L’addiction : du mal-être à la maladie

Les addictions comportementales, dans toutes leurs variétés, ont fait l’objet d’une enquête nationale auprès des lycéens entre 15 et 17 ans et dont les résultats ont  été présentés hier à l’ouverture du premier Congrès international d’addictologie.  Des informations assez révélatrices de phénomènes qui menacent nos jeunes. Sérieusement. Qu’on en  juge dans cette présentation exclusive.

Le premier Congrès international d’addictologie a démarré ses travaux aujourd’hui dans un hôtel de la place sous le thème  évocateur «  L’addiction : désir, plaisir et interdits »   avec en point de mire la proclamation des résultats de l’enquête nationale  MedSPAD II Tunisie 2017.  Ouvert en présence du ministre de la Santé Publique, le séminaire introductif a permis aux présents de découvrir les détails chiffrés de cette enquête, menée à large échelle  auprès d’un échantillon assez révélateur parmi les jeunes.

L’addictologie étant la science qui étudie les phénomènes de dépendance envers un produit ou un comportement, elle met en évidence les addictions physiologiques, comme l’alcoolisme, la toxicomanie ou le tabagisme, ou psychologiques, comme les troubles du comportement alimentaire ou la dépendance aux jeux. En somme, l’addictologie met en lumière des comportements compulsifs présents dans tous les états de dépendance, dus à des facteurs génétiques, des troubles psychologiques ou des traumatismes.

Il s’agit, incontestablement, d’un problème de santé publique de grande priorité. Notre pays s’est depuis des années engagé dans un projet de partenariat méditerranéen, piloté et appuyé par le Groupe Pompidou- Conseil de l’Europe, lequel projet se fixe pour objectif la surveillance épidémiologique , l’évaluation et le partage des politiques de prévention en la matière dans la région méditerranéenne. Les études Med SPAD ( Méditerranean School Survey Project on Alcohol and other Drugs) s’inscrivent dans cette démarche de surveillance épidémiologique de la prise de drogues et de la toxicomanie en général chez les adolescents scolarisés âgés de 15 à 17 ans .

Une première enquête a été réalisée en 2013 . Elle avait permis d’apprécier l’ampleur de la consommation de drogues chez les adolescents en mettant en exergue la prévalence du tabagisme et de l’alcool chez les lycéens de cette tranche d’âge ainsi qu’une consommation non négligeable de drogues interdites. L’étude de 2017 s’est fixé les mêmes objectifs tout en élargissant l’enquête à d’autres types d’addictions (cyberaddiction, jeux d’argent, violence en milieu scolaire).

Méthodologie de l’enquête

Réalisée au cours de la deuxième quinzaine du mois d’octobre dernier, l’enquête, de type étude transversale, a concerné  un échantillon représentatif de 7400 adolescents, sélectionnés – selon un sondage, sous forme de questionnaire, parmi les lycéens de première et deuxième année secondaire issus  de 327 classes, après accord de l’Instance Nationale de Protection des Données personnelles et bien évidemment de celle du ministère de la Santé Publique..

Particularités des éléments de la population enquêtée

– Niveau économique des familles ; 76.4 % de niveau identique, 19 %  supérieur, 4.5 inférieur

– Structure des familles : 88.2 % dans une famille biparentale, 9.5 (soit un lycéen  sur dix) dans une famille monoparentale.

Résultats de l’enquête

Bien-être mental et social

  • Degré de satisfaction des relation avec l’entourage : satisfaisant voire très satisfaisant pour la quasi –totalité des lycéens ( de 85.7 % à 95.6 %)
  • Avec l’établissement scolaire : satisfaisant à 45.5 %

Connaissance des substances psychoactives

  • Cannabis : 83.9 % des jeunes connaissent bien pour en avoir entendu parler
  • Médicaments psychotropes : 71.1 %
  • Cocaine : 69.5 %
  • Colle : 61.3 %
  • Ecstasy :33.1 %
  • Subitex : 19 %

Usage de substances psycho-actives

  • Dans l’entourage des enquêtés: la notion de consommation de tabagisme dans l’entourage familial : tabac (60 %), alcool (17 %), cannabis ( 3 %) , psychotropes ( 2 %), cocaine, Ecstasy , colle ( 1 %), Subitex 1%.
  • Parmi les lycéens: cigarettes ( 25.1 %), narguilé ( 16.8 %) , alcool ( 6.4 %).

Consommation de psychotropes chez les lycéens

  • Cocaine : 0.4 % une fois dans leur vie, au cours de l’année ou du mois précédant l’enquête ( 0.2 et à 0.1 %)
  • Ecstasy : 1.4 % une fois dans leur vie, au cours de l’année ou mois précédant l’étude ( 0.8 et 0.4 %)
  • Colle : 3.8 % une fois dans leur vie, au cours de l’année ou mois précédant l’enquête ( 1.6 et 0.9 %)
  • Subitex : 0.2 % une fois dans leur vie, au cours de l’année précédant l’enquête ( 0.1 %)

Age d’initiation à l’usage de certaines drogues

  • Cigarettes : 54.4 % à l’âge variant entre 10 et 14 ans contre 39.7 % entre 15 et 17 ans
  • Alcool : 70% entre 15 et 17 ans contre 24.5 % entre 10 et 14 ans.
  • Cannabis : 80.1 % entre 15 e 17 ans contre 18.7 %entre 10 et 14 ans.
  • Psychotropes : 53.6 % entre 15 et 17 ans contre 45.1 % entre 10 et 14 ans.
  • Cocaine : 76.6 % entre 15 et 17 ans contre 16.4 % entre 10 et 14 ans .
  • Subitex : 90.7 % entre 15 et 17 ans contre 9.3 % entre 10 et 14 ans.
  • Ecstasy : 81.6 % entre 15 et 17 ans contre 18.4 % entre 10 et 14 ans.

Accessibilité aux substances psycho-actives

  • Alcool : facile d’accès (52 %), difficile(12.9 %)
  • Drogues : facile ( 14.3 %) très facile ( 14.4 %), difficile ( 7.5 %)

Approvisionnement en drogues

  • Lieu d’approvisionnement : à l’intérieur de l’établissement scolaire (17.7 %), à sa  proximité (33.3%), cafés et salles de jeux à proximité de l’établissement scolaire  ( 24.8 %), loin de l’établissement scolaire (20.7%), salles de sport et maisons des jeunes (10.8 %)

Fournisseurs de drogues

Elèves  (32 %),  employés de l’établissement scolaire ( 4.9 %) , autres ( 32.8 %).

 Connaissance du danger pour la santé lié à la consommation de drogues

Selon la majorité  des lycéens, la consommation de tabac, d’alcool , de cannabis, de psychotropes, de cocaïne, de Subitex ou de colle  représente un danger pour la santé.

Connaissance des poursuites dues à l’usage de drogues

Moins de la moitié des enquêtés déclare avoir connaissance de poursuites judiciaires en la matière ( 43.5 %). Les filles étant mieux informées à ce propos.

 La cyberaddiction

  • Connexion à internet selon les jours : elle atteint son maximum le weekend , notamment le dimanche ( 81.4 %)
  • Nombre de jours de connexion : la moyenne d’utilisation d’internet par semaine était de 5.25 jours chez les garçons contre 4.9 chez les filles
  • Durée de connexion : la majorité 2 à 3 heures par jour  durant les 7 derniers jours ( 27.4 %) . Seulement 13.5 % se connectaient plus de six heures par jour  durant les  7 derniers  jours .

Activités lors de la connexion

  • Accès aux réseaux sociaux : 43.9
  • Jeux en ligne : 16.4 % tous les jours
  • Jeux d’argent : 10.6 %
  • Utilisation à visée éducative : 22.7 %
  • Divertissement : 18.7% tous les jours
  • A visée commerciale : 22.2 % 

Violence

  • Fréquence de la violence. : 22.3 % déclarent s’être battus durant les 12 derniers mois, 11.7 % se sont bagarrés une fois.
  • Conséquences de la violence : anxiété, insomnie ( 61.7 %), blessures  ( 79.7 % déclarent n’avoir pas été grièvement blessés au cours des 12 derniers mois).

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