Cesser de diaboliser les hommes d’affaires

les hommes d'affaires ne sont pas les seuls responsables de ce qui se p asse dans les régions

La présidente de l’UTICA ,Mme Wided Bouchamaoui, revient, dans l’interview qu’elle a accordée à notre bimensuel l’Economiste Maghrébin n°678, sur l’impérieuse nécessité d’engager les réformes structurelles pour libérer la croissance, l’initiative privée et le génie créateur de la jeunesse tunisienne.

Elle a abordé le climat d’investissement qui n’est pas au mieux de ce qu’il doit être. Il faut davantage d’effort, d’abnégation, de visibilité, tant au plan interne qu’externe, pour promouvoir de nouveau le site Tunisie et améliorer son attractivité, auréolé qu’il est par la suprême distinction du Prix Nobel de la Paix que se sont partagées l’UTICA, l’UGTT, la Ligue des droits de l’Homme et l’Association des avocats.

Sans doute serait-ce là le meilleur produit d’appel pour séduire et attirer les investisseurs étrangers. Encore faut-il aller à leur rencontre pour transformer l’essai. Davos aurait été l’étape tout à fait indiquée. Des quatre lauréats, seule Wided Bouchamaoui aura fait le déplacement. Une hirondelle, dit-on, ne fait pas le printemps, mais elle l’annonce. Interview.

L’Economiste Maghrébin : La situation est aujourd’hui telle que l’économie est en récession, la croissance est nulle, sinon négative, la courbe de productivité fléchit. Est-ce que ce paramètre de productivité est aujourd’hui pris en considération dans les négociations avec l’UGTT ? Est-ce que le syndicat est prêt à faire un effort supplémentaire pour inverser cette courbe?

Wided Bouchamaoui : Le fléchissement de la productivité est aujourd’hui une réalité. Les statistiques sont là et le démontrent clairement. Avec le syndicat, nous en avons parlé et nos prochaines réunions porteront, entre autres, sur cet impératif de productivité. Au cours de ces réunions, il sera aussi question du pacte social et de la meil­leure façon de le mettre en application. Ce pacte englobe tous les aspects de la relation de travail, y compris la produc­tivité, l’assiduité, la compétitivité, etc.

En seconde étape, il y aura des réu­nions tripartites entre l’UGTT, le gou­vernement et nous, pour concevoir les bases et les garanties nécessaires, afin de pouvoir avancer ensemble.

A propos de cette jeune génération, comment jugez-vous l’explosion de colère des jeunes sans emploi dans les régions?

Ce cri de colère, on le comprend. Mais les statistiques sont là. Les investisse­ments privés tunisiens n’ont pas baissé depuis 2010. Ils ont gardé presque le même niveau. Ce niveau est insuffisant, mais on est loin d’être les seuls respon­sables de ce qui se passe actuellement dans le pays et dans les régions.

D’autre part, à entendre les voix qui s’opposent aujourd’hui à toute forme de privatisation, je ne peux que me poser la question de savoir si, dans ce pays, on a confiance dans le secteur privé ou pas. Ce secteur ne peut se développer qu’en lui donnant la confiance et les marges d’action nécessaires, tout en éradiquant le fléau du commerce parallèle qui le gangrène.

Lors de mon entrevue avec le chef du gouvernement, la première chose que je lui ai suggérée, c’est de décréter l’état d’urgence économique pour 2016. Ce qui revient à lever tous les blocages et tous les obstacles à l’action économique au niveau des régions et à mettre en place des mesures exceptionnelles pour libérer l’investissement dans ces régions, en allégeant les procédures et en donnant les consignes aux gouverneurs d’agir et de trancher sans être, chaque fois, obligé de s’adresser à l’administration centrale.

Décréter l’état d’urgence économique revient également à sensibiliser les jeunes et à les pousser à penser à d’autres issues que la fonction publique. 80% de notre tissu économique est formé de petites et moyennes entreprises. Encou­rager davantage les jeunes à monter leurs propres projets, c’est s’attaquer d’une manière pérenne et durable à la question du chômage.

La décision d’accorder aux jeunes porteurs de projets des financements sans fonds propres, s’inscrit bien dans cette logique et ne peut être que saluée.

La garantie doit être le projet lui-même. Même si l’Etat doit supporter une charge supplémentaire au titre de cette déci­sion, même si plusieurs de ces projets n’aboutiront peut-être pas, tout en ayant utilisé les fonds accordés, il faut savoir que ce n’est qu’ainsi qu’on apprend, qu’on encourage l’initiative et qu’on incite les jeunes à ne pas quitter leurs régions…

Quel message voulez-vous transmettre à l’adresse de l’UGTT, du gouvernement, de l’ARP,… ?

Il faut cesser de diaboliser les hommes d’affaires, dont la majorité est prête à courir des risques pour le bien du pays. C’est tout à fait légitime, qu’en contre­partie des efforts qu’ils fournissent, ils gagnent de l’argent et qu’ils versent leur quote-part à l’Etat, c’est-à-dire à la collectivité nationale.

Il faut cesser, et je le dis encore une fois, de diaboliser ceux qui réussissent. Il faut mettre en valeur les success-stories, faire respecter la loi par tout le monde, sans exception, valoriser les atouts de ce pays, capitaliser sur son image et faire en sorte qu’il occupe la place qu’il mérite et qu’il y ait une place pour tous.

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