Les enseignements de 2016, de quoi sera fait 2017 ?

l'année

Une année s’achève, une autre pointe à l’horizon, avec pour perspective les mêmes doutes, les mêmes interrogations et cet espoir longtemps contrarié et déçu. 2016 aura été, comme celles qui l’ont précédée, une année perdue. La croissance ne décolle pas.

Le PIB reste scotché sur la ligne de départ. Très peu de richesses créées, comparées à la masse des salaires et à la déferlante des importations. Le pays produit peu et dépense en frais de consommation plus qu’il ne se dépense, et n’est jamais rassasié. Tout et tout de suite, au mépris de nos habitudes ancestrales d’épargne et d’abstinence. Les investissements d’avenir, entendez les générations futures, attendront, si tant est qu’un sursaut reste encore possible.

Peu d’avancées économiques en 2016. Et une dérive financière et sociale, porteuse de réelles menaces. L’investissement est en rade, l’emploi à la diète. La valse des prix n’en finit pas d’inquiéter. Les déficits s’accumulent, la corruption étend ses tentacules et se répand comme une traînée de poudre. La dette explose et son remboursement pose déjà problème. Nous avons échappé de peu à la douloureuse épreuve du rééchelonnement en 2016, mais il y a peu de chances que l’on puisse rééditer cet exploit en 2017.

Non qu’il faille y voir une quelconque humiliation ou atteinte à notre dignité de renégocier un nouvel échéancier de remboursement de la dette, mais ce « reprofilage » sonne, malgré tout, comme un aveu d’échec. D’autant que le pays a toujours, quoi qu’il lui en coûte, honoré ses engagements et payé rubis sur l’ongle. Notre signature n’avait souffert d’aucune égratignure, même quand les caisses de l’Etat étaient à leur plus bas niveau. 2016 ou l’an II de la 2ème République … Que de désillusions ! L’apprentissage de la démocratie s’est avéré plus complexe, plus laborieux qu’on l’imaginait. La marche vers la maturité politique a ravivé des querelles et des tensions en tout genre, sans doute à cause d’une confusion des pouvoirs et d’un problématique jeu de rôles mal assumé.

En deux ans, la nouvelle Constitution a révélé ses propres limites et son incompatibilité avec notre ADN national. Ni régime parlementaire, ni système présidentiel ! Un entredeux qui ouvre la voie à une forme d’immobilisme. Et peut-être aussi à un indéniable faisceau de malentendus.

Le départ du gouvernement Habib Essid, dans les conditions que l’on sait, souleva plus de questions qu’il n’apporta de vraies réponses, même si cela n’enlève rien au mérite de l’équipe de Youssef Chahed. Il ne sera pas inscrit, loin s’en faut, en lettres d’or dans le registre de la 2ème République. Paradoxalement, le paysage politique sort plus divisé, plus disloqué qu’il ne l’était avant la formation du gouvernement d’Union nationale. Les ralliements, quasiment en trompe-l’oeil, des partis au nouveau gouvernement les exposent à des courants d’air ravageurs.

Les lignes de fracture passent désormais à l’intérieur des partis signataires du Pacte de Carthage, menacés dans leur totalité d’implosion.

L’émiettement, l’atomisation, l’éclatement de partis et de formations politiques, déjà à l’oeuvre au lendemain des élections, s’accélèrent et s’intensifient. La démocratie semble de nouveau fragilisée, menacée comme au lendemain de la révolution, en l’absence d’une opposition forte et crédible pour éviter toute dérive anti-démocratique. Nidaa Tounes part en lambeaux, Afek voit son horizon se rétrécir, l’UPL, un parti à géométrie variable, disait-on, n’est visible que par les apparitions médiatiques de son chef. Moncef Marzouki et les siens n’en ont cure. Le Front Populaire campe sur ses positions et incarne, avec la véhémence qu’on lui connaît, l’opposition pure et dure au sein de l’ARP et au besoin, en s’autorisant quelques incursions dans la rue. En face, Ennahdha domine la scène politique quand elle ne mène pas le jeu. Elle présente, en dépit de ses propres querelles de chapelle, un front uni inaltérable.

Elle évolue au gré du vent et de la géopolitique, change de discours, mais jamais de direction. Elle avance et avise, « surveille » de près partenaires de circonstance et adversaires de toujours. Elle a réussi à se placer au centre de l’échiquier politique national. Les partis se définissent, pour exister, avec ou contre Ennahdha. Machrou Tounes, le dernier-né des partis, en est l’illustration. Il cherche à fédérer autour de lui un front républicain. Manière de recourir à une croissance externe pour contourner les limites d’une croissance interne, forcément lente, quand  il faut au plus vite atteindre une masse critique politique pour pouvoir peser dans la compétition électorale. L’idée peut paraître séduisante, sauf qu’il y a peu de cas de réussite d’OPA politique, même sous couvert de rassemblement ou de front. Réussira-t-il à résorber le gap, à rééquilibrer le paysage politique avec l’émergence d’une troisième force pour incarner une troisième voie qui occuperait l’espace qui sépare Ennahdha du Front Populaire ?

En attendant, d’autres nouveaux partis en gestation se préparent à entrer dans la course. Mondher Znaidi et  Mehdi Jomaa sont déjà dans les starting-blocks.

Le constat s’impose de lui-même. En 2016, la politique fait encore des siennes et jette de nouveau un voile sur l’ultime effort de redressement économique. Sauf que la fracture politique n’a jamais été aussi profonde. Les partis vainqueurs des élections se fissurent et se décomposent. Avec pour toile de fond, un mouvement de recomposition, prélude peut-être à un big-bang politique. Il trouvera peut être son épilogue en 2017. Avec l’espoir qu’il contribue au redressement de l’économie.

Près de six ans après la révolution, l’enjeu politique reste au centre des préoccupations nationales, tant il est primordial. Le pays est certes assailli par des problèmes économiques : recul de l’investissement, de la production, de la productivité, aggravation des déficits, du chômage, de la dette, persistance de l’inflation, absence de choix clairs, assumés et pleinement aboutis, et donc de véritables perspectives. Mais la solution à ces problèmes reste d’ordre et d’essence politique. Elle est portée par les dirigeants politiques dans l’exercice de leurs fonctions. Rien ne dit que les signataires du Pacte de Carthage aient à cœur la réussite du gouvernement Chahed. Il y a même tout lieu de penser que les partis de la coalition ont en permanence un œil sur leur cote de popularité pour ne pas se laisser entraîner, par solidarité gouvernementale, dans le champ de mines des nécessaires et inévitables réformes structurelles.

Les discussions qui ont émaillé la présentation de la loi de finances 2017 sont un simple avant-goût de leur attitude à l’approche des élections municipales et législatives, qui sont dans tous les esprits.

2016 aura été une année perdue pour l’économie, mais pas une année pour rien. Car elle aura servi à tirer un certain nombre d’enseignements d’importance majeure.

On sait désormais à quel point nos concitoyens sont rétifs, hostiles à toute forme de réforme qui remette en cause leurs privilèges et leurs droits acquis. Mais pour avoir osé secouer le cocotier et défier les corps intermédiaires qui se complaisaient dans leur zone de confort, le gouvernement, même s’il n’a pas engrangé sur le coup les bénéfices escomptés, aura réussi à lézarder l’édifice. Demain, il sera beaucoup plus facile de s’attaquer avec méthode et pédagogie à ces citadelles, d’ouvrir avec succès les véritables chantiers de la réforme et des révisions déchirantes.

L’année 2016 aura été, aussi et surtout, celle du retour de la Tunisie au-devant de la scène internationale, après une si longue éclipse. La Tunisie est de retour dans l’univers des bailleurs de fonds et des investisseurs étrangers. Deux jours durant, fin novembre, tout au long de la Conférence internationale sur l’investissement, baptisée fort à propos

« Tunisia 2020 », le pays est réapparu avec éclat sur les radars des états-majors des principales puissances financières et des multinationales dans l’industrie et ailleurs. Il a réussi à s’attirer leur sympathie et leur soutien au-delà de ce qu’il pouvait espérer. Pari réussi, puisqu’il a fait monter de plusieurs crans son capital-confiance. Chiffres à l’appui, les promesses et les engagements d’investissement et de financement sont à la hauteur de nos besoins pour les cinq années à venir.

Cet engagement, s’il venait à être réalisé, renflouerait les caisses de l’Etat et impulserait une nouvelle dynamique de développement dans les régions. De quoi inverser au plus vite la courbe du chômage, atténuer le déséquilibre territorial et donner une réelle perspective aux jeunes et moins jeunes. Ce qui signifie, en clair, qu’il y a comme une nécessité de gagner la deuxième manche, celle de la crédibilité auprès de nos partenaires étrangers.

Transformer l’essai en 2017. Nous ne saurions formuler un bien meilleur vœu pour nous, pour le pays et pour ces jeunes sans emploi. L’année 2016 n’est pas, à vrai dire, différente de celle qui l’a précédée. Mais 2017 pourra être bien meilleure, si l’on retrouve pour de bon les chemins vertueux du travail, de l’effort, de la discipline, de l’innovation, de la qualité, du calme, de la sérénité et du respect de la loi républicaine.

Nous n’avons d’autre choix que de nous imposer ces règles de survie dans le monde qui est le nôtre… En 2016, nous avons frôlé la faillite. Il suffit de se dire, plus jamais cela, pour que tout devienne possible.

La relance de l’économie tient à si peu de choses, au regard de notre potentiel de développement, de notre désir d’entreprendre et de l’engagement financier de nos partenaires. A charge pour les syndicats et l’Etat de ne pas se mettre au travers de l’investissement. Il ne suffit pas de le dire, il faut oser briser le plafond de verre qui inhibe la liberté d’entreprendre. Si on y arrive, 2017 sera alors l’année d’un nouveau départ pour une longue période de croissance inclusive. Une chose est sûre, elle sera pour nous l’année de tous les espoirs. Bonne et heureuse année ƒ

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