Quel avenir voulons-nous pour la Tunisie ?

La Tunisie se trouve dans une situation inédite depuis son indépendance, en partie à cause de la transition difficile. Elle est confrontée à des situations de grande vulnérabilité, de crise économique, sociale, culturelle et politique.

La Tunisie dans dix ans? Quelle serait la vision de demain ?

tunisie5C’est en partie le thème de la réflexion entamée aujourd’hui par le Centre tunisien des études stratégiques, où s’est réuni un grand nombre de personnalités politiques, d’experts en économie, mais aussi de personnalités françaises, telles que Jean Pisani-Ferry, commissaire général à la stratégie et à la prospective, lauréat du Grand Prix du communicant public de l’année 2015 qui a présenté l’étude « La France à l’horizon 2025 ».

La Tunisie traverse une crise, elle est victime d’un double choc intérieur et extérieur. Ce n’est qu’en faisant le diagnostic de la situation présente qui est extrêmement difficile, qu’on pourrait déterminer quelles sont les grandes orientations stratégiques à mettre en œuvre au niveau institutionnel, économique, social, culturel, de défense et de sécurité, c’est ce qu’a affirmé Mehdi Taje, expert en géopolitique et méthodologie de la prospective.

Abordant la question de la lutte contre le terrorisme, il a déclaré : « Le terrorisme n’est pas nouveau en Tunisie, il faut se rappeler El Ghriba en 2002 à Djerba, puis Soliman. Mais avec la gouvernance de la Troïka qui a duré trois ans, nous avons pu constater l’enracinement de la menace terroriste et du crime organisé qui se sont bien implantés en Tunisie ».

Pour M. Taje : « Le gouvernement actuel a hérité d’une situation dans laquelle une pieuvre terroriste et criminelle a eu largement le temps de tisser son réseau et sa toile. S’y attaquer est loin d’être simple et facile. Prenons l’exemple des jeunes qui partent en Syrie, en Libye, leur retour constitue un danger, une menace à la sécurité nationale. Il faut concevoir une politique de gestion et de prise en charge du retour de ces jeunes parce que tous ne relèvent pas d’une même situation. Il y a ceux qui vont transiter par la Libye. Ils vont constituer un réservoir de terroristes, qui vont rentrer en Tunisie en s’infiltrant. Et puis il y a ceux qui se sentent brisés parce qu’ils sont partis plein d’illusions dans le but de gagner de l’argent pour aider leur famille. »

Et de poursuivre : « Ils ont été confrontés à une autre réalité atroce, à savoir une guerre entre musulmans, tuant d’autres musulmans. Ils sont des pions qui ont été instrumentalisés pour des intérêts stratégiques qui sont bien loin de toute problématique d’ordre religieux. Je suis pour la création d’un centre de prise en charge à la fois psychologique, médical, social, culturel, pour les confronter à eux-mêmes, tenter des actions de dé-radicalisation. Malheureusement nous avons le nombre le plus élevé de jeunes terroristes tunisiens dans le monde. »

Ainsi, selon notre expert, la solution doit être axée sur la prévention de la radicalisation. « Quand on est dans la gestion de la radicalisation, on a perdu une partie de la bataille, parce que les jeunes se sont déjà radicalisés. Justement il faut mettre en œuvre toute une politique globale, multi-sectorielle, qui pourrait se faire à l’échelle maghrébine, mais qui peut se faire également à l’échelle du 5+5 euro-méditéranéen. »

« En définitive, j’insiste sur le volet préventif, ces jeunes sont victimes d’un problème d’identité. L’islam radical pour ces jeunes est un moyen d’exprimer des frustrations sociales et économiques. Le gouvernement a pour rôle de redonner un sens à leur vie; c’est la raison pour laquelle il faut mettre en place un système de réformes », conclut-il.

Présent lors de ce think tank, Ezzedine Kacem, expert judiciaire et international en affaires maritimes, a proposé de : « Donner espoir aux jeunes, à travers une formation maritime. Vous savez le secteur maritime est un secteur vital pour la Tunisie, vu notre glorieuse histoire depuis des siècles. »

Qu’en sera-t-il de la France dans dix ans ? Jean Pisani-Ferry, commissaire général à la stratégie et à la prospective, a proposé d’en dessiner les contours. Evoquant la question régionale, il a indiqué : « Il est vrai qu’il y a un accroissement des inégalités, des disparités croissantes entre les villes moyennes et la métropole. Les villes moyennes se vident et souffrent, elles vivent des transferts de l’administration publique et des retraités; le champ économique s’y réduit. Alors que la métropole est un lieu d’attraction et d’attractivité, où il y a des créations d’emplois favorisées par l’innovation. Il faut chercher à créer de nouvelles activités pour développer les villes moyennes ».

Quant à la Tunisie dans dix ans, quel avenir voulons-nous pour le pays ? La Tunisie se trouve dans une période clé de son histoire qui pourrait déboucher sur une Tunisie résiliente, émergente et réconciliée avec elle-même.

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