants) et pousser au vote, mais aussi juger et condamner celles et ceux qui auraient décidé de leur refus de voter, de cette passivité voulue.

Maintenant l’échéance passée, et ses résultats actés, va-t-on vouloir essayer de comprendre le pourquoi de cette abstention, pour éviter que ce choix ne devienne une attitude? Quelques évidences et questionnements peuvent baliser un premier horizon de réflexion :

*La loi électorale peut être considérée comme bien imparfaite, car très largement inspirée du mode de scrutin des législatives de 2014, avec un seul tour et ces fameux plus forts restes, rendant improbable l’application des programmes quand ils sont; et la future gestion des mairies otage de marchandages boutiquiers.

De plus, les compromis rendus obligatoires par celle-là font le lit des deux partis qui dominent la vie politique post 2011, et sapent le moral de celles et ceux qui ont cru un moment pouvoir stopper les frasques et les excès, et même les turpitudes de certains de leurs dirigeants, en donnant un coup de semonce par les urnes. Ils l’ont fait en refusant de se déplacer, et cela prend pour aujourd’hui et demain l’effet d’un coup d’arrêt. Surtout à l’insulte de cette intelligence collective tant encensée! Il aurait été peut-être plus judicieux de s’inspirer d’un mode de scrutin- largement usité dans notre proximité démocratique- de deux tours sur deux dimanches consécutifs, où ne resteraient en lice que les listes ou candidats qualifiés pour le second tour.

Également, il n’aurait pas été illogique d’autoriser un scrutin nominatif, car c’est avant tout une élection de proximité, donc de «connaissance » des personnes, et de confiance dans des capacités réelles ou supposées. De même, personne n’a cru bon s’offusquer de ce diktat de la loi électorale qui octroie le poste au plus jeune en cas d’égalité! Procédé ANTIDÉMOCRATIQUE au possible! Mais les parités paraissent aussi tout à fait discutables quand elles sont ponctuelles et qu’elles ne reflètent en rien les inégalités vécues au quotidien, des femmes dans les espaces de décisions (politique ou entrepreneurial), des personnes handicapées ou à mobilité réduite invisibles dans le monde du travail, et oubliées dans l’architecture des villes et des transports.

* C’est quoi ces élections où les partis présentent à la fois leurs propres listes, des candidats sur des listes «indépendantes », et pour certains, se réunissent dans une liste « d’union civile »? A force de vouloir gagner sur tous les tableaux ouverts, ils ont perdu. Lourdement. Même ceux qui restent des premiers très affaiblis. Et ils le seront davantage dans tous les rendez-vous électoraux si une profonde remise en cause ne vient pas rapidement.

* C’est une élection qui ne vient pas au bon moment, car oui, il y a des moments plus ou moins propices aux rendez-vous électoraux. Les Tunisiens semblent ainsi lassés d’aller aux urnes à ce rythme (constituante, législatives et présidentielles, municipales, et d’autres sont à suivre) sans amélioration notable de la situation générale, ou d’un espoir d’amélioration raisonnable pour eux. Et nous aurions pu prendre le temps de la préparer, et de NOUS y préparer au mieux. A quoi bon voter sinon? A conforter les esprits, ici et ailleurs, que le processus démocratique va bon train? D’autres chantiers indispensables et indissociables de la construction démocratique pérenne sont abandonnés. Volontairement.

* La citoyenneté se construit, s’affirme, jusqu’à devenir un autre moi. Pour tous. Ainsi, les personnes qui s’autorisent à juger les abstentionnistes dans ce scrutin là, et qui leur font le reproche d’un réflexe citoyen incertain, sont souvent celles-là mêmes qui peinent à respecter tout un chacun au quotidien, celles-là mêmes qui utilisent tous les subterfuges possibles pour échapper au règlement de leurs impôts(quitte à enfreindre la loi), celles-là mêmes qui font fi de tous les codes du vivre ensemble(le plus visible étant le code de la route), celles-là mêmes qui polluent leur environnement proximal et qui se demandent pourquoi tout est si sale et malsain..

* Les partis qui font la leçon à leurs concitoyens sont pour l’essentiel d’entre eux parfaitement opaques dans leur fonctionnement et leur financement (en l’absence, il est vrai, d’une loi sur le financement public de la vie politique), et souffrent pour d’autres d’un criant déficit démocratique de management. Les nouveaux parangons d’une démocratie imparfaite et dévoyée sont bien là!  Pourtant, refuser de prendre part à ces premières élections municipales ne veut en aucun cas dire une désaffection continue à l’égard de l’expression démocratique et des droits qui y sont associés. Il est même probable que beaucoup des abstentionnistes aux municipales ne manqueront pas de dire leur voix et leur choix lors des prochaines législatives et présidentielles.

Les scrutins sont différents, les enjeux aussi. Et le temps est un ferment essentiel dans la construction de toute citoyenneté. Il faut surtout espérer, pour nous tous, de pouvoir avoir dorénavant le choix d’un vote de conviction. Le plus fréquemment possible. Celui de l’utile est frappé d’allergie. Voire de caducité.

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