FMI – Tunisie : cette fois, ce sont bien des exigences

Tunisie FMI
FMi 10 avril 2020

Avec le communiqué publié hier soir par le FMI au sujet de la Tunisie, nous pouvons confirmer que la relation avec cette instance internationale est entrée dans une nouvelle phase.

Outre l’introduction classique qui a souligné les avancées notables réalisées par le gouvernement, suivie d’une description dressant un tableau noir de la situation économique, nous constatons que le reste du communiqué contient cette fois des exigences très claires.

Les demandes essentielles du FMI à retenir sont au nombre de quatre :

  1. Des mesures décisives cette année « pour lutter contre l’inflation, réduire le déficit budgétaire et protéger les pauvres ». Déjà, le communiqué parle d’un accord avec la Banque centrale quant à un resserrement supplémentaire des conditions monétaires. En pratique, cela veut dire que le taux directeur repartira à la hausse dès la prochaine réunion du Conseil de la BCT, avec les conséquences sur l’investissement.
  2. La poursuite des efforts visant à « réduire les subventions à l’énergie qui favorisent de manière disproportionnée les plus aisés ». Autrement dit, il y aura de nouvelles hausses pour les prix des carburants dès le début du mois de juillet. C’était attendu vu l’impact de l’évolution du cours du Brent sur les équilibres budgétaires. Rappelons que le budget est basé sur un prix du baril de 54 dollars alors qu’il est à plus de 77 dollars aujourd’hui. Une augmentation d’un dollar du prix du baril de pétrole représente un surcoût de 120 millions de dinars pour le budget de l’Etat, sans oublier que toute hausse de 10 millimes dans le taux de change du dollar coûte à l’Etat tunisien 30 millions de dinars. Le calcul de l’impact donne froid dans le dos.
  3. La réduction de la masse salariale du secteur public « qui est proportionnellement parmi les plus élevées au monde ». Là c’est beaucoup plus compliqué pour le Gouvernement car son vis-à-vis est l’UGTT et le prix politique à payer est extrêmement cher. Réduire les effectifs des fonctionnaires est l’opération la plus dangereuse pour l’exécutif. D’ailleurs, nous assistons à une acrobatie fiscale dans chaque Loi de finances pour éviter de gonfler le ratio de la masse salariale par rapport à la totalité du budget. L’UGTT demande actuellement des revalorisations salariales pour tous les secteurs, ce qui embrouille davantage cette question.
  4. L’adoption du projet de loi sur la réforme des retraites « pour améliorer la viabilité financière du système de sécurité sociale ». Egalement, il s’agit d’une question extrêmement difficile car l’impact sur les entreprises et les salariés sera significatif.

Le FMI insiste, en même temps, sur la nécessité d’assurer des transferts sociaux « accrus aux familles les plus vulnérables afin de les protéger de l’impact de la hausse des prix, accompagneront les efforts de réforme ». Ces transferts seront aussi une source d’inflation, sans oublier la question de l’identification des familles qui auront droit à ces aides.

Enfin, rien de concret n’a été dit à propos du déblocage des 257 millions de dollars tant attendus par la Tunisie. La déclaration s’est achevée par les remerciements pour l’accueil chaleureux de la délégation par les autorités !

C’est loin d’être un communiqué de bon augure.

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