Les Tunisiens sont-ils racistes ?

victime subsaharienne L'Economiste Maghrébin

AFFICHE-PHOTOA la veille de la Journée nationale contre la discrimination raciale, deux jeunes étudiantes congolaises ont été lâchement agressées au couteau en plein centre-ville. Une agression qui a soulevé un tollé et suscité l’indignation de l’opinion publique.  

« Il va falloir une loi criminalisant le racisme et les discriminations mais aussi la tenue d’une Journée nationale pour combattre le phénomène qui ne devrait pas exister de nos jours.  La Tunisie post-révolution n’a plus le  droit de parler de discrimination raciale. Nous devons œuvrer ensemble à changer cette mentalité« , a réagi Youssef Chahed, Chef du gouvernement.

De son côté, l’association Mnemty, créée en 2013,  lance des actions concrètes sur terrain en dénonçant des actes racistes que beaucoup d’étudiants venus de tous bords subissent.

Dans un post sur la page facebook, l’association a publié : « Les agressions racistes se multiplient chez nous et nous n’avons plus le droit ni de passer sous silence ce comportement indigne, ni  laisser faire et encore moins  ne pas réagir. Tunisiennes, Tunisiens INDIGNEZ-VOUS!« 

« Mnemty » tente depuis de sensibiliser l’opinion pour faire obstacle au racisme en Tunisie. Sa fondatrice, Saâdiya Mosbah, affirme pour sa part: « Oui, on ne change pas une société par décret. Quelles sont les actions directes que le gouvernement s’apprête à entreprendre. Où sont les réformes  ? »Le témoignage de Saâdiya Mosbah est un exemple des situations que vivent chaque jour des ressortissants de l’Afrique subsaharienne.

Quel constat peut-on dresser ?

De son côté, Ramy Salhi, Maghreb Director du réseau Euromedrights, a souligné que le projet de loi  déposé à l’ARP depuis  le 14 juin 2016,  n’a pas encore abouti. Il déclare: « Aujourd’hui avec ces agressions, nous espérons qu’il va  être mis fin à ces actes indignes« .

« La Tunisie n’a jamais été raciste », affirme Ramy Salhi, en déclarant: « Le pays a toujours été une terre d’accueil. Et comme  dans tous les pays du monde, nous avons quelques exceptions, des gens qui sortent du lot, comme le phénomène de la discrimination à l’égard des femmes ».

« Le problème est beaucoup plus complexe », souligne Lorena Lando, chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations. Elle précise aussi: « La diversité est une richesse. Or juger quelqu’un pour la couleur de sa peau est inadmissible ».  Elle conclut : « Il faut valoriser la diversité et travailler ensemble pour que les valeurs humaines soient présentes. Cela dit, nous sommes tous des êtres humains, il y a encore du travail à faire durant les 365 jours. En un mot, c’est la diversité qui fait la richesse ».

Mongi Hamdi, ancien ministre des Affaires étrangères, affirme : « J’espère que ce projet de loi sera efficace. J’ai honte d’apprendre qu’en Tunisie, réputée pour sa tolérance, il y a encore de la discrimination.. Mais  la loi en soi n’est pas suffisante, il faut absolument sensibiliser les Tunisiens. Et je souhaite qu’un de ces jours de voir un ministre de couleur ou  des ambassadeurs, pour montrer au monde que la Tunisie n’est pas raciste ».

Pour rappel, en 1846, la Tunisie a été l’un des premiers pays à abolir l’esclavage. Aujourd’hui,  en dépit des termes péjoratifs qui décrivent les personnalités de couleur, ce sont les violences qui inquiètent les citoyens mais aussi les associations comme Mnemty. La Tunisie entame aujourd’hui une nouvelle page de transition du processus démocratique,  pourtant le pays ne possède toujours pas une loi criminalisant les actes racistes. 

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