Les subventions cumulées depuis 2011 du café et du thé sont l’équivalent de 50 000 microcrédits

Subventions Tunisie

Slah Louati, PDG de l’Office du Commerce, a livré à l’Economiste Maghrébin les chiffres sur les subventions de l’importation du café, du sucre, du thé et de bien d’autres produits à forte consommation, notamment au mois de Ramadan.

[…] Depuis l’année 2011 et jusqu’à cette date, le montant cumulé des subventions sur le sucre s’élève en effet à 264 millions de dinars, dont presque la moitié en faveur des indus­triels. Parmi ceux-ci, on compte des sociétés totalement étrangères ou bien des sociétés tunisiennes dans le capital desquelles se trouvent des actionnaires, en grande proportion, personnes physiques ou morales étrangères (cas de la SFBT, l’Appétissante, certaines sociétés de l’industrie pharmaceutique et parapharmaceutique).

Ces sociétés qui s’approvisionnent auprès de l’OCT en achetant des quanti­tés importantes, voire énormes, de sucre pour la fabrication ou la transformation des produits soumis au régime de la liberté des prix, réalisent des bénéfices conséquents, tout en continuant à béné­ficier de ces subventions parfois à des niveaux très élevés (cas de la SFBT par exemple, avant l’application de la réalité des prix courant 2014).

En ce qui concerne le café et le thé, une grande partie des subventions relatives à ces produits profite à des catégories sociales qui ne devraient pas norma­lement y être éligibles. C’est le cas des cafés et salons de thé classés, des hôtels, des étrangers en visite en Tunisie, etc. Le volume de ces subventions étant de 28 millions de dinars en 2015 contre 32 millions de dinars en 2014, 57 millions de dinars en 2013.

En ce qui concerne le volume de ces subventions, je dirais qu’il est vraiment lourd, voire alarmant, de quoi en faire beaucoup de choses et résoudre beau­coup de problèmes. Le montant de ces subventions cumulées depuis 2011 est de l’ordre de 500 millions de dinars.   C’est l’équivalent en fait de  50.000 microcrédits de 10.000 DT et de 135.768 S.M.I.Gs.

Presque 14 fois le montant alloué à la restauration et à la réhabilitation de 402 écoles primaires, collèges et lycées au titre des années 2015/2016 réalisées par et sur initiative du ministère de l’Education nationale sur tout le terri­toire tunisien, soit une enveloppe de 37 millions de dinars.

Heureusement, cette hémorragie a été atténuée par les décisions prises et mises en œuvre à la suite du Forum du dialogue économique tenu du 22 au 23 mai 2014, notamment en ce qui concerne le sucre destiné aux industriels et le café (récupération de 37 millions de dinars environ au titre de ces deux produits au cours de l’année 2014/2015) .

Ces subventions, jugées souvent arbi­traires, sont davantage réduites à partir de 2016, suite aux nouvelles mesures de la loi de finances pour la gestion 2016 relatives à la suppression des droits de consommation et de douane sur ces produits.

Au titre de l’année 2015, les résultats de l’OCT sont déficitaires, de l’ordre de huit millions de dinars. Le déficit provient essentielle­ment des effets de change, c’est-à-dire du fait du glissement du dinar par apport au dollar, entraînant un manque à gagner de l’ordre de 60 millions de dinars par rapport à l’exercice 2014 sur la base du taux de change moyen de l’année 2014, et de l’ordre de 72 millions de dinars par rapport à la parité moyenne de change de l’année 2013.

Ces subventions, pesant lourdement sur les finances publiques, étaient toujours orientées indistinctement vers tout consommateur de ces produits : per­sonnes physiques et morales, citoyens (pauvres et aisés), commerçants et industriels, nationaux et étrangers, etc. Alors qu’en fait, une grande partie des bénéficiaires de ces subventions ne les mérite pas.

Subventionner l’importation du café, du sucre, du thé et de bien d’autres produits, est-ce raisonnable? Est-ce que cela se justifie? D’abord, parce que le pays connaît une véritable pénurie de devises. Ensuite, parce que ces subventions profitent indûment aux industriels, aux fabricants, aux hôteliers, aux pâtisseries. Ils n’ont pas besoin de cette manne au regard de leur marge.

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