Comment relancer la Bourse de Tunis ?

World Federation of Exchanges (WFE) L'Economiste Maghrébin

Quelles sont les solutions pour sortir la Bourse de Tunis  du marasme dans lequel elle se débat ? Y a-t-il un lien entre la situation économique du pays et les performances du marché ? Comment rassurer les petits porteurs ? Comment attirer les institutionnels et les étrangers pour investir à la Bourse de Tunis ? Peut-on continuer à avoir autant d’intermédiaires en Bourse opérant sur le marché ? Est-ce que l’on a été assez rigoureux dans l’admission de nouvelles sociétés sur le marché ? Quelles sont les voies de sortie de la situation actuelle ?

C’est à l’ensemble de ces problématiques que les organisateurs de la 6ème Matinale d’Alumni IHEC Carthage ont tenté d’apporter des réponses, et ce, en invitant Khaled Zribi , président de la Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT), Ahmed Ben Jomaa, directeur général de Smart Finance et Smart Asset et  Mehdi Ben Mustapha, chargé de communication au Conseil du marché financier (CMF).

Une réflexion sur l’avenir de la Bourse de Tunis s’impose pour redorer son blason en respectant les intérêts des petits porteurs.

Bien que les sociétés cotées continuent à afficher des performances honorables (comme l’attestent leurs indicateurs à fin 2016), les petits porteurs qui représentent environ 40% des investisseurs boudent depuis quelques semaines la Bourse et le font savoir. Au même moment, plusieurs introductions sont annoncées pour 2017. Mais, les investisseurs se posent des questions sur la qualité des sociétés déjà introduites ces dernières années, sur le rôle des intermédiaires en Bourse, sur l’apport des investisseurs étrangers et les moyens de les attirer, sur l’impact de la situation économique du pays et sur les performances du marché…

Le marché est-il capable d’absorber les entreprises publiques ?

Pour Ahmed Ben Jomaa, les acteurs du marché ont intérêt à introduire les entreprises publiques à la Bourse. Plusieurs entreprises sont candidates, mais le problème de l’absence de ces entreprises sur le marché financier date de plus de deux décennies. « Cela s’est reflété par une faible représentativité des secteurs à la Bourse de Tunis. Il y a environ dix ans, la Bourse était plus florissante qu’aujourd’hui », explique M. Ben Jomaa.

Le marché alternatif : un marché risqué !

Pour Mehdi Ben Mustapha, la Bourse est le reflet du marché où il y a une concurrence bancaire accrue. Le marasme qui frappe la Bourse de Tunis est aussi lié à des aspects psychologiques, notamment en ce qui concerne le marché alternatif. « Aujourd’hui, le taux de respect de la publication des informations trimestrielles est à 92% ce qui constitue une grande avancée en matière de respect des obligations de divulgation financière sur la marché grâce aux efforts entrepris par le CMF depuis plus de vingt ans.

Interrogé sur le rôle du CMF dans les admissions des sociétés au marché financier, M. Ben Mustapha a rappelé que le CMF joue le rôle d’arbitre et il n’a jamais garanti la réussite des introductions. « Le marché alternatif est destiné aux institutionnels. C’est un marché risqué », a-t-il précisé.

Sur ce point, intervient M. Ben Jomaa pour  souligner que le marché alternatif est un échec. « Les sociétés dans ce marché sont fragiles  parce que la conjoncture est difficile. La Bourse est incapable de financer les PME. Il faut repositionner  ce marché alternatif », suggère-t-il.

En réaction aux questions posées par les investisseurs et les petits porteurs quant au rôle du CMF, Mehdi Ben Mustapha a précisé que l’indépendance du Conseil du marché financier est garantie hiérarchiquement et financièrement.

La taille, la liquidité et la gouvernance : les clés de la réussite

Ahmed Ben Jomaa considère que la Bourse a manqué de vision parce qu’elle est encore réservée à une élite de marché et que la taille des entreprises pose toujours problème.

« En termes de liquidité, on a raté le marché secondaire. Aujourd’hui, le taux de rotation, estimé à 10%, et la fréquence des transactions (une transaction tous  les 15 minutes)  sont très faibles en comparaison à d’autres places financières. Il faut ajouter aussi  l’absence de grandes entreprises et produits financiers : une défaillance qui pose problème au niveau de la liquidité », regrette M. Ben Jomaa.

S’agissant de la gouvernance, M. Ben Mustapha a souligné que les entreprises ont du mal à ouvrir leur capital aux petits porteurs et aux investisseurs de tout type. « Il faut démocratiser l’entrée des investisseurs dans les capitaux des entreprises. Il n’y a pas une culture boursière développée malgré tous les efforts consentis dans ce sens ».

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