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19 septembre 2020
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Le malaise des chefs d’entreprise !

Un des aspects de la crise de la transition économique en Tunisie est la panne d’investissement. Pourquoi les entreprises tunisiennes n’investissent-elles pas ? Quelques éléments de réponse…

Ernst Young Tunisie vient de publier, il y a quelques jours, son quatrième Rapport/Baromètre 2016 des entreprises en Tunisie. Ce document est devenu en peu de temps une référence sur la situation des affaires en Tunisie et la perception du monde de l’entreprise et de l’environnement politique, économique et social. Et en effet, le rapport de cette année n’a pas dérogé à la règle avec une enquête exhaustive sur les différents aspects qui intéressent la vie de nos entreprises dans un contexte de transition marqué par l’incertitude.

Mais, ce qui ressort de ce rapport et comme l’a mentionné Sami Zaoui  dans son éditorial, c’est l’ambivalence ou le paradoxe entre des entreprises qui reprennent goût à l’investissement et au développement de leurs activités d’un côté et une perception fortement négative du contexte politique, économique et social dans notre pays, de l’autre.

D’ailleurs les chiffres pour illustrer ce paradoxe et cette ambivalence ne manquent pas. D’abord, du côté des activités des entreprises. L’enquête avance beaucoup de chiffres qui témoignent de l’évolution positive que nos entreprises ont connue entre 2014 et 2016. D’abord, les entreprises ont indiqué pour 14% d’entre elles que leurs chiffres d’affaires ont connu une forte amélioration et pour 40% une amélioration. Cette amélioration est le résultat de facteurs internes à l’entreprise avec notamment l’amélioration de leurs offres et de leurs produits pour 48% des cas. Mais, une partie importante de cette amélioration se trouve dans les facteurs externes avec notamment l’amélioration des activités des secteurs pour 33% des entreprises.

On peut également retrouver cette perception positive des entreprises sur leurs activités dans leur analyse de l’évolution de leurs activités et surtout leurs investissements. En effet, 86% des entreprises considèrent de manière positive les perspectives d’évolution de leurs activités en 2016, un chiffre en progression par rapport à 2014. Cette perception positive des activités des entreprises apparaît également dans l’évolution du supply chain où près de 51% considèrent qu’elle est en amélioration alors que 36% la considèrent comme stable en 2016, des chiffres en nette progression par rapport à l’année 2014. La situation sociale des entreprises a connu également un net progrès selon ce baromètre et 44% des entreprises la considèrent en amélioration alors qu’elle est stable pour 40% d’entre elles.

Un autre élément essentiel dans la vie des entreprises et qui focalise une importante attention de la part de l’ensemble des acteurs politiques et économiques concerne l’évolution de l’investissement. Le baromètre illustre de la plus belle des manières le paradoxe et l’ambivalence de l’attitude et du comportement des entreprises. En effet, la perception fortement négative du climat d’investissement et son évolution où 38% des entreprises considèrent qu’il va se dégrader ne les empêchent pas d’investir et 48% des entreprises vont augmenter leurs investissements. Cette enquête indique également un résultat important dans un contexte où les inégalités régionales sont au cœur du débat politique, les entreprises en grande majorité rechignent à développer leurs activités dans les régions intérieures. Une question que les autorités publiques doivent prendre à bras le corps avec les entreprises pour étudier les incitations qui augmenteraient l’attractivité de ces régions.

Mais, en dépit de cette perception positive de leurs activités et de leur développement, le baromètre de Ernst Young montre que la résilience des entreprises est en train d’atteindre ses limites. En effet, la part des entreprises qui estiment que leurs activités ne sont pas menacées a diminué et passe de 33% à 25% entre 2014 et 2016. Le baromètre indique plusieurs facteurs qui accroissent l’incertitude sur les activités des entreprises notamment la détérioration des délais clients (40%) ainsi que les fluctuations de change (41%).

On peut ajouter d’autres critères qui indiquent cette perception positive des chefs d’entreprises du développement de leurs activités même si la résiliation n’est pas plus aussi forte qu’elle l’était en 2014. Mais, de l’autre côté, les chefs d’entreprises sont unanimes dans leur appréciation négative et de la détérioration du contexte politique et économique global de notre pays.

En effet, 82% d’entre eux considèrent que le contexte politique est mauvais, un chiffre qui a connu une nette progression par rapport à l’année 2014 , année marquée par la fin de la période de transition et la réussite des élections présidentielles et législatives qui a fait circuler un vent d’optimisme auprès de l’ensemble des acteurs politiques. Par ailleurs, 40% des entreprises considèrent que la situation pourrait se dégrader durant les douze prochains mois. Pire 90% des chefs d’entreprises considèrent que la situation économique est mauvaise et qu’elle pourrait se détériorer encore plus.

Le rapport de Ernst Young est important dans la mesure où il nous donne une bonne analyse des perceptions et des analyses des chefs d’entreprises de l’environnement politique, économique et social. Un rapport/baromètre qui met l’accent sur l’ambivalence ou le paradoxe dans l’attitude et le comportement des entreprises : d’un côté un certain optimisme pour ce qui est de leurs activités et de leur développement même si la résilience est moins forte et de l’autre un pessimisme total quant à la situation politique et économique et son évolution future.

Un paradoxe qui doit inciter les pouvoirs publics à s’attaquer à ces motifs d’incertitude et de pessimisme en opérant les changements politiques et les réformes économiques nécessaires afin de redonner confiance aux entreprises et leur donner de nouvelles ailes pour déployer leurs activités. Car c’est le retour de la confiance qui favorisera la relance de l’investissement et nous permettra de répondre aux défis de l’emploi et de l’inclusion sociale et favorisera la réussite de notre transition démocratique.

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