Marouane El Abassi : l’inflation, la mère de tous les maux

Marouane El Abassi L'Economiste Maghrébin

Marouane El Abassi, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), a tenu aujourd’hui une conférence de presse consacrée aux conséquences de la décision prise, en date du 5 mars,  par le conseil d’administration de la banque de réviser le taux directeur et les composantes de cette réflexion.

Selon les explications avancées aujourd’hui par les responsables de la BCT, le TMM a augmenté à 5,61% au mois de février 2018, ce qui a appelé un ajustement du taux directeur en vue d’assurer une cohérence des taux sur le marché monétaire et pour ancrer les anticipations quant à la détermination de l’Institut d’émission pour juguler l’inflation, condition sine qua non pour relancer l’activité économique et l’investissement.

Le gouverneur de la BCT a reconnu l’aggravation de la situation économique avec notamment la hausse de l’inflation, le déficit de la balance des paiements et le double déficit budgétaire et commercial qui ont atteint des records historiques en 2017.

« Ces indicateurs nous causent des frayeurs parce que l’inflation est le plus grand danger pour l’économie tunisienne. Défendre le dinar tunisien et assurer la stabilité des prix sont de la responsabilité de la BCT. Douloureuse, la décision du 5 mars 2018 s’est avérée indispensable. L’endettement ne peut pas continuer. Il faut stimuler l’investissement », a-t-il dit.

Interrogé sur l’impact de la révision du taux directeur de la BCT sur l’investissement, Marouane El Abassi a précisé que le taux d’intérêt n’est pas le plus important pour les investisseurs, mais c’est plutôt l’accès au financement qui compte le plus pour eux.

« Nous sommes confrontés à d’autres risques, mais essayons de positiver. L’économie tunisienne a toutes les capacités de rebondir. La coordination entre les politiques budgétaire et monétaire s’impose et les principaux secteurs économiques comme le textile, le tourisme et la production du phosphate doivent réagir parce qu’il est temps d’instaurer une nouvelle politique économique », ajoute le gouverneur de la BCT.

Pour Mohamed Skima, directeur général des analyses des marchés à la BCT, le risque d’entrée dans une inflation spirale n’est pas écarté. « On peut encore augmenter le taux directeur de 50 ou de 75 points« , a-t-il affirmé.

En termes d’efficacité de la politique monétaire, Mme Rym Kolsi, directeur de la politique monétaire à la BCT,  s’attend à ce que l’inflation connaisse une réelle détente vers la fin de 2018, traduisant l’effet des deux hausses du taux directeur décidées en avril et mai 2017, et totalisant 75 points de base.

« L’inflation devrait continuer d’augmenter au cours de la prochaine période suite aux pressions à la hausse exercées par la hausse des cours mondiaux des matières premières, la dépréciation importante du taux de change du dinar, en raison d’un déficit croissant du compte courant, la persistance de la perturbation des canaux de distribution et le comportement de majorations excessives des prix… », estime Mme Kolsi.

Et d’ajouter que les effets de ce nouvel ajustement du taux directeur sont attendus vers le dernier trimestre 2019, compte tenu des délais de transmission des impulsions de la politique monétaire qui varient entre 6 et 8 trimestres.

Les 4 hausses du taux directeur de la Banque centrale effectuées entre 2012 et 2014, ont permis de ramener le taux d’inflation de 5,8% en 2013 à 3,7% en moyenne en 2016.
Les 4 hausses du taux directeur de la Banque centrale effectuées entre 2012 et 2014, ont permis de ramener le taux d’inflation de 5,8% en 2013 à 3,7% en moyenne en 2016.

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