Le Maghreb par l’éducation et la culture, faute de mieux

J’ai été interpellé cette semaine par l’audience accordée par le Président de la République Béji Caid Essebsi à M. Taieb Baccouche,  secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe (UMA). De quoi ont-ils parlé ?

Sûrement de la chaleur caniculaire inhabituelle qui frappe de plein fouet la région et qui serait due probablement, nous disent les experts en climatologie, aux conséquences du réchauffement climatique; à Carthage, on a aussi et très certainement parlé du réchauffement de l’UMA, sans oublier celui de Nidaa Tounes bien sûr, et de plus que pourrait apporté le mandat de M. Baccouche par rapport à son prédécesseur Habib Ben Yahia qui s’est retiré sur la pointe des pieds sans réalisations notoires, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Quand on sait que cette entité née à Marrakech le 17 février 1989 pour, je cite en arabe dialectal, «Lem echeml» (rassembler la fratrie), est en état de mort clinique depuis des années des effets dévastateurs des égos démesurés des principaux instigateurs, on ne peut pas tellement lui en vouloir.

Ici même, et suite à sa nomination à la tête de cette organisation dont le siège est à Rabat, je me suis interrogé sur l’utilité d’un tel mandat qui revient de facto à un Tunisien, et à un moment où personne ne croit plus en cette institution à commencer par le pays hôte le Maroc qui a préféré prendre le large, laissant à la Tunisie et l’Algérie le soin de jouer les sauveurs et de diriger la manœuvre dans une tentative désespérée de réanimer le mourant, quitte à aller puiser dans un subterfuge comme cet appel lancé par Tunis et Alger pour une intégration maghrébine par l’éducation et la culture faute de mieux, et en attendant une hypothétique intégration économique. A Carthage, on en a sûrement parlé.

Et puis, tant qu’il y aura l’affaire du Sahara Occidental pour empoisonner le processus, les peuples de la région devront encore attendre même si plus personne ou presque ne parle de la République Arabe Sahraouie démocratique(RASD) et qu’à Alger, les temps ne sont plus les mêmes et que l’on fait comme si, pour sauver et l’honneur et la face, et que les Algériens fatigués, ont d’autres chats à fouetter que Tindouf et ses réfugiés.

A El Mouradia siège de la présidence de la République, on veut encore y croire à cette RASD, alors que le Maroc plus sur de lui que jamais, n’arrête pas de marquer des points.

Le Maghreb par le savoir, une manière de noyer le poisson dans l’eau? Cela y ressemble, alors que l’on compte beaucoup sur les Tunisiens et les Algériens pour arrimer les récalcitrants à une locomotive qui est restée à quai et qui n’est jamais vraiment partie.

Une UMA par l’harmonisation des programmes d’enseignement, une belle utopie, car comment voulez-vous unifier, quand chaque pays pris individuellement éprouve toutes les peines du monde à réformer un système inadapté et complètement déphasé par rapport aux normes internationales?

En plus, le sentiment national n’a jamais été autant menacé par une campagne sournoise sur l’identité menée par des forces rétrogrades pressées d’en finir avec un système qui a fait long feu. Les similitudes et une certaine dose de complémentarité n’y changeront rien. L’Europe économique a commencé avec le charbon et l’acier, le reste a suivi dans le respect des différences et des spécificités.

Dans nos contrées, on veut aujourd’hui mettre en avant l’éducation et la culture comme pour mieux masquer le fiasco du Maghreb économique et la faillite totale, mais non assumée, d’une union désirée par le haut et qui n’a jamais pu aboutir par la faute des politiques qui se sont hâté de mettre la charrue avant les bœufs et sans demander leur avis aux premiers concernés, leurs propres peuples.

Faute de grives, on mange des merles; un coup de bluff, un de plus. Cela dit, on fête demain la République qui est toujours en danger. J’espère que les Tunisiens resteront soudés, quoiqu’il arrive.

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