Jeûne : le ministre de l’Intérieur déclenche la polémique

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Manifestation des non-jeûneurs, en 2017, à Tunis

Le jeûne ne cesse d’alimenter les débats. Jeûner ou pas jeûner est un choix intime et individuel, mais il semble que le ministre voie les choses autrement. Voici encore une nouvelle déclaration venant de la part d’un officiel tunisien – le  ministre de l’Intérieur Lotfi Brahem- qui choque l’opinion publique et alimente un débat qu’on croyait révolu depuis des années. 

En effet, Lotfi Brahem,  ministre de l’Intérieur,  a affirmé que la plupart des Tunisiens  pratiquent  le jeûne, lors de sa réponse à une question qui porte sur la fermeture des cafés et des restaurants pendant le mois de ramadan, dans le cadre d’une séance d’audition devant la commission de la législation générale au sein de l’ARP.  D’après le ministre entre 98% et 99% des Tunisiens sont pratiquants. Quant à la minorité de non-jeûneurs, soutient-il, elle est tenue de respecter la foi de la majorité.

Ces propos  interpellent  à plus d’un titre. D’abord, quand on fait partie du gouvernement, on ne parle pas de majorité  et de minorité quand il s’agit de la citoyennetéé, on parle uniquement de citoyens égaux devant la loi, notamment en ce qui concerne les libertés individuelles.  Sur un autre volet, le ministre n’a même pas cité ses sources qui affirment qu’entre 98% et 99% des Tunisiens pratiquent le jeûne.

Le ministre a affirmé que le ministère de l’Intérieur doit protéger tous les Tunisiens quelles que soient leurs croyances. A cet égard, il rappelle que les forces de l’ordre ont protégé les Tunisiens juifs lors du pèlerinage et d’argumenter que par respect pour le culte de la majorité des Tunisiens  qui sacrifient à l’obligation de jeûner, la fermeture des cafés s’impose – à l’exception toutefois des locaux exerçant dans les zones touristiques – non seulement pour ne pas choquer les jeûneurs mais également pour prévenir tout acte d’intimidation contre ces mêmes cafés. Face à ces propos, l’on ne peut que s’interroger :  en quoi un  café ouvert choque-t-il un jeûneur ?  Où est-il écrit qu’un restaurant ou café ouvert porte atteinte à la foi d’un musulman pratiquant ?

Quand une circulaire réglemente le jeûne!

Faut-il rappeler que la fermeture des cafés pendant le mois de Ramadan est une décision  qui remonte à 1981, à l’époque du Premier ministre  Mohamed Mzali,  quand il avait émis une circulaire qui interdisait l’ouverture des cafés avant la rupture du jeûne.  Cette circulaire est-elle conforme à l’esprit de la Constitution de 2014?, notamment dans son article 2 qui stipule que « La Tunisie est un État civil, fondé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la primauté du droit ,et son article 6 : « L’État protège la religion, garantit la liberté de croyance, de conscience et de l’exercice des cultes. Il assure la neutralité des mosquées et des lieux de culte de l’exploitation partisane. ».

On pourrait dire – avec les meilleures intentions du monde » que la circulaire n’est plus conforme à l’esprit de la Constitution 2014 et qu’elle relève de la Cour constitutionnelle  qui pourrait la déclarer anticonstitutionnelle.

Pour rappel, les déclarations du ministre ont choqué des députés, des artistes et des acteurs de la société civile. La député Sabrine Goubantini considère que la protection de la conscience des Tunisiens ne saurait être une prérogative du ministère de l’Intérieur  qui devrait se pencher sur d’autres questions bien plus importantes pour la sécurité des citoyens.

La comédienne Leila Toubel, de son côté, a eu recours à la comédie et a affirmé que  les Tunisiens qui ne font pas le jeûne sont des personnes pacifiques.

Le professeur universitaire Ali Ganoun ne manque pas d’afficher son étonnement.

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