La résignation des expatriés à ne pas revenir en Tunisie

expatriés tunisiens

Le rêve de toute une génération vivant à l’étranger s’est évanoui en quelques années. Bon nombre de nos compatriotes expatriés ont nourri l’espoir pendant très longtemps de revenir s’installer définitivement dans leur beau pays… La Tunisie. Mais la rudesse et la cherté de la vie ont sérieusement ébranlé cette belle ambition qui n’était autre que la suite logique de ce qui était prévu dès le départ par nos concitoyens qui sont partis pour travailler dur loin de leur famille en France, en Belgique, en Allemagne et ailleurs. Même la 2ème et 3ème génération ont ressenti, un temps, ce besoin de retour aux sources pour apporter leurs savoirs et leurs savoir-faire à notre mère-nation.

Les injustices criantes et le marasme social de l’ère Ben Ali étaient encore à un niveau acceptable pour le patriote tunisien qui voyait la Tunisie uniquement par le prisme des vacances. Et à la faveur de l’ancien régime, les vacances étaient un moment de plaisir et de détente pour les étrangers venus soutenir la machine économique pendant la période estivale. Sauf que la situation a bien changé depuis la Révolution. Le bouleversement politique a clairement changé la donne pour tout Tunisien qui voyait en ce pays la possibilité de l’accueillir, soit pour finir ses vieux jours, soit pour y déployer ses talents.

Malheureusement, et c’est le drame que pleurent nos expatriés, le génie, le savoir, la science, l’envie d’emmener ce pays vers un avenir meilleur sont chassés de celui-ci par une mentalité dont on se rend bien compte qu’elle n’est plus compatible avec celle du Tunisien qui a vécu toute son existence au milieu d’une civilisation développée d’un point de vue économique et organisationnel.

Comment s’adapter à un pays où le bakchich est la règle, où tout s’achète et se monnaye au mépris de la loi et de l’intérêt général ? Comment convaincre un compatriote d’Allemagne, le pays de la précision et de la discipline, de revenir dans son pays devenu le théâtre de protestations et de l’anarchie par certains endroits?

Quelles surprises, quel accueil lui réserverait-on s’il décidait de faire le grand saut? Trop d’inconnues qui font peser le risque d’un cuisant échec à un retour définitif, qui même s’il était préparé minutieusement, se heurte à la peur d’une réalité de plus en plus inquiétante.

La réalité d’une sécurité devenue inopérante et d’un genre humain que la crise économique a rendu aigri. Le panorama de la Tunisie ne fait donc plus rêver le compatriote de l’étranger qui s’est résolu à finir son existence loin de sa patrie, en gardant enfoui dans sa chair et son cœur cette souffrance de ne pas rendre son dernier souffle sur la terre de ses ancêtres. Une vérité dure à accepter quand on sait que si la gouvernance de notre pays était confiée à des hommes et des femmes avec une hauteur de vue, celui-ci serait sans aucun doute le plus développé d’Afrique.

Or, notre classement commence par la bas dans bien des domaines et nos compatriotes, à tort ou à raison, plus à raison, refusent de s’enfermer dans un environnement où ils savent qu’ils ne sont pas les bienvenus.

D’ailleurs la fuite des cerveaux, ne cesse de s’accentuer ces dernières années (94000 en six ans), qu’ils soient médecins, chercheurs ou détenteurs de compétences à haute valeur ajoutée et vient ainsi corroborer cette perception d’une société minée par les affres d’une déchéance économique et éthique.

Reste maintenant à tout rebâtir pour que la Tunisie redevienne à l’image de la belle carte postale afin d’attirer, comme nous l’avons fait pour les touristes, nos compatriotes déracinés pour qui l’exode a été une déchirure sociale et morale.

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Publié le 18/05/2018 à 09:57

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