ALECA, comment prendre la voie de l’intégration ?

ben mosbah« Nous sommes persuadés que l’intégration économique de la Tunisie est un moteur de croissance et un levier pour améliorer la compétitivité de nos entreprises » : c’est en ces termes que Ridha Ben Mosbah, conseiller économique auprès du Chef du gouvernement, a réitéré l’engagement du gouvernement envers l’ALECA, entendez l’accord de libre-échange complet et approfondi. Et ce, à l’occasion du colloque organisé par le Centre d’Etudes et de Recherches économiques et sociales (CERES), en partenariat avec la Délégation de l’Union européenne en Tunisie et l’Association arabo-africaine des études stratégiques sur le thème : « l’Accord de libre-échange complet et approfondi entre la Tunisie et l’UE ». A vrai dire, l’accord s’inscrit dans la trajectoire d’une coopération qui a commencé en 1976 et qui a été renforcée par l’Accord d’association de 1995, premier du genre avec un pays du sud de la Méditerranée.

Ridha Ben Mosbah a précisé que lors des accords de 1995, la Tunisie est passée à côté d’une remontée en gamme dans la chaîne de valeur et n’a pas entrepris, comme elle aurait dû, la densification de son tissu entrepreneurial. Il a appelé, à cet effet, à une évaluation rétrospective des retombées de cet accord notant en passant que l’absence d’études sur le sujet n’aide pas à éclairer le débat.

L’ALECA, qui se veut comme un prolongement et un approfondissement de cette coopération avec notre partenaire historique, vient intégrer le secteur de l’agriculture et celui des services, deux secteurs particulièrement sensibles en Tunisie. Le premier en raison de son enracinement dans le pays, son morcellement et ses faibles rendements et le second parce qu’il emploie 51.7% de la population active et compte 62.3% du PIB en 2014.
« Nous sommes parfaitement conscients de l’enjeu et nous mesurons l’écart de développement entre les deux parties. Au vu de cela, nous sommes déterminés à évaluer les besoins et à faire des études d’impact », a-t-il précisé. Et d’ajouter : « C’est une ultime chance pour engager la modernisation du secteur agricole. Malgré l’ampleur des tâches, nous entamons ces négociations avec beaucoup de sérénité. Nous devons relever les nouveaux défis de l’ALECA ».
Ridha Lahouel, ministre du Commerce, a appelé, quant à lui, à libéraliser les investissements tout en prenant en considération les écarts de développement et à adopter à cet égard des dispositions spécifiques non asymétriques. Il a souligné qu’il est question dans ce cadre d’une aide systémique pour mettre à niveau les services, notamment au niveau du transport, des TIC, de la santé et des métiers afin d’améliorer la capacité productive des entreprises tunisiennes, leur compétitivité et leur aptitude à exporter.

Evoquant la libéralisation du marché des services qui pose le problème de la libre circulation des ressources et des compétences, les deux représentants du gouvernement n’ont eu de cesse d’insister que le présent accord ne doit pas se limiter aux aspects commerciaux et financiers mais intégrer également toutes les libertés, notamment celle de la libre circulation des personnes. Le ministre a précisé dans ce sens l’importance de la facilitation de la procédure de visa.

En ce qui concerne le secteur agricole, Boubaker Karray, directeur général des Etudes et du développement agricole au ministère de l’Agriculture, des Ressources en eaux et de la Pêche, a insisté sur l’importance de la mise en place d’une analyse stratégique où l’attention sera portée non seulement sur le marché des produits mais aussi sur celui des facteurs, à savoir l’eau, la terre, le capital et la main-d’œuvre. Il a précisé que le raisonnement doit désormais être effectué en termes de filières. Selon ses dires, il urge à cet effet d’identifier les filières stratégiques au sein du secteur et de déterminer les facteurs clés de réussite aussi bien internes qu’externes.

De son côté, Laura Baeza, ambassadrice de l’UE en Tunisie, s’est plainte du fait que la perception des médias de l’ALECA reste généraliste, assez idéologique et parfois même plus critique que la société civile. Elle a appelé le monde universitaire et les experts des centres de recherche à s’y investir d’abord pour éclairer l’opinion publique mais aussi pour que les négociations soient plus fructueuses. Elle a précisé qu’il ne s’agit pas de négociations traditionnelles de libéralisation commerciale mais le but ultime étant de faciliter l’intégration des biens et services ainsi que l’investissement dans le marché intérieur européen. « Ce n’est pas une fin en soi mais un outil au service d’un partenariat privilégié, qui a été agréé après la révolution et intégrant entre autres le dialogue politique, la sécurité et la coopération scientifique », a-t- elle précisé. Elle a rappelé que l’ALECA est un accélérateur de réformes que la Tunisie a déjà décidé d’entreprendre et que, de toutes les manières, le pays a tout intérêt à entamer.

A travers une présentation, Michaella Dodini et Saoussen Ben Romdhane, de la Délégation de l’Union européenne en Tunisie, ont mis en évidence l’intérêt de l’ALECA pour la Tunisie. Ben Romdhane a souligné d’abord que la Tunisie est un pays où le niveau des restrictions au libre commerce est assez élevé, étant le 3ème marché le plus restrictif sur les 56 qui composent l’étude.

Elle a présenté des résultats théoriques et empiriques apportant aussi la démonstration que la libéralisation des services est de nature à promouvoir les exportations, à réduire les rentes de situation, à maîtriser les coûts de production, à créer des effets d’entraînement sur les autres secteurs, à intégrer la Tunisie dans la chaîne de valeur mondiale, à augmenter la croissance et à créer des emplois.

Quant à Mme Michaelle Dodini, elle a insisté sur l’importance des opportunités que présente cet accord en termes d’accès au marché européen mais aussi en crédits image et signal aux investisseurs étrangers. C’est une occasion pour améliorer la compétitivité des firmes tunisiennes, le niveau de transparence, alléger la bureaucratie et rapprocher le cadre réglementaire des standards européens. Elle s’est dite consciente que l’accord de 1995 a sous-performé sur certains aspects (investissements, barrières non tarifaires), mais elle n’a pas hésité de signaler qu’il serait illusoire de croire qu’il va résoudre tous les problèmes de l’économie tunisienne… A bon entendeur ! Et de conclure de fort belle manière en disant que cet accord est survenu au moment où l’UE est en train de négocier des accords commerciaux avec de grands partenaires dans le monde, témoignant ainsi de la place qu’ils accordent à la Tunisie.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here