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Leconomiste Maghrebin > Blog > Idées > Interviews > Youssef Chérif : « La Tunisie a choisi de rester neutre dans les crises qui secouent le monde arabe »
InterviewsMonde

Youssef Chérif : « La Tunisie a choisi de rester neutre dans les crises qui secouent le monde arabe »

Nadia Dejoui
2018/01/01 at 5:00 PM
par Nadia Dejoui 7 Min Lecture
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Quels sont les grands changements du monde d’aujourd’hui? La décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël a provoqué un tollé dans le monde musulman et dans beaucoup de pays de l’Occident et a engendré les attentats terroristes qu’a subis récemment l’Egypte. Youssef Chérif, analyste politique, chercheur en relations internationales, expert auprès de Carnegie, Valdai et membre du think-tank est revenu sur les moments forts de l’actualité internationale et de la visite d’Erdogan en Tunisie. Interview.

Lors de sa récente visite en Tunisie, Erdogan a été reçu froidement par toute la classe politique et par l’opinion publique, qu’en pensez-vous?

La Tunisie a choisi de rester neutre dans la crise du Qatar, mais en même temps, elle a augmenté ses échanges commerciaux avec ce pays. Ce qui n’a pas été apprécié par Riyadh et Abu Dhabi. De plus, quelques jours après le commencement de la crise, le ministre tunisien des Affaires Étrangères était à Ankara. En novembre, le ministre tunisien du Commerce s’était rendu à Doha. Début décembre, le ministre des Affaires étrangères du Qatar était à Tunis et fin décembre le Président turc était aussi à Tunis. Pour l’axe Riyadh-Abu Dhabi donc, la Tunisie penche vers Doha. Ce qui explique en partie la froideur avec laquelle Erdogan a été reçu en Tunisie: le gouvernement tunisien a voulu prouver à l’axe que la Tunisie ne favorisait aucun camp et qu’elle souhaitait rester neutre et indépendante dans ses décisions. Le même message s’adresse également à Ankara.

Que faut-il déduire des récents attentats terroristes qui ont endeuillé l’Egypte?

Pour l’Egypte, le cycle de violence n’a pas l’air de s’arrêter, et malgré sa déroute en Irak et en Syrie, la capacité de nuisance de l’organisation terroriste Etat islamique au Sinaï ne semble pas avoir été entamée. Le régime d’Abdel Fattah el-Sissi essaie d’étendre son autorité dans cette grande étendue désertique qu’est le Sinaï, mais les attaques inopinées des groupes extrémistes ne sont pas faciles à prévenir et à déjouer. Le terrorisme va continuer à frapper l’Egypte pendant 2018, tandis que le régime va continuer sa virée autoritaire, surtout que des élections présidentielles sont programmées pour la première moitié de 2018 que Sissi remportera certainement. Du côté de la Russie, le rapprochement entre l’Egypte et la Russie va se poursuivre en 2018, et le régime reste tenté de se rapprocher de la Syrie d’Assad, et de se démarquer de Riyadh. Ce sont des événements à observer.

Quel sera l’impact de la décision de Trump de reconnaître Jérusalem capitale d’Israël?

C’est l’un des effets de l’élection de Donald Trump à la Présidence des Etats-Unis d’Amérique. Le retrait américain, qui s’opère lentement dans le monde, laisse la place à de nouveaux acteurs qui cherchent à s’affirmer (comme la Russie ou la Chine), et encourage en même temps des forces locales (telle l’Arabie Saoudite ou les Emirats Arabes Unis) à prendre plus d’autonomie pour régler les affaires de leurs régions respectives.

Ainsi, des crises telles que celle du Qatar en juin 2017 ne sont pas à exclure aux quatre coins du globe pour l’année qui vient. Les pays du Golfe vont encore se chamailler, avec ce que cela sous-entend dans le reste du monde Arabe. La Russie et l’OTAN vont continuer à s’accuser mutuellement et des provocations- ou des invasions limitées- russes aux frontières orientales de l’Europe ne sont pas à exclure. Le Brésil et le Venezuela vont sombrer encore plus dans la crise.

Le retrait américain n’est cependant pas total et Washington va continuer à défendre ses intérêts et ceux de ses alliés, mais avec une dose d’amateurisme due à la nature de l’Administration Trump. Le danger que cela engendre inclut une crise avec l’Iran, dont on voit les prémices avec les accusations adressées à Téhéran de la part de Washington/Riyadh/Abu Dhabi; et avec la Corée du Nord ou les provocations de Pyongyang sont reçues avec des provocations similaires de la part des Américains et des Coréens du Sud. En Iran, le rôle de la Russie sera testé. En Corée, c’est le rôle de la Chine qui le sera. La Russie et la Chine vont devoir jouer un rôle conciliateur contre une Amérique impulsive et guerrière, et ce sera donc un test qui pourra les élever au rôle de grandes puissances mondiales durables, et non juste nominatives ou éphémères.

Quant à la question de Jérusalem et le vote onusien, qu’en pensez-vous?

Trump a choisi le moment opportun vu la faiblesse des Etats arabes, la lassitude de la rue arabe et aussi l’alliance qu’il s’est forgée avec les régimes de Riyadh et Abu Dhabi contre l’Iran. L’amateurisme de son administration (qui ne prend pas en considération tous les enjeux stratégiques et historiques) y a aussi joué. Mais au final, cette question a aussi élevé sa cote en Israël et parmi un nombre important des influents membres du Lobby Juif de Washington, ce qui va jouer en sa faveur au Congress et dans beaucoup de médias. Le vote onusien ayant suivi n’a pas beaucoup d’importance. Il montre la colère du monde entier, mais ceci n’a aucun impact sur la manière dont Trump regarde le monde. Le fait que de proches alliés de l’Amérique, encore une fois comme les régimes de Riyadh et d’Abu Dhabi, aient voté contre indique que ce vote était purement symbolique.

 

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MARQUÉE: analyste politique, Egypte, Erdogan, Jérusalem, Monde arabe, trump, Tunisie, USA, Youssef Cherif
Nadia Dejoui 1 janvier 2018
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