Kerim Bouzouita : 2018 sera un prolongement mécanique de 2017

 Kerim Bouzouita, Docteur en anthropologie, nous livre une analyse du paysage politique en Tunisie et dans le monde, ainsi que les perspectives de l’année 2018. A quoi devons-nous nous attendre? Interview :

Quels éléments caractérisent le paysage politique, plus particulièrement la droite et la gauche dans cet échiquier mondial?

Contrairement à la mythologie politique dominante, la droite et la gauche ne sont pas des concepts opérationnels qui peuvent nous aider à comprendre la politique internationale. D’abord, ils ne sont pas universels. Ces notions sont, à l’origine, françaises. Elles décrivaient la réalité du clivage politique français en 1789. Ces notions permettaient d’identifier les acteurs politiques par rapport à un ensemble de valeurs (liberté, progrès, mérite, solidarité, etc.). Mais elles échouent à décrire même ce qui se passe dans leur contexte d’origine : peut-on considérer que le Parti socialiste français est de gauche alors qu’il a privatisé plus que les partis dits de droite?  

Aux  USA, c’est la bipolarisation qui prime : Républicains versus Démocrates pourrait être définie comme une bipolarisation de droite. Chez nous, c’est encore plus compliqué : nous avons bien une extrême gauche idéologique héritière du trotskisme mais pour le reste, nous avons ceux qui tiennent des discours, prennent des décisions et font des alliances qui rendent impossible leur classement dans ces catégories artificielles gauche et droite.

Cependant, des tendances nettes se dégagent ces dernières années. L’idéologie trop vite enterrée par les post-modernes revient au galop. Les partis qui surfent sur le populisme réactionnaire et sur l’identité ont réussi à percer dans le paysage politique européen dans son ensemble : la Pologne, la France et l’Allemagne ont suivi. Mais il n’y a absolument rien de surprenant à cela. Les crises font le nid des idéologies.

Quels seront les enjeux géopolitiques de 2018?

Ceux qui décryptent ce qui se passe dans leur pays uniquement à travers la lucarne locale ne peuvent pas saisir les grands enjeux. 2017 a été un véritable champ de ruines avec une militarisation du monde effarante. Les budgets de défense et d’armement sont à leur apogée.

Nous vivons une ère de grands changements violents. Les équilibres sont rompus avec des figures qui mènent des politiques étrangères agressives comme Poutine et de nouveaux joueurs qui ne veulent pas perdre de l’influence sur l’échiquier comme Trump et Macron. Sans compter les réseaux de pouvoir et d’influence des uns et des autres.

La construction européenne se fissure peu à peu depuis le Brexit et se propage jusqu’à la construction des Etats-Nations (revendications indépendantistes de la Catalogne, du Nord de l’Italie, etc.). Rajouté à cela la guerre froide des princes ennemis des pays du Golfe: Qatar, Emirats, Arabie, etc. et vous avez une partie du tableau. Sans oublier le dragon asiatique : la Chine. Cette dernière s’impose sur l’échiquier de manière discrète, mais terriblement efficace. Cet été, Pékin avait, à titre d’exemple, réglé la crise des missiles coréens par un simple coup de fil. On ne peut pas être aussi puissant et rester discret très longtemps surtout avec une force économique et technologique qui rivalise avec les grandes puissances du XXIe siècle.

Ce qui est clair, c’est que le droit international recule inexorablement au point que certains remettent en cause l’utilité de certaines organisations internationales. Et l’Histoire nous a appris que dans ce genre de situation, on risque “la guerre de tous contre tous”.

Sauf coup de théâtre, 2018 sera un prolongement mécanique de 2017. Nous ferons face à deux types d’enjeux.  Ceux que nous vivons déjà : énergie fossiles, eau, sécurité alimentaire… De nouveaux enjeux géostratégiques deviendront de plus en plus sujets de tensions et de luttes des puissances, tel le contrôle des espaces maritimes stratégiques (routes maritimes, points de passage stratégiques).

Qu’est-ce qui a pesé le plus dans la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël? Mais aussi le vote par la suite du Conseil de sécurité des Nations Unies

C’est simple, qui paie commande: Trump n’a fait que régler le solde d’une facture, celle du plus grand mécène du Likoud (parti conservateur ultrasioniste israélien) Sheldon Adelson qui a financé la campagne de Trump. Il a signé pour la circonstance un chèque de 25 millions d’US $, auquel il faut rajouter cinq millions d’US $ dépensés pour la cérémonie d’investiture de Trump. A 30 millions d’US $, quand vous êtes un dirigeant opportuniste et irresponsable, vous prenez des décisions opportunistes et irresponsables. Si cela confirme bien une chose, c’est que Trump est une farce de l’Histoire. Mais une farce qui n’est plus du tout drôle.

Propos recueillis par

Publié le 01/01/2018 à 10:00

  • GM

    Espérons que cette analyse qui me semble tout de même assez pertinente soit contrecarrée par le destin. Un coup d’ailes de papillon pourra changer bien de choses de manière radicale

  • dorel

    Il y a l’effet papillon ,et la loi de murphy ?attention a la chute……………….

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