La coproduction : facteur clé de la montée en gamme de l’économie tunisienne

En définissant le concept de la coproduction par un partage de la valeur ajoutée et un transfert de technologies entre le Nord et le Sud de la Méditerranée, l’Observatoire de la coproduction en Méditerranée IPEMED a dévoilé que le moment est venu d’intégrer en profondeur, par ce concept, la Tunisie, le Maghreb et l’Europe.

A cet égard, Jean-Louis Guigou, président de l’observatoire, a affirmé « qu’une opportunité historique se présente, du fait de la hausse des coûts de production en Chine, et ce, d’autant plus que la Banque Mondiale considère que 85 millions d’emplois manufacturiers devraient quitter la Chine dans les prochaines décennies. Voilà pourquoi, en associant les technologies du Nord aux compétences et ressources des pays du sud méditerranéen, ces derniers, et plus particulièrement la Tunisie, pourraient capter une grande partie de ces emplois. Ainsi, avec la modernisation du Canal de Suez à l’Est et l’énorme potentiel de Tanger Med à l’Ouest, la Tunisie a une place à prendre dans ce nouvel espace industriel qui se met en place au sud de l’Europe ».

Dans cette perspective historique de voir la rive sud de la Méditerranée s’industrialiser au profit de l’Afrique et de l’Europe, IPEMED a élaboré un rapport intitulé « Coproduction en Tunisie : contexte, réalisations et perspectives », visant à analyser le positionnement de la Tunisie dans l’environnement macro-économique méditerranéen, ainsi que les dynamiques d’investissements étrangers à l’œuvre en Tunisie ; et ce, afin de proposer des recommandations pour accompagner le développement de la coproduction et une meilleur intégration du pays dans l’économie méditerranéenne et mondiale.

Le rapport a fait ressortir que dans la région méditerranéenne, la Tunisie cristallise de longue date l’attention des observateurs de par le caractère de « laboratoire » qu’elle a connu dans de nombreux domaines, notamment celui de l’attraction des investissements. Néanmoins,  sous l’influence cumulée de la récession mondiale puis des Printemps arabes et avec la crise sécuritaire qui perdure, la Tunisie peine à attirer de nouveaux investisseurs étrangers.

Par ailleurs, les flux des IDE entrant stagnent autour de 1,1 milliard de dollars par an, après avoir connu un pic à 3,3 milliards de dollars en 2006. Cette stagnation est préoccupante en comparaison du Maroc qui bénéficie d’une reprise stable depuis 2010.

Ainsi, les investisseurs déjà présents en Tunisie sont, depuis 2011, dans l’attente d’une concrétisation de l’ensemble des projets de réformes en cours. Les investissements d’extension existent, mais restent timides étant donné le potentiel du pays et les investissements de création peinent à redémarrer malgré le fort potentiel de la Tunisie pour une montée en gamme.

La même source a démontré, dans ce cadre, que la Tunisie jouit encore d’une forte base industrielle propice au développement d’une coproduction de qualité. Cette montée en gamme est également rendue possible par l’existence d’entreprises de pointe dans chaque secteur clé. Une analyse des forces et opportunités sectorielles de la Tunisie en matière de coproduction révèle des secteurs porteurs historiques ( TIC, Industrie mécanique et Textile ) et ceux d’avenir  (Energies renouvelables, Santé et Pharmaceutique et Agro-industrie ).

De ce fait, l’enjeu pour la Tunisie est désormais de dépasser le modèle classique d’entreprises exportatrices; et ce, en adoptant une plus forte intégration des chaînes de valeur, via la localisation de plus de stades de production en Tunisie et l’intégration de nouveaux marchés par la diversification des exportations.

Cet enjeu passerait, selon la même source, par la consolidation et une meilleure coordination des investissements des partenaires historiques de la Tunisie que sont la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne et par une plus grande ouverture de l’économie tunisienne vers l’Afrique.

La  Tunisie pourrait également pallier l’étroitesse de son marché intérieur puisqu’elle s’impose comme l’une des portes d’entrée du continent africain en plein essor économique, notamment pour ses partenaires européens.

Des réformes indispensables pour une économie inclusive et durable

Afin de rendre la Tunisie de nouveau attractive aux investisseurs et de permettre cette montée en gamme de l’économie tunisienne, des réformes administratives, financières et structurelles apparaissent comme nécessaires.

Dans ce sens, IPEMED a estimé que pour rendre la Tunisie plus attractive aux investisseurs étrangers, la réforme du Code de l’investissement lui permettrait de jouir d’une position compétitive dans la sous-région, avec un taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés parmi les plus bas.

D’autre part, pour fluidifier les échanges commerciaux, la réforme du Code des Douanes permettrait l’accélération et la simplification des formalités et la réduction des délais de chargement et d’enlèvement des marchandises.

Afin de développer les infrastructures nécessaires au décollage économique, la réforme de la loi des Partenariats public-privé ( PPP ) permettrait d’introduire toute forme de PPP ( marché public, délégation de service public, contrat de partenariat ), en préservant la souveraineté de l’Etat.

Dans le même sillage, le rapport a montré qu’afin de favoriser la cohésion territoriale, l’accélération de  la décentralisation et la déconcentration demeure nécessaire, permettant la création de territoires plus homogènes, en s’appuyant sur de véritables bassins économiques et d’emploi et l’amélioration de la qualité des services publics régionaux, en renforçant leur présence dans les provinces les plus enclavées. Par conséquent, l’efficacité économique de tous les territoires serait améliorée et les écarts de développement seraient réduits entraînant une croissance à long terme.

Toutefois, pour rendre plus efficace le financement de l’économie locale, IPEMED n’a pas manqué de mettre en exergue la restructuration du secteur bancaire, et ce, afin de mieux servir les besoins en financement des acteurs économiques locaux. Notant dans l’intervalle l’opportunité pour la Caisse des dépôts et consignations d’investir de manière complémentaire sur des projets productifs et porteurs d’emplois.

Parmi les réformes figurent, également, la mise en place de nouveaux  mécanismes favorisant, développant et orientant les investissements productifs de la diaspora tunisienne. Ces investissements représenteraient un facteur de stabilisation en période de crise par des investissements directs et un important outil de financement indirect de l’économie.

Au final, la réforme de la formation professionnelle s’impose aussi pour mieux répondre aux besoins du marché du travail, surtout que le niveau élevé de chômage est en grande partie dû à l’inadéquation des formations avec les besoins du marché.

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