Quand BCE secoue la classe politique

Héritage L'Economiste Maghrébin

Le discours, prononcé par le Président de la République, Béji Caïd Essebsi, à l’occasion de la fête de la Femme n’a laissé personne indifférent. Politiciens, militants de la société civile et citoyens ont tous exprimé des positions contradictoires au sujet de la parité entre l’homme et la femme en matière d’héritage. La polémique est décidément lancée.

Le premier à s’illustrer fut l’incontournable Mohamed El Hachmi Hamdi, président du Tayar Al Mahabba. Dans ce qui ressemble à une réaction à chaud, et fidèle à son populisme désormais coutumier, Hamdi a annoncé qu’il lancera une pétition sur la toile dans l’objectif de rassembler un million de signatures condamnant les propos de BCE et appelant à sa destitution de la magistrature suprême «pour défaillance vis-à-vis ses obligations de président de la République, dont la tache suprême est de veiller au respect de la constitution».

Puis ce fut le tour du dirigeant du parti Islamiste Ennahdha, Abdellatif El Mekki, qui a qualifié l’appel d’Essebsi de «dangereux». Evitant le piège de l’argumentation par les textes religieux qui conduiraient à considérer la position annoncée par le président de la République comme contraire à la «charia», chose qui mettrait tout le parti Ennahdha dans l’embarras, lui qui se proclame depuis quelques années comme un parti civil, qui a rompu avec son ancienne idéologie islamiste basée sur la confusion entre politique et religion, Mekki a considéré que la question évoquée par BCE risque de susciter une polémique qui pourrait détourner l’attention de l’opinion publique des problèmes majeurs du pays.

Moins subtile que Mekki, la députée nahdhaoui Yamina Zoghlami a, quant à elle, réaffirmé la position initiale de son parti qui considère, selon ses dires, que «l’islam a été équitable avec la femme en matière d’héritage» et que s’il y a un problème à ce propos, ce ne peut être que la tradition ancrée dans certaines régions du pays qui privent les femmes de leur droit à l’héritage.

L’ex président provisoire Moncef Marzouki n’a pas quant à lui laissé passer l’occasion sans dénoncer ce qu’il a considère être «une manœuvre politicienne de la part du président Essebsi visant à camoufler l’échec cuisant qu’il a subi, ainsi que son parti». Tout en rappelant ce qu’il a estimé être une position de principe à ce propos, Marzouki a considéré dans un post publié sur sa page officielle Facebook que «Essebsi vise à travers son initiative à humilier Ennahdha et à l’affaiblir». Il a mis dans ce contexte en garde contre «une manœuvre qui vise à diviser les Tunisiens sur un sujet qui ne bénéficie pas d’un consensus et qu’il serait plus opportun qu’il soit étudié à travers un dialogue sociétal approfondi».

Cependant, le comble de la platitude nous est parvenu du côté de l’office de la «Fatwa». Dans un communiqué publié hier, l’office n’a pas tari d’éloge envers l’initiative prise par le président de la République dans une langue de bois qui frôle la petitesse et sans apporter aucun argument qui puisse soutenir efficacement cette initiative, comme ce fut le cas des «ouléma» de la Zitouna lors de la promulgation en 1956 du code du statut personnel.

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