L’évolution du secteur textile-habillement exige une formation professionnelle adéquate

Textile habillement

« L’intégration des jeunes et l’employabilité dans le secteur du textile et habillement », tel est le thème du workshop organisé, aujourd’hui à Tunis, par le Centre du commerce international (ITC) en collaboration avec la coopération suisse, et ce, en présence de Slim Feriani, ministre de l’Industrie et des PME, Saida Ounissi, secrétaire d’Etat chargée de la Formation professionnelle et de l’initiative privée, Rita Adam, Ambassadeur de la Confédération Suisse, Sébastien Loannitis-McColl, chef du projet GTEX Tunisie, Ghazi El Biche, président de la Commission formation à la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (FTTH), ainsi que des représentants du secteur et de médias.

Cette manifestation a été une occasion pour présenter le Programme global sur le textile et l’habillement « GTEX Tunisie », financé par la coopération Suisse d’une enveloppe de 4 millions de dinars et exécuté par l’ITC en coopération avec les ministères tunisiens de l’Industrie et des PME, de la Formation professionnelle et de l’emploi et du Commerce avec le concours de toutes les structures d’appui du secteur textile-habillement.

D’une durée de quatre ans (2017/2020), ce programme constitue la deuxième phase du Projet d’appui à la compétitivité de la chaîne de valeur du secteur textile- habillement (COM-TEXHA), couronné par des résultats concrets et très satisfaisants.

GTEX Tunisie, qui se focalise sur trois filières dont le denim, la lingerie et les maillots de bain et la filière des vêtements techniques et du travail, a pour objectif d’assister une cinquantaine d’entreprises dans ces trois filières.

Touchant la Tunisie, le Maroc, l’Egypte, le Kirghizistan et Kazakhstan, ce  programme s’articule sur deux volets principaux en plus du volet synergique entre les cinq pays concernés. Il s’agit de l’amélioration de la performance de l’écosystème et des structures d’appui pour qu’elles puissent fournir les meilleurs services possibles au tissu industriel d’une part, et le renforcement de la compétitivité des entreprises bénéficiaires en les assistant sur des problématiques managériales, productives, environnementales, sociétales et commerciales, d’autre part.

Selon Sébastien Loannitis-McColl, il a affirmé que le secteur textile-habillement  est le deuxième secteur pourvoyeur d’emplois en Tunisie. Il représente 25% des exportations ainsi qu’un potentiel énorme pour la jeunesse tunisienne.

Du côté de la formation professionnelle, le responsable a, également, précisé que la Tunisie dispose d’un dispositif de formation professionnelle solide qui a été développé dans les années 70. Mais avec la dynamique de la globalisation, il s’avère que ce dispositif a besoin, selon ses dires, d’évoluer dans son temps et de s’adapter aux besoins du secteur privé. Il s’avère aussi que les jeunes ont tendance à aller vers d’autres secteurs, notamment le secteur mécanique et électrique.

Face à cette situation, l’ITC a déjà mis en place en coopération avec les ministères tunisiens de la Formation professionnelle et de l’emploi et de l’industrie deux cursus de formation académique et professionnelle, à savoir un BTS chef de produit et une licence co-construite de modélisme en lingerie.

Dans le cadre de GITEX Tunisie, Sébastien Loannitis-McColl a fait savoir qu’il a été convenu que l’ITC contribue à la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement du secteur textile- habillement, et ce, au niveau de l’accès au marché de l’emploi des jeunes dans ce secteur. Il s’agit d’une sous-stratégie qui sera élaborée sous forme d’une approche collaborative et inclusive pour en finir avec une stratégie nationale sectorielle de la Tunisie pour la Tunisie dans laquelle s’engagent toutes les parties prenantes.

Dans cette approche collaborative et inclusive, l’accent sera mis sur la mise en place d’une plateforme sectorielle de dialogue public privé, l’appui aux jeunes entrepreneurs et aux startup du secteur textile-habillement en termes de formation, coaching, mentorat, accès au financement et accès à l’information, une meilleure connexion entre les centres de formation professionnelle et le secteur privé pour assurer plus de synergies au niveau de la conception du curriculum, la généralisation de l’accès à la formation professionnelle dans les régions, le développement de jumelage entre les centres de formation tunisiens et internationaux, la mise en place de curriculum relatif à l’entrepreneuriat et le renforcement des capacités des institutions ainsi que l’établissement des mécanismes adéquats de reconnaissance des acquis professionnels…

La formation professionnelle, un pilier des politiques de l’emploi dans le secteur textile-habillement

De son côté, Slim Feriani a évoqué l’importance et le rôle stratégique du secteur textile-habillement dans l’économie tunisienne, constituant l’un des principaux piliers de l’industrie manufacturière en termes d’emplois et du nombre d’entreprises.

Et en dépit de tous les bouleversements et les changements survenus aussi bien au niveau national qu’international, ce secteur a pu, selon le ministre, maintenir tout son poids dans l’industrie tunisienne.

« Cette reprise traduit un regain de confiance et d’intérêt de nos partenaires internationaux et l’engagement des entreprises du secteur dans une nouvelle dynamique de croissance offrant une grande flexibilité, une large réactivité et un haut niveau de qualité », a-t-il précisé.

De ce fait, le gouvernement tunisien continue à soutenir ce secteur sur tous les plans, notamment par l’instauration d’une batterie de programmes et de mécanismes d’appui dans le but de renforcer son positionnement sur le marché international et national et l’aider à réussir sa montée en gamme en passant de la sous-traitance activité dominante vers la cotraitance et le produit fini créant ainsi une plus importante valeur ajoutée.

M. Feriani a indiqué que son département a élaboré un plan de relance comprenant 22 mesures exceptionnelles arrêtées lors du CMR du 1er juin 2017 pour soutenir les entreprises du secteur textile-habillement et cuir et chaussures. Ces mesures dont la majorité est aujourd’hui réalisée s’articulent autour de 4 principaux axes. Il s’agit d’assurer la pérennité et la viabilité des entreprises du secteur et le maintien des emplois, à travers le rééchelonnement de leurs dettes auprès de la CNSS et leurs dettes fiscales et leurs restructurions financières, d’améliorer la compétitivité des entreprises du secteur, notamment à travers la révision de certaines réglementations relatives à la formation professionnelle, d’inciter l’investissement et développer les exportations du secteur et de promouvoir le marché local à travers le soutien des entreprises tunisiennes dans les commissions de marché.

Certes, le ministre a estimé que le secteur textile-habillement, dans toutes ses filières, a un besoin continu en main-d’œuvre formée et en techniciens qualifiés. « A ce niveau, la formation professionnelle est un des piliers essentiels des politiques de l’emploi dans ce secteur dont l’évolution rapide des besoins des entreprises fait ressortir une certaine inadéquation des programmes de formation par rapport à ces besoins aboutissant à une main-d’œuvre faiblement qualifiée et motivée et parfois même inexistante pour certaines filières ».

Dans cette phase, Slim Feriani  a évoqué l’importance de GTEX Tunisie qui, selon ses propos, aboutira à des résultats tangibles pour l’intégration des jeunes dans le secteur textile-habillement qui se lance dans une nouvelle dynamique de croissance et qui prouve son fort potentiel.

« L’image de ce secteur auprès de nos jeunes ne pourrait être qu’améliorée par de telles initiatives, ce qui permettra au secteur de générer davantage de valeur ajoutée et un potentiel d’intégration permettant de franchir le pas vers des créneaux porteurs, source de création d’emplois hautement qualifiés », conclut-il.

Pour une meilleure adaptation de l’offre à la demande

Dans le même sillage, Saïda Ounissi a souligné qu’afin de redonner un nouveau souffle au secteur du textile-habillement et de faire en sorte que ce secteur retrouve ses lettres de noblesse, il demeure nécessaire de résoudre le problème de l’inadéquation de l’offre en matière de formation professionnelle dans ce secteur.

Dans ce sens, elle a précisé que le ministère de la Formation professionnelle et de l’emploi a tenté d’adapter cette offre à la demande et de permettre au dispositif de la formation public/privé de répondre aux besoins du secteur privé.

Pour ce faire, elle a évoqué la création des unités d’appui au sein des fédérations et des organisations qui représentent l’UTICA et la CONECT, la facilitation et l’assouplissement des mesures d’accès à chaque formation, la facilitation de l’offre de formation en citant l’exemple du certificat de compétence qui constitue un des instruments que son département veille à réformer, la mise à disposition du privé d’une infrastructure publique…

Revenant sur le GTEX Tunisie, Mme Ounissi a déclaré que ce programme vise, entre autres, l’encouragement de l’entrepreneuriat et de l’initiative privée pour le secteur textile-habillement, non seulement  en matière de formation mais aussi  en matière de mise à disposition d’une offre financière permettant aux jeunes de lancer leurs propres projets qui mettent en valeur le savoir-faire tunisien.

A cet égard, elle a rappelé que le ministère de la Formation professionnelle  et de l’emploi a, également, un programme de partenariat avec le CEPEX visant à donner un vrai sens économique à cette dynamique par l’exportation. Elle a évoqué, également, les curricula en matière de formation textile-habillement qui ont inclus cette dimension de l’entrepreneuriat et des compétences (soft skills) permettant  à un jeune de savoir se mouvoir dans un monde professionnel et à ce secteur de créer de l’emploi décent et durable ainsi que de faire gagner des points de croissance.

FTTH : pour l’attraction des jeunes dans le secteur textile-habillement

Ghazi El Biche a assuré que la formation professionnelle  n’est pas une fin en soi, mais un levier au service d’une politique de développement socio économique. Par ailleurs, et afin d’adapter l’offre de formation professionnelle aux besoins de l’entreprise, il a affirmé que dans sa vision pour l’attraction des jeunes dans le secteur textile-habillement, la FTTH a appelé à donner la possibilité aux professionnels du secteur textile-habillement d’être présents à tout les niveaux de cycles de formation dans chacune de ses étapes, tout en s’impliquant dans une dynamique de co-construction, de partage collectif et de gestion partagée des dispositifs de la formation professionnelle.

Elle a appelé, également, à leur donner la possibilité de revisiter en permanence l’intégralité du processus de formation afin d’agir réellement sur les évolutions nécessaires ‘intelligence artificielle, industrie 4.0, RSE…).

Pour ce faire, la FTTH a recommandé d’élaborer un nouveau dispositif de formation professionnel très moderne proche des attentes de l’entreprise et approprié à la réalité tunisienne, de définir des lieux de parcours pratiques et théoriques des formations,  de délocaliser les centres sectoriels et les intégrer dans les usines pour que l’employeur applique directement cette formation pratique et spécialisée, d’intégrer les professionnels dans la formation pratique, de les faire participer à la gestion du dispositif de formation et de recycler et réformer les formateurs.

Elle a recommandé, également, de faire une synergie des compétences de l’industrie et de l’appareil de formation professionnelle, de moderniser et mettre à niveau les méthodes pédagogiques, de revoir la rémunération des apprenants et de mettre fin à la formation automatique dans les centres d’apprenants BTP.

Chiffres clés du secteur textile-habillement

  • Nombre d’emplois : 158 662 employés, représentant 32% du total des industries manufacturières ;

  • Nombre d’entreprises : 1609 à fin 2017, représentant 31% du total des industries manufacturières et dont 83% sont totalement exportatrices ;

  • Exportations en 2017 : 6 280,7 MDT soit 2299.1 M€, enregistrant une évolution de 16,41% en dinars et de 1.09% en euro par rapport à 2016. Il représente 20% du total des exportations des industries manufacturières ;

  • Importations en 2017 : 5101.2 MDT soit 1864.7 M€, enregistrant une hausse de 20.06% en dinar et de 4.33% en euro par rapport à 2016. Il a engendré un taux de couverture de 123%.

  • Exportations au 31 mars 2018 : 1877.3 MDT soit 631.5 M€, enregistrant une hausse de 25,63% en dinar et de 3,42% en euro comparativement avec la même période de 2017.

  • Importations au 31 mars 2018 : 1358.8 MDT soit 457.0M€, enregistrant ainsi une hausse de 17.18% en dinar et une baisse de 58% en euro par rapport à la même période de l’année 2017. Il a réalisé un taux de couverture de 138%.

Laisser un commentaire