Habib Karaouli : l’investissement privé dans les régions, sans visibilité et sans sécurité, est une illusion

Habib Karaouli, Pdg de la BAT , a été l’invité de notre mensuel ” leManager” pour le mois de février 2016. Tout à la fois conseiller, compagnon de route, par­tenaire d’entreprises en quête d’idées, de sources de financement, de positionnement stratégique, de partenaires étrangers, son parcours est jalonné de succès qui lui valent l’estime de la profession et une renommée qui déborde le cadre de nos frontières.

Atout majeur : sa parfaite connaissance du métier de banquier et d’entrepreneur, des défis et des en­jeux de l’inévitable mondialisation de l’économie et une incroyable humilité qui n’est pas sans rap­peler l’infinie sagesse du terroir de ses racines. Il ne parle jamais de Gafsa, il y pense tout le temps. Pour preuve, sa décision de créer un fonds d’investissement du nom de CAPSA, dédié à la promotion de l’entrepreneuriat.

Le Manager : Vous êtes sensible au chômage des jeunes et aux problèmes des régions de l’intérieur. Vous avez, à cet effet, créé un fonds d’investissement pour promouvoir l’entrepreneuriat, que pensez-vous faire pour ces régions ?

Habib Karaouli : Malheureusement, l’on oublie souvent que le chômage, notamment des jeunes, et les disparités régionales ont été les facteurs déclenchant de la révolution. Cinq ans après, force est de constater qu’il n’a pas été fait grand-chose. Personnellement, j’ai très vite pointé ces enjeux.

En mars 2011, à l’occasion d’une table ronde organisée par l’Economiste Maghrébin, j’ai dit que tous les gouvernements qui vont ve­nir et toutes les politiques économiques qui seront proposées seront jugés à l’aune de leurs performances en matière de création d’emplois et de réduction des disparités régionales entre l’Est et l’Ouest du pays. L’idée c’était d’engager immédiatement des projets structurants et de l’investissement pu­blic.

Croire que l’investissement privé, sans visibilité et sans sécurité, allait s’engager dans les régions était une illusion malheureusement confirmée par la réalité. Il faut que l’Etat investisse dans les grands projets pour créer des externalités positives et par ricochet des emplois indirects.

A ce moment-là, l’investissement privé domestique et ultérieurement l’investissement étranger suivront. Pour ces régions, il faut faire moins de démagogie et mettre surtout à l’évidence les success stories pour que les jeunes s’y identifient. Il faut rompre avec la culture de l’échec. Il faut savoir que l’échec est contagieux. Si le jeune est entouré de personnes qui échouent, il sera gagné par ce que les psychologues ap­pellent les croyances limitantes.

Culturellement, il est aussi important de ne pas dramatiser l’échec mais plutôt de bâtir sur cet échec pour en tirer les enseignements et ça c’est le travail de structures d’accompagnement et autres coaches qui doivent veiller à ne rater aucune opportunité d’investissement.

Aux Etats-Unis, il est toléré d’échouer et les secondes chances sont autorisées. A la BAT, nous nous sommes donné pour mission d’accompagner les entrepreneurs responsables qui prennent le risque et créent des opportunités.

Vous qui accompagnez les entreprises dans leu restructuration et la levée de fonds, est-ce que vous sen­tez que les problèmes de trésorerie se sont accrus ces dernières années ?

D’abord nous avons un problème structurel et récur­rent du financement de la PME, PMI, TPE et autres micro-en­treprises. J’ai le privilège de présider une commission natio­nale multipartite pour réfléchir sur cette question. La question primordiale est de favoriser le financement de l’en­treprise tunisienne par les marchés. L’idée, c’est de multi­plier les alternatives au financement bancaire qui reste qua­siment la seule source de financement de l’investissement.

A cet effet, nous sommes en train de préparer un kit d’accès aux marchés qui permette d’intervenir très en amont pour préparer un premier échantillon d’entreprises sur le plan organisationnel, de gouvernance, comptable et financier pour réunir toutes les conditions de réussite. A moyen terme, il faut simplifier les procédures de financement des PME par le marché, sur le plan coût et réglementation. A cet effet, un scannage complet doit être fait pour revoir le code des socié­tés commerciales, le code des obligations et des contrats, la loi sur la sécurité financière, le code des droits réels pour les adapter et les expurger de tous les éléments bloquants. Je souhaiterais à cet égard souligner que le coût d’accès au mar­ché est très élevé. Les entreprises ne peuvent supporter à elles seules les frais de la due diligence, de l’expertise, les frais pour le CMF, la BVMT, Tunisie Clearing, … Des ressources doivent être mises en place pour compenser tout ou partie de ces dépenses.

En matière de crédit bancaire, il existe un problème de fi­nancement de l’investissement privé, notamment de l’investissement privé Green Field (création). Les projets de ­projets innovants et technologiques devraient porter sur le porteur ou la porteuse du projet.

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Publié le 11/02/2016 à 11:55

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