Tunisie : Quel bilan pour la révolution tunisienne ?

Les slogans scandés par les manifestants qui ont occupé l’avenue Habib Bourguiba, aujourd’hui 14 janvier 2016, date du cinquième anniversaire de la révolution, affirment que la révolution est encore en marche et que ses revendications ne sont pas encore réalisées. Du moins pour le moment…

Sous haute surveillance sécuritaire, les festivités du cinquième anniversaire de la révolution se sont bien déroulées à Tunis. L’union n’était pas le mot d’ordre entre les différents partis politiques et les organisations de la société civile présents pour exprimer leurs revendications et leurs attentes de la révolution. Si le Front populaire et Al-Massar ont manifesté ensemble, le mouvement Ennahdha a mobilisé sa base  à quelques mètres du Théâtre municipal de Tunis. Le Courant démocrate (Attayar), quant à lui, a choisi de réunir quelques rappeurs  pour animer une rencontre juvénile et musicale à la fois.

Plus loin, des affrontements se sont déclenchés entre les partisans du Front populaire et ceux de Hizb Ettahrir, ces derniers revendiquant l’instauration du califat.

Plus tard dans la matinée, l’arrivée du nouveau ministre de l’Intérieur a été hué par plusieurs sécuritaires. Pour certains, le bilan de cinq ans de révolution est négatif.  Jilani Hammami, député du Front populaire, présent sur les lieux, a estimé que le bilan de cinq ans est maigre,  notamment au niveau économique et social. Bien entendu quand l’économie nationale est en crise, elle ne peut répondre aux revendications sociales.

Pour affirmer ces propos, il s’est référé aux indices économiques et à la dégradation du pouvoir d’achat des Tunisiens durant ces cinq dernières années.

Tous les signes annoncent une prochaine explosion sociale, indique-t-il. Cinq ans après la révolution, le risque du retour aux anciennes pratiques et à la torture n’est pas exclu : «  Car quand les mouvements sociaux prennent de l’ampleur, l’Etat se trouve obligé de recourir aux moyens répressifs », regrette-t-il.

Ce point de vue n’est pas partagé par Mohamed Kilani, secrétaire général du Parti socialiste de gauche (PSG), qui demeure convaincu que les anciennes pratiques et le despotisme font désormais partie du passé.  Il déclare : «  Il n’en est pas question et le peuple tunisien a bel et bien appris la leçon et même si le despotisme revient de nouveau, le peuple tunisien saura y répondre et y faire face et toutes les forces progressistes, démocrates et modernistes se mobiliseront ». Quant au bilan après les cinq ans de révolution, notre interlocuteur affirme que le seul acquis est la nouvelle Constitution mais il faut encore se battre pour qu’elle soit traduite sous forme de lois garantissant les libertés collectives et individuelles ».

Omar Chahed, secrétaire général du parti nationaliste  « Al-Ghad », estime que les Tunisiens n’ont pas encore renversé la dictature sur le fond, l’ancien système despotique n’ayant pas disparu pour autant.

Il ajoute :  » Les cinq dernières années n’étaient pas suffisantes pour détruire toute la dictature ».  Et de préciser :  » Les Tunisiens attendent encore un nouveau projet politique qui pourrait assurer la relance du pays » et de rappeler que, somme toute, cinq ans ne sont rien dans l’histoire des peuples pour la réalisation des objectifs de la révolution.

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