Le commerce parallèle, les étals anarchiques et Omar Mansour

Omar Mansour

Les mesures municipales appliquées  au  niveau des lieux à haute densité commerciale de la ville seront-elles limitées dans le temps, ce qui pourrait pousser à croire qu’en fait il ne s’agit là que d’un « feu de paille » ou bien toute la donne a été inversée et que désormais  il est question d’un « plus jamais ça » aux allures bien manifestes ? Tel est le défi  de l’heure, un défi que le Gouverneur de Tunis, Omar Mansour, se déclare être en mesure de relever. D’ores et déjà, et à quelques jours des « descentes musclées » effectuées et des rappels à l’ordre intransigeants, il semble que les choses donnent cette impression. Reportage.

Dimanche  2 juillet. Les premiers pas vers le centre-ville. A peine huit heures du matin, les voitures ne se pressent pas et le mouvement habituel en pareille heure de la journée s’ébranle à peine. La chaleur ne s’annonce pas avec sévérité et le départ vers les marchés pour faire les emplettes hebdomadaires  se fait lentement, sans excès ni les brouhahas habituels. On s’approche de l’avenue Habib Bourguiba , côté Ambassade de France, précisément au  niveau de la place où trône la statue d’ Ibn Khakdoun. La majorité des passants s’engouffre sans mal dans la rue Jamel Abdelnasser, contrairement au mois de Ramadan où circuler dans ces lieux, à cause de l’invasion des étals anarchiques, relève du parcours du combattant.  Depuis plus de cinq ans, certaines rues ou places marchandes de la ville sont sous la coupe de ces marchands à la sauvette  qui ne s’en laissent pas conter, malgré les appels incessants des riverains aux autorités de « reprendre » la ville.

Les grues en action

Ces appels ont été, enfin, entendus. Les derniers jours du mois de Ramadan ont apporté avec eux la « délivrance ». Une contre-attaque majuscule et non moins spectaculaire. Une campagne- surprise qui a surpris tout le monde, surtout parmi ses destinataires, les contrevenants  et tous ceux qui, par leurs agissements insouciants, ont fait que les choses atteignent ce seuil d’anarchie et de non-droit.

Pour les habitants de la ville, ils ont tout au début lorgné, avec une note franchement sceptique, du côté de  ce qui s’est passé la veille de l’Aïd, pensant qu’il ne s’agit là que d’une éclaircie qui ne fera pas long feu, habitués comme ils sont à enregistrer ce genre de réaction de la municipalité qu’ils ont fini par  qualifier de « feu de paille » destiné à s’éteindre rapidement pour céder la place à une nouvelle « poussée » de ces étals anarchiques.

Mais cette fois, les choses ont pris une tout autre allure : la détermination des autorités à sévir promptement  et radicalement  contre ce fléau qui a fini par défigurer  certaines parties de la ville  à forte densité commerciale est on ne peut plus manifeste.

Un bref échange verbal entre un couple à l’angle de la rue Charles de Gaulle  juste à la  sortie de la rue d’Espagne :  Un homme, la quarantaine, lance à sa compagne : «  Savoure cet instant, les marchands qui  d’habitude pullulaient dans ces lieux ne sont plus là. Ne sens-tu pas la délivrance ?.. ». Sa femme ne semble pas être de cet avis : «  C’est à la limite triste, rétorque-t-elle, les vendeurs gênaient mais  il faut avouer qu’ils nous rendaient service  par la panoplie d’articles qu’ils nous proposaient… ». L’homme la rabroua, agacé : « Comment peux-tu raisonner ainsi ? Tant pis pour les opportunités d’achat comme tu dis. Ils sont partis et on n’en est que plus heureux. ».

Vers un vécu différent

Changement de cap et d’endroit. A l’avenue de Lyon du côté de Bab el Khadra, le carré qui porte traditionnellement le nom du marché Sidi El Bahri, le spectacle en ce jour de dimanche est presque le même. Le  travail des autorités municipales depuis la veille de l’Aïd a largement porté. La chaussée a été entièrement dégagée. De  nombreux locaux sont fermés pour cause de réparation et de retapage du fait de la démolition des toitures qui surplombent leurs portes. Ordre  a «été donné à leurs propriétaires de  les changer de façon à ce qu’elles  soient ramenées à des proportions acceptables pour ne pas gêner le flux des passants et de la circulation. Le résultat est que ces lieux,  d’habitude  saturés de partout, se sont réveillés ces derniers jours sous une réalité bien différente. Ici, on ne parle que d’Omar Mansour et de la célérité qui est la sienne à aller jusqu’au bout de sa mission. Ici, le ton est donné : on ne badine pas avec le règlement. «   Cette fois, c’est du sérieux. Ce n’est pas une campagne aux effets limités. Il faut nous y faire et éviter de nous mettre à contre-courant de ce qui se passe. Cela risque d’avoir raison de nos moyens. », souligne un propriétaire d’un local dont la toiture de devant a été, la veille,  totalement démontée par la grue municipale. Et d’ajouter : «  Cela s’est passé la veille de l’Aïd. Tout a été démonté. Cette fois, je vais m’aligner aux exigences légales. Tant pis si cela me fera des frais, l’essentiel est que cela ne m’arrive plus une seconde fois…».

Omar Mansour ira-t-il jusqu’au bout ?

Tout le monde s’affaire en cette matinée de dimanche à s’aligner aux exigences municipales. Les vendeurs présents parmi  ceux concernés par les nouvelles mesures dans ces quartiers  très animés, s’affairent  en silence, soit à aménager l’espace, soit à écouler leurs produits à une clientèle qui ne se bouscule pas autour d’eux. «  Omar Mansour ira-t-il jusqu’au bout ? », se demandent les gens du lieu. Certains estiment qu’il ne s’agit là que d’un fait limité dans le temps et , comme par le passé, les choses ne tarderont pas à revenir à leur rythme initial. «  Il ne s’agit que d’une approche de circonstance qui ne durera pas, vous verrez, la réalité aura le dernier mot..», lance un habitant de l’avenue de Lyon. Et d’expliquer que l’on ne peut se débarrasser d’un phénomène si ancré par ce genre de mesures.  Il faut procéder par une approche en profondeur, selon lui.  Et c’est à partir «  des jours à venir quand le rythme de la vie reprendra son cours normal après les vacances de l’Aïd que l’on pourra en juger », souligne-t-on en  guise d’argument. Des arguments qui  poussent réellement à réflexion.

Déjà, aux dernières nouvelles, les choses se corsent et l’entrée en vigueur des nouvelles mesures se heurte à des résistances. En témoignent les a affrontements  violents qui ont  éclaté ce lundi matin entre des commerçants, installés au lieu-dit de la  Kherba, à la rue Jazira, et les forces de l’ordre.

Pour le moment la ville, malgré ces « nuages », semble  savourer ces moments  précieux où elle donne l’impression de se  réconcilier avec son contexte.

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