L’ Arabie Saoudite s’empêtre dans le bourbier qu’elle a créé

Arabie saoudite

Dans son premier discours de nouveau souverain d’Arabie Saoudite, prononcé juste après la mort de son frère Abdallah le 23 janvier 2015, le roi Salman Ibn Abdelaziz a déclaré qu’ « il n’y aurait pas de changement dans la politique du royaume ». Près d’un an après son accession au trône, les changements opérés dans la politique saoudienne sont énormes, en particulier vis-à-vis du Yémen et de l’Iran.

Avec le roi Abdallah et ses prédécesseurs, l’ Arabie Saoudite finançait le « djihadisme » dans les divers foyers de tension dans le monde arabe et musulman. Elle finançait également l’enseignement du wahhabisme dans le monde arabe et dans les continents africain et asiatique. Mais elle le faisait d’une manière discrète avec le souci de présenter l’ Arabie Saoudite sur la scène mondiale comme étant le pays de la modération qui ne cherche qu’à faire régner la paix chez lui et dans le monde…

Avec l’arrivée au pouvoir du roi Salman et la nomination de son fils Mohamed Ibn Salman au poste de ministre de la Défense, et de son neveu et dauphin Mohamed Ibn Nayef au poste de ministre de l’Intérieur, l’ Arabie Saoudite se présente au monde avec un nouveau visage où prédominent l’intransigeance, l’agressivité et le militarisme.
Cette nouvelle orientation décidée par le triumvirat Père-Fils-Neveu a mis l’ Arabie Saoudite dans une situation des plus difficiles au Yémen et vis-à-vis de l’Iran. Obsédé par ce qui est appelé « le danger chiite », le roi Salman a pris deux décisions lourdes de conséquences et qui risquent de se répercuter très négativement sur l’économie, la sécurité et la stabilité du royaume : l’entrée en guerre au Yémen et la condamnation à mort du célèbre prédicateur chiite, Nimr al-Nimr, exécuté avec 46 autres personnes appartenant à Al Qaida le samedi 2 janvier.

Neuf mois de bombardements incessants au Yémen ont façonné une image peu flatteuse de l’ Arabie Saoudite, l’image du pays le plus riche du monde arabe s’acharnant impitoyablement sur le pays le plus pauvre. L’acharnement est tel que les bombardiers saoudiens donnaient parfois l’impression qu’ils manquaient de cibles à détruire, tellement l’étendue des dévastations est grande. Hôpitaux, écoles, populations civiles, administrations et même mariages, rien n’est épargné.

En dépit de l’étendue des destructions, en dépit des bombardements massifs qui se poursuivent nuit et jour depuis le mois de mars dernier, les milices houthis et celles de Abdallah Salah sont toujours là. Non seulement elles résistent, mais elles tentent de porter la guerre en Arabie Saoudite en bombardant les zones frontalières, mettant à mal les civils saoudiens dans les zones limitrophes avec le Yémen.
En s’acharnant sur le Yémen, l’ Arabie Saoudite est-elle plus en sécurité face à ce qu’elle appelle « le danger chiite » ? Qu’a-t-elle gagné en s’attaquant avec une terrifiante violence à son pauvre voisin ? Rien sinon la douteuse réputation d’un pays riche qui n’a pas d’argent pour aider le Yémen à se développer, mais en a suffisamment pour le détruire.                                                                                    Après neuf mois de bombardements incessants au Yémen, l’ Arabie Saoudite se trouve empêtrée dans un bourbier qu’elle a elle-même créé et dont elle ne sait trop comment se sortir. D’où sa tentative désespérée d’impliquer des pays arabes et africains dans sa désastreuse aventure militaire.

L’autre grave décision prise par le souverain saoudien est l’exécution du dignitaire chiite Nimr al-Nimr. Certes, ce n’est pas le roi Salman qui l’a condamné à mort, mais tout le monde sait qu’aucune cour de justice saoudienne de quelque nature qu’elle soit ne peut émettre un jugement qui ne serait pas l’exacte traduction de la volonté de la cour royale.
Pourquoi les autorités saoudiennes ont-elles pris la décision d’exécuter Ckeikh Nimr al-Nimr le même jour que les 46 terroristes d’Al Qaida. La décision sent la manœuvre, car il est clair qu’en « noyant » le seul condamné à mort chiite dans la foule des 46 condamnés sunnites d’Al Qaida, les autorités saoudiennes tentaient de se disculper d’avance de toute accusation d’acharnement de nature confessionnelle. La manœuvre a échoué puisque les projecteurs de la presse mondiale ont été quasi exclusivement orientés sur l’exécution du dignitaire chiite, laissant dans l’ombre les 46 autres condamnés à mort.

En décidant d’exécuter le dignitaire Nimr al-Nimr, l’opposant le plus célèbre au régime des Al Saoud, l’Arabie Saoudite est-elle plus en sécurité face à ce qu’elle appelle « le danger chiite » ? Loin s’en faut. Cette décision malavisée démontre la propension des nouveaux dirigeants saoudiens à l’arrogance et à la provocation dans leurs relations avec les chiites en général et l’Iran en particulier.

Ce qu’il faut noter ici c’est que si les 46 terroristes d’Al Qaida ont commis des attentats ayant provoqué des morts et des destructions, Nimr al-Nimr n’a commis aucun crime pour mériter un tel châtiment. Il ne cachait pas son opposition à Al-Saoud, certes, mais il n’a jamais appelé à la violence. Sa condamnation à mort et son exécution ne peuvent donc s’expliquer que par la haine irrationnelle qu’éprouve l’establishment politico-religieux saoudien contre les Chiites.
Loin de servir l’ Arabie Saoudite en quoi que ce soit, l’exécution de Ckeikh Nimr al-Nimr fait de lui un martyr pour les millions de chiites et un héros en Iran ; provoque des manifestations en Iran, au Liban, à Bahreïn, au Pakistan, en Turquie etc. ; porte la tension entre Téhéran et Ryadh à un niveau inquiétant et, comme l’a écrit le journal ‘’Le Monde’’, « elle creuse la cassure confessionnelle au Moyen-Orient ».

La politique saoudienne ressemble à une fuite en avant d’un pays désorienté par les échecs de ses stratégies en Irak, en Syrie et au Yémen ; terrifié par l’accord nucléaire signé entre l’Iran et les 5+1, et surtout par la normalisation des relations américano-iraniennes, menées à bien dans le plus grand secret à Oman, membre du Conseil de Coopération du Golfe et donc allié de l’ Arabie Saoudite…

Ces difficultés interviennent au pire moment, au moment où le pays a de moins en moins les moyens financiers de sa politique avec le prix du baril qui a dégringolé de 110 dollars en 2014 à 36 dollars aujourd’hui.

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