Benzine : quand le cinéma interpelle l’immigration clandestine

Benzine

Sonder l’univers de l’immigration clandestine à travers la détresse des parents et leur quête pour récupérer leurs enfants suite à une traversée clandestine. Telle est l’entreprise cinématographique de la réalisatrice Sara Abidi dans son premier long-métrage Benzine ( Essence), dont l’avant-première s’est tenue le 19 janvier au cinéma le Colisée, en présence de l’équipe du film. 

La réalisatrice et la scénariste de Benzine Sarra Abidi a misé sur le thème de l’immigration clandestine. Faut-t-il encore rappeler que le thème de l’immigration clandestine n’a pas été souvent exploité par les films tunisiens contrairement à plusieurs documentaires tunisiens comme Matar Hammam Lif (Aeroport de Hammam lif) de Slim Ben Chikch, tournée en 2007 ou derrière la vague (2016) de Fethi saïdi.  Ainsi, rien que le choix du thème en question est une sorte de distinction pour elle et une tentative pour briser le silence assourdissant des films tunisiens sur un mal qui ronge la société et dévaste la jeunesse.

Dans ce film, actuellement dans les salles depuis le 24 janvier, produit par Synergy productions, qui a reçu 400 mille dinars au titre d’un financement de la part du ministère des Affaires culturelles, Sarra Abidi n’a pas choisi un traitement traditionnel pour la cause de l’immigration clandestine. Autrement dit, la réalisatrice ne s’est pas focalisée sur le parcours de l’immigré clandestin, en décrivant les raisons qui l’ont incité à prendre le large, son environnement socio-économique, sa souffrance du chômage, sa famille ainsi que son profil psychologique. La réalisatrice a opté pour un autre type de traitement : faire de la souffrance des parents de l’immigré clandestin et de leur quête de le récupérer le pivot du film. Ainsi, à travers, le regard des parents en détresse, nous découvrons l’autre facette de ce fléau qui frappe la société tunisienne.

La souffrance du couple affligé, interprétée par le comédien Ali Yahyaoui et l’actrice Sondos Belhassen, est celle de tous les parents ayant perdu leurs enfants dans la mer. Les personnages de Halima et de Salem sont la voix de tous les parents affligés. Le spectateur les suit dans cette recherche désespérée : bureau de l’avocat, le ministère des Affaires étrangères, tentative pour identifier le passeur et le réseau qu’Ahmed a emprunté pour son aventure. Cependant, Salem n’a pas sombré dans le désespoir et est arrivé à se maîtriser, mais il n’en n’est pas de même pour Halima qui est allée jusqu’à vendre ses bijoux pour financer son voyage en Italie, histoire  de chercher son fils. La réalisatrice ne manque pas de décrire, avec finesse, les profils psychologiques des parents.

Les exigences du scénario ont fait que la réalisatrice éclipse le personnage d’Ahmed, pendant les 90 minutes du film. Une éclipse légitime et justifiée à plus d’un titre. En premier lieu pour respecter son scénario et en deuxième lieu pour accentuer la douleur des  parents. D’ailleurs le profil d’Ahmed est communiqué aux spectateurs à travers les discussions entre ses parents : titulaire d’une maîtrise en informatique, ayant passé une longue période de chômage, il choisit de prendre le large pour quitter le village El-Menji. Depuis aucune nouvelle…

Le personnage d’Ahmed remplit deux fonctions dans le film.  Il a une fonction narrative puisque les événements avancent, à partir de sa disparition. La deuxième fonction du personnage Ahmed  est une fonction symbolique. Ahmed n’est-t-il pas le symbole d’une génération de jeune perdus, abandonnés à leur sort devant l’exclusion économique et sociale, au fin fond du sud tunisien, sans emploi et sans lueur d’espoir ?

Tourné en novembre 2015, au village El- Menji au gouvernorat de Gabès, Benzine a pu traduire le vécu des habitants d’un village abandonné du sud tunisien. Un village où la contrebande de l’essence est pratiquement le seul moyen de survivre. La contrebande de l’Essence est alors une source de vie et un gagne pain, dans une zone oubliée par l’Etat et condamné à l’exclusion par sa nature géographique. La caméra de la réalisatrice a dévoilé un sud tunisien qui souffre sous le joug du chômage, la pauvreté et l’absence d’ infrastructures.

Dans Benzine, les images sombres et les paysages arides riment avec le malaise des personnages. Les scènes de voitures des contrebandiers qui circulent librement et dont les conducteurs parlent comme si rien n’étaient avec les policiers, la scène des jeunes qui protestent en incendiant des pneus pour revendiquer l’emploi affirme que nous sommes face à une anomalie et un déséquilibre social.

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