L’islam politique face à un choix cornélien

Islam politique L'Economiste Maghrébin

L’islam est-il en train de suivre le même cheminement que la chrétienté? Après des siècles de guerres de religion, d’intolérance et de bûchers, le christianisme s’est retiré de l’espace public laissant la place aux acteurs politiques laïcs. Certes, il y a encore des partis en Occident qui se réclament démocrates-chrétiens, mais leurs soucis et leurs programmes d’action sont à 99% politiques et sociaux et à 1% religieux.

Le processus de neutralisation de la religion chrétienne de la vie politique a pris des siècles. Le déclenchement de la bataille pour l’exclusion du christianisme politique de la vie publique était inéluctable, compte tenu des désastres effroyables subis par les sociétés européennes du fait du fanatisme, de l’intolérance et de la violence dont les victimes innocentes se comptaient par millions. Il n’était guère étonnant dès lors que les populations européennes fussent dans leur écrasante majorité pour l’exclusion du christianisme politique de l’espace public et pour l’instauration du principe salvateur de la liberté de conscience.

Aujourd’hui, les sociétés musulmanes sont déchirées par le fanatisme, l’intolérance et la violence dont les victimes se comptent aussi par millions. Après les ravages et les destructions à grande échelle subis par une large partie du monde arabe et le nombre extrêmement élevé des victimes, il est urgent de déclencher la bataille pour l’exclusion de l’islam politique de l’espace public.

Les révolutions déclenchées dans le monde arabe à partir de janvier 2011 se sont transformées en anarchies dévastatrices du fait de l’intrusion violente de l’islam politique. Celui-ci a profité du vide politique provoqué par le renversement des régimes dictatoriaux pour tenter de faire main-basse sur la totalité du monde arabe. Il y a échoué, mais il a réussi à montrer au monde entier son visage hideux, sa nature effroyablement intolérante et violente et sa propension à la destruction et à la décapitation.

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Sans l’irruption violente de l’islam politique sur la scène politique, la Tunisie n’aurait pas été dans cet état pitoyable et son économie n’aurait pas connu un tel marasme. Il n’est donc pas étonnant que le pays, qui a été à l’avant-garde du processus qui a ouvert la voie à l’islam politique, soit aussi à l’avant-garde de la bataille pour son exclusion de l’espace public.

C’est parce qu’il s’est rendu compte qu’il lui est impossible d’imposer son programme politico-religieux aux Tunisiens que le parti islamiste ‘’Ennahdha’ a décidé de faire sa mue. Les tiraillements qui secouent cette organisation de l’intérieur expliquent les voix dissonantes et les déclarations contradictoires auxquelles on assiste aujourd’hui. Ils expliquent également pourquoi les dirigeants d’Ennahdha se permettent d’affirmer aux médias étrangers ce qu’ils ne sont pas encore prêts à affirmer aux médias tunisiens.

Prenons par exemple les déclarations de Said Ferjani et de Rached Ghannouchi au New York Times. Dans son édition du 2 juin, sous le titre : « L’islamisme est mort, vivent les démocrates musulmans » (Islamism is dead, long live muslim democrats ), le journal américain nous informe que le dirigeant nahdhaoui Said Ferjani « défend la liberté religieuse et la liberté de conscience et estime que les athées et les agnostiques doivent jouir des mêmes droits civils que les croyants ». Plus important encore, le même journal dans le même article nous apprend que Rached Ghannouchi défend « les protections constitutionnelles dont bénéficient les athées et les agnostiques. »

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Quand on compare ces déclarations de Said Ferjani et de Rached Ghannouchi à celles d’autres dirigeants, dont Abdelfattah Mourou, niant toute rupture entre Ennahdha et la confrérie des Frères musulmans, on se rend compte de l’intensité de la bataille pour la neutralisation de l’islam politique qui se déroule au sein du parti islamiste tunisien.

L’islam politique se trouve aujourd’hui face à un choix cornélien : se réformer et entrer dans l’Histoire par la grande porte ou disparaître. Se réformer en jetant les bases de la démocratie musulmane ou feindre le changement en gardant intacts ses objectifs initiaux avec le risque de se faire balayer  violemment de la scène.

Il y a longtemps, le christianisme politique était face au même choix cornélien : se réformer ou disparaître. Il a choisi la réforme. La tolérance, la paix sociale et la démocratie dont jouissent aujourd’hui les peuples occidentaux s’expliquent dans une large mesure par la réforme consentie par la religion chrétienne qui a accepté de ne plus mettre son nez dans la vie privée des gens et de donner l’entière liberté à la personne humaine de croire ou de ne pas croire, de jouir de sa vie ici-bas ou de se soucier uniquement de l’au-delà.

Après tant de siècles marqués par les guerres de religion, par l’intolérance, le fanatisme et l’obscurantisme, les peuples arabes et musulmans ont l’obligation de préparer un avenir radieux aux générations futures en forçant l’islam politique à faire les concessions majeures consenties il y a bien longtemps par le christianisme politique.

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