« La belle et la meute » : quand la victime se transforme en coupable

la belle et la meute
scène du film

Réalisé par Kaouther Ben Hnia, La belle et la meute, actuellement dans les salles de cinéma, est un long métrage audacieux. Sous le regard dédaigneux d’une société patriarcale à l’égard de la victime du viol et l’emprise des lois archaïques liberticides, Kaouther Ben Hnia ne recule pas et tourne un film qui dévoile le non-dit.

Audacieux puisqu’il traite du tabou entourant le viol. Mais à travers ce sujet, il adresse une triple critique à l’institution policière, la société patriarcale et sexiste et les lois archaïques mettant en péril les libertés et la dignité de l’individu.

Cependant, malgré l’importance du  sujet traité dans le film, « La belle et la meute » n’a pas obtenu de prix prestigieux lors de la dernière édition des JCC, contrairement aux attentes des spectateurs.

La belle et la meute : voir le viol autrement 


Kaouther Ben Hnia
a puisé le scénario de son film dans le drame de Mériem, violée  par trois policiers, dans la nuit du 3 au 4 septembre 2012, alors qu’elle était accompagnée par son fiancé, au bord de la plage, à l’issue d’une fête estudiantine. Après deux ans de bataille judiciaire, la plaignante a fini par obtenir gain de cause : les deux policiers violeurs ont été condamnés à 15 ans d’emprisonnement et le troisième à deux ans de détention.

La réalisatrice a braqué sa caméra sur la souffrance de la jeune fille suite au viol, le regard de la société et le traitement par la police de l’affaire en question plutôt que de s’appesantir sur les péripéties du procès.

Dès le début du film, le spectateur assiste au calvaire de la victime : entre la clinique, l’hôpital, une rencontre fortuite avec une journaliste, une tentative de déposer la plainte dans deux postes de police et un RDV avec le médecin-légiste,  la réalisatrice met en exergue les difficultés rencontrées par la victime pour avoir les renseignements nécessaires sur les procédures à suivre.

Le fait que les violeurs soient des agents des forces de l’ordre censés protéger les citoyens transforme la victime en coupable : « Le pays est dans la tourmente et toi tu veux porter plainte », lui lance l’un des policiers avant de lui proposer d’abandonner la plainte et se contenter de traduire les violeurs devant l’inspection « car les trois agents ont certes commis une grave faute mais cela ne reflète en rien l’intégrité et le patriotisme des forces de l’ordre qui luttent contre le terrorisme », lui dit le même personnage.

Le film se déroule pendant une nuit : du moment du viol au moment où la victime dépose la plainte et refuse de signer le désistement (fin du film).  L’état psychologique de l’héroïne du film se marie bien avec les ténèbres de la nuit. Tunis by night se transforme aux yeux de la victime en une vision cauchemardesque, une prison à ciel ouvert. La caméra de la réalisatrice a su rendre l’atmosphère oppressante de cette nuit ponctuée par les sanglots de l’héroïne et sa souffrance infinie.
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