La banderole du stade de Radès : une affaire banale qui se transforme en affaire d’opinion

Rades CA

La finale de la Coupe de Tunisie, jouée samedi dernier, 17 juin 2017, a été l’objet d’une polémique, non pas d’ordre sportif mais plutôt d’ordre politique.

Un groupe de supporters du Club africain ont brandi une banderole géante qui dénonce le blocus imposé par certains pays arabes au Qatar. Une infiltration de la politique dans nos stades diraient certains, liberté d’expression diraient d’autres. La seule certitude est que ladite banderole n’a pas été du goût des autorités tunisiennes, particulièrement du ministère de l’Intérieur qui a ouvert, tout de suite après le match, une enquête sur le sujet.

Trois supporters clubistes ont été arrêtés depuis samedi. Il s’agit de Sabri Atoui, Hamda Zidi et Youssef Moussa, âgé de 17 ans! Interrogés par la brigade d’El Gorjani, ils sont accusés d’incitation à la haine et menaces passibles de poursuites pénales. Me Nabil Sebai, avocat des accusés, présent lors de l’interrogatoire, a indiqué qu’il ne s’agit là que d’accusations préliminaires. Les accusations officielles seront formulées par le Procureur de la République qui délibérera sur la nature du délit et décidera de poursuivre ou non l’instruction.

Une affaire banale mais qui pourrait prendre de l’ampleur. Les trois jeunes, soupçonnés par le ministère de l’Intérieur de recevoir un financement d’un pays étranger, en l’occurrence le Qatar, risquent de voir leur acte se transformer en affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Une telle allégation devrait pourtant être justifiée, mais ce sont les preuves qui semblent manquer aux investigateurs de la brigade d’El Gorjani, selon ce qu’a rapporté l’avocat des accusés.

En attendant l’issue de l’affaire, l’avocat, ayant choisi de plaider le droit à la liberté d’expression garantie par l’article 6 de la Constitution tunisienne, espère voir la justice arrêter la procédure et prononcer un non-lieu à l’encontre des trois jeunes. Entre-temps, certains commentateurs pensent que les trois jeunes risquent de devenir des boucs émissaires dans un conflit qui ne les concerne pas et dont ils ignorent totalement la portée, allusion faite au conflit qui oppose le président du Club africain et de l’Union patriotique libre (UPL), l’homme d’affaires Slim Riahi, au Chef du gouvernement et au Président de la République qui ont exclu son parti du gouvernement d’union nationale.

Entre-temps, un grand nombre de supporters du Club Africain et des représentants de la société civile se sont rassemblés ce matin devant le Tribunal de première instance de Ben Arous pour réclamer que justice soit rendue au trois jeunes.

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