14 janvier, cinq ans après la révolution : entre crainte et espoir !

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 Depuis le 14 janvier 2011, la révolution tunisienne vit  entre crainte et espoir.

Cinq ans après la révolution, le paysage politique s’est envenimé davantage. Depuis le mois de décembre, à la veille du 14 janvier  Nidaa Tounes, qui avait remporté les élections législatives 2014, accumule les démissions de ses membres et de ses dirigeants.

La situation économique du pays est catastrophique, notamment celle du tourisme, l’un des vecteurs de la croissance économique du pays, puisqu’il représente 7% de son PIB. Selon une étude du Centre économique et social, le  pouvoir d’achat  des Tunisiens notamment celui de la classe moyenne a chuté de 40%,  durant les quatre dernières années. Pis encore, la croissance dégringole de 1 à zéro.

Aujourd’hui, les questions que se posent les Tunisiens sont d’ordre social et économique : “Comment sortir de cette situation précaire de plus en plus intenable, mais aussi comment survivre?”. A quoi, il faut ajouter le dossier des blessés de la révolution. A ce jour le 14 janvier 2016 qu’ont fait les gouvernements précédents en cinq ans pour trouver une solution à ce dossier?  La liste définitive des martyrs a bien été établie,  mais le dossier n’avance toujours pas. C’est du moins ce qu’a indiqué Majdouline Cherni, l’ancienne secrétaire d’Etat chargée des Martyrs et des Blessés de la révolution. En somme, cette liste comporte entre 326 martyrs et 3976 blessés.

“Rien n’a été fait”,  affirme Amine Madyouni, l’un des blessés de la révolution du 14 janvier 2011, en confiant : “ La majorité d’entre nous n’a pas réussi à réintégrer ses fonctions, avec pour conséquence la perte de l’emploi, à cause des séquelles physiques. Nous sommes plusieurs à nous trouver dans cette situation. Il est malheureux de constater que cinq ans après, le dossier des blessés de la révolution est tombé dans les oubliettes. J’ai l’impression qu’ils veulent clore ce dossier définitivement. Je trouve que c’est lamentable.  Plus grave encore, les traitements médicaux et les prises en charge des cas urgents n’ont pas été pris en compte. Il ne faut plus s’illusionner! », renchérit-il.

Ils sont plusieurs, voire des centaines, dans le cas d’Amine à exprimer leur indignation face à un système de justice qui peine encore à faire avancer le dossier.

A les en croire, les promesses des gouvernements successifs n’ont pas été respectées. Face à cette réalité et à l’absence de volonté politique, la question des objectifs de la révolution du 14 janvier perd tout son sens. Il y a tout juste cinq ans de cela, jour pour, ils étaient des milliers de Tunisiens à défiler à l’avenue Habib Bourguiba scandant des slogans : “ Emploi, liberté, justice sociale et Dignité nationale”. Mais le seul pari relevé par la révolution, semble-t-il, a été l’adoption d’une nouvelle Constitution ainsi que la tenue d’élections législatives et présidentielle, libres et transparentes. C’est en substance ce qu’a précisé le président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections, Chafik Sarsar, en déclarant : “ Il est clair qu’à ce jour, nous avons seulement réussi les élections. J’ajouterais également que nous sommes classés au 25 ème rang au monde en ce qui concerne l’intégrité des élections, d’après une étude menée par l’université de Sydney, mais hormis cela, nous n’avons encore pas réalisé les objectifs de la révolution. »

“ Qu’attendons-nous pour les réaliser ? Il est temps que nous nous y mettions et soyons déterminés à les concrétiser”, renchérit-il.

Une note d’optimisme nous vient du Pr Hatem Mrad, politologue, qui nous a confié que le bilan de cinq ans après la révolution n’est pas aussi catastrophique que cela, en ajoutant :  » Cinq ans après, il faut le dire qu’on a eu de belles réalisations, telles que la liberté d’opinion, la démocratie instaurée pas à pas.  Qui l’eût cru qu’on puisse réussir cette transition démocratique qui est, bien sûr, loin d’être achevée?”.

Il poursuit : “Mais nous avons aussi connu des drames, des tragédies, les assassinats des deux figures de l’opposition Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, sous le règne de la Troïka. Mais plus encore, la Tunisie a été touchée par des attaques terroristes, durant les trois dernières années qui ont visé d’abord les soldats, les agents de sécurité. Ces dernières années ont été éprouvantes et le sont encore d’ailleurs. Les trois attentats terroristes de 2015, le musée du Bardo en mars, l’hôtel de Sousse en juin, et la garde présidentielle frappée en plein cœur de la capitale, à l’avenue Mohamed V, en novembre dernier ont blessé et marqué pour longtemps les Tunisiens”.

Et d’ajouter : “ Si je devais dresser un bilan aujourd’hui en janvier 2016, je dirais que seul le dialogue national a été vraiment un des acquis de la révolution tunisienne parce qu’il a montré que la classe politique, au-delà de ses déchirements,  a eu des moments de maturité politique, c’est à dire qu’elle a su mettre les intérêts du pays au-dessus de ceux des partisans. Car il ne faut pas oublier qu’en 2013, nous avons frôlé la guerre civile, depuis la terrible tragédie de l’assassinat de Mohamed Brahmi ».

“Or tout le monde en est conscient : ce n’est qu’à travers le dialogue national que la situation a pu être débloquée. Ce qui nous a permis d’avoir un gouvernement neutre et une nouvelle Constitution”, conclut-il.

Cela dit, pour réussir la transition démocratique, la Tunisie doit faire face à plusieurs défis, sur le plan sécuritaire, économique, social, entre autres. Liberté, stabilité économique et sociale, telles sont les attentes des Tunisiens et qui ne sont pas d’ordre politique pour que la Tunisie poursuive sa voie vers la démocratie.

Un espoir auquel s’accrochent un bon nombre de Tunisiens de la Tunisie nouvelle.

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