Les PME tunisiennes ne parviennent pas à atteindre un seuil de maturité

Interrogé par leconomistemaghrebin.com sur les caractéristiques du tissu industriel tunisien, Zouhair El Kadhi, Directeur Général de l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives (ITCEQ), a affirmé que le secteur productif tunisien est encore très étroit et que les PME tunisiennes ne parviennent pas à atteindre un seuil de maturité pour devenir de grandes entreprises.

Zouhair El KadhiAinsi, M. El Kadhi a indiqué que le tissu industriel est fortement dominé par les petites entreprises, voire les entreprises individuelles. D’ailleurs, sur environ 730 mille entreprises patentées, il y a environ 420 mille entreprises individuelles, soit 60% du tissu industriel.

Toutefois, une classification selon le chiffre d’affaires montre, selon ses propos, que seules 1000 entreprises, y compris les grandes entreprises publiques, dépassent aujourd’hui un chiffre d’affaires de 20 millions de dinars, nombre assez limité pour créer plus de richesse et de valeur ajoutée.

«Le gouvernement et les acteurs économiques s’efforcent de mettre en place une stratégie de développement des PME tunisiennes, et ce, afin qu’elles puissent devenir des champions méditerranéens, voire des champions européens», a-t-il précisé.

Pour ce faire, Zouhair El Kadhi a recommandé de libérer le potentiel de croissance des entreprises tunisiennes, moyennant la simplification des procédures administratives et de la réglementation.

Il a, également, recommandé de libérer le secteur privé de toutes les contraintes logistiques, financières,… Et contrairement à ce qui se dit ici et là, l’économie tunisienne n’est pas, selon le DG de l’ITCEQ, une économie de marché au sens propre du terme, dans la mesure où l’Etat intervient quasiment à plusieurs niveaux.

En fait, «le rôle de l’Etat devrait s’élargir, en plus de l’instauration d’un climat des affaires favorable, pour appuyer et accompagner les entreprises jusqu’à l’internationalisation, notamment via la mise en place de mécanismes favorisant la recherche et développement, l’innovation, l’utilisation des technologies et la prospection de produits et marchés potentiels», a-t-il déclaré.

Et d’ajouter que de tels mécanismes permettent, inéluctablement, la création de la richesse et de l’emploi et, par conséquent, la pérennité des entreprises.

«Je crois qu’il s’agit, à mon sens, de l’une des réformes les plus urgentes car si nous voulons faire de la distribution de la richesse et lutter contre la pauvreté, il faut tout d’abord créer cette richesse afin de pouvoir la distribuer», rassure-t-il.

Revenant sur les entreprises publiques, notamment, leur privatisation, notre interlocuteur a souligné que  la question n’est pas de privatiser ou non, mais plutôt quel serait la meilleure configuration pour l’économie tunisienne et pour l’entreprise elle-même. Rappelant qu’une entreprise qui est en difficulté et qui absorbe une part importante du budget de l’Etat génère une configuration perdante pour l’entreprise elle-même, pour l’Etat et in fine pour la Tunisie.

Face à une telle situation, M. El Kadhi a estimé qu’il ne faut pas être bloqué par des tabous et des dogmes et la privatisation ne doit être ni diabolisée ni angélisée d’ailleurs. C’est une question de bon sens. «Aujourd’hui, certaines entreprises publiques exercent dans des secteurs concurrentiels dans lesquels l’Etat pourrait se libérer. Notons que la théorie économique est claire sur le fait que le privé est toujours plus efficient que le public dans ces secteurs concurrentiels. L’Etat doit donc vendre des entreprises opérant dans le secteur concurrentiel, tout en réinvestissant le produit de la privatisation dans le développement des régions de l’intérieur».

Au final, le responsable a fait savoir que pour certaines entreprises publiques, telles que la STEG et la SONEDE, la configuration est généralement, de par le monde, des monopoles d’Etat. Cependant, certains pays ont fait le choix de libéraliser par exemple la production de l’électricité, tout en maintenant la distribution aux mains de l’Etat. «Les situations peuvent donc se discuter au cas par cas», conclut-il.

 

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