Trump : quelle politique étrangère ?

Mis à part la Russie et plusieurs dirigeants de partis d’extrême droite européens qui ont salué l’élection de Donald Trump, son arrivée à la Maison-Blanche a provoqué une véritable onde choc politique mondiale.

Sa campagne a rabaissé la politique et la vie démocratique à des niveaux rarement atteints, si ce n’est peut-être dans la période de l’Entre-deux-guerres en Europe, avec la montée du nazisme et du fascisme. Outre les questions de politique intérieure, la vision internationale de Donal Trump laisse perplexe, notamment au regard de sa rhétorique anti-musulmans. Il ne faudrait pas idéaliser Hillary Clinton pour autant, y compris dans ses relations avec le monde arabe.

Qu’aurait été la politique étrangère d’Hillary Clinton ?

La stratégie prudentielle de l’Administration Obama (durant ses deux mandats successifs) a été critiquée par ses adversaires républicains… mais aussi – de manière plus implicite – par Hillary Clinton qui a assumé son caractère plus interventionniste et sa tendance néoconservatrice digne des ‘faucons » de Washington. Son soutien à l’agression anglo-américaine contre l’Irak en 2003 atteste de sa vision messianique d’une Amérique gendarme du monde. Secrétaire d’État de Barack Obama entre 2009 et 2013, elle a poussé à l’intervention américaine en Libye et fut partisane d’une action américaine en Syrie, surtout quand des preuves ont établi que des attaques chimiques avaient été menées par Bachar al-Assad.

Le passage d’Hillary Clinton au Secrétariat d’Etat américain a été marqué par un épisode lié au « Printemps arabe » : le 11 septembre 2012, date symbolique pour les États-Unis, une attaque a visé le consulat basé à Benghazi. L’attaque a causé la mort de l’ambassadeur américain à Benghazi, Christopher Stevens, ainsi que celle de trois autres agents, et a provoqué un choc politique aux États-Unis. La crédibilité interne et internationale d’Obama en a été affectée. Dans la foulée, décision significative, l’ambassade américaine à Tripoli a été évacuée compte tenu de l’insécurité qui règne depuis 2011.

Enfin, Hillary Clinton symbolise le soutien américain inconditionnel à Israël. Rien ne devrait changer en la matière, au contraire : Israël est et restera le premier destinataire de l’aide financière, civile et militaire étrangère du budget américain ; au sein du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, les États-Unis continueront d’user de leur veto contre toute proposition de résolutions condamnant les pratiques israéliennes dans les Territoires occupés (colonisation en infraction aux conventions de Genève, opérations militaires contre les Palestiniens à Gaza ou contre des voisins arabes, comme le Liban).

C’est pourquoi, l’interventionnisme des États-Unis est jugé partial dans le conflit israélo-palestinien. Si Israël représente pour les États-Unis un allié stratégique pour le libre accès aux gisements pétroliers de la région, cette relation d’exception s’explique également par l’influence du « lobby pro-israélien » à Washington (incarné par l’AIPAC) et la force des liens immatériels entre deux pays attachés à la culture biblique et à la mystique des pionniers.

Que sera la politique étrangère de Donald Trump ?

Longtemps considérés sur les rives sud et est comme une puissance de libération de l’impérialisme franco-britannique, les États-Unis ont vu leur image se dégrader du fait de la Guerre froide, des interventions militaires successives en Irak (1991, 2003) et du soutien (diplomatique) inconditionnel octroyé à Israël.

Sous l’Administration Obama, un tournant stratégique est manifeste. La « doctrine Obama » privilégie la diplomatie aux dépens de l’intervention militaire sous la forme d’un déploiement de troupes au sol (ce qui n’exclut pas le recours aux frappes aériennes et aux drones, loin s’en faut), après les fiascos des guerres menées en Afghanistan et en Irak pendant plus d’une décennie. Qu’en sera-t-il avec le nouveau président américain ?

Particulièrement inexpérimenté en politique étrangère, peu loquace sur le sujet, Donald Trump semble plus intéressé par les questions intérieures que par la perspective de jouer un rôle de leader mondial. Ainsi, il n’a pas présenté de vision internationale claire et cohérente au cours de sa campagne. A l’image du personnage, son action internationale risque d’être assez imprévisible, même s’il a semblé vouloir rompre avec toute stratégie interventionniste. Au nom d’une forme de réalisme, Trump s’est dit prêt à se rapprocher du président russe Vladimir Poutine.  Il a défendu l’idée d’une coopération militaire avec Moscou contre les djihadistes, l’EI étant considéré comme la principale menace pour les intérêts américains.

Va-t-on vers une remise en cause d’un système d’alliances et d’engagements internationaux ? Outre la remise en cause d’accords de défense avec l’Asie et l’Europe, Trump a jugé l’OTAN « obsolète et coûteuse ». Il a affiché son manque d’enthousiasme et de conviction en matière de réchauffement climatique, au point d’avoir exprimé son intention de s’affranchir de l’accord de Paris conclu au terme de la COP 21.

M. Trump s’est engagé au contraire à rouvrir les mines fermées à cause de leur déficit de compétitivité. Il s’est également engagé à délier les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien qui devait mettre fin au programme nucléaire développé par Téhéran.

Le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, a déclaré lors d’un déplacement à Bucarest (Roumanie) que « Tout président des Etats-Unis doit comprendre la réalité du monde d’aujourd’hui. Le plus important est que le futur président des Etats-Unis respecte les accords, les engagements pris non pas à un niveau bilatéral mais à un niveau multilatéral ».

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