Tunisie : Les médecins internes boycottent les hôpitaux

compétences médicales - l'économiste maghrébin

C’est fait! Le divorce entre les médecins internes et le ministère de la Santé a été prononcé. Ils ont en effet décidé de boycotter les stages en CHU, contestant les décisions prises à leur égard et ce ( bien évidemment) sans leur consentement. Pour cause, une nouvelle « formule »  du concours de résidanat dont les retombées sont loin d’être positives, pour les médecins internes tunisiens.

L’origine du problème : une réforme des études médicales dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est tirée par les cheveux, décidée en octobre 2014 et reprise par l’actuel ministre de la Santé. Celle-ci stipule la possibilité aux étudiants ayant validé leur cinquième année de médecine de passer le concours de spécialité.  A première vue cette décision paraît séduisante puisqu’elle permet à des étudiants ayant fraîchement validé leur cycle de formation théorique, de se réserver une place dans la très convoitée « case de la spécialité ».

Seulement pour l’édition « spéciale 2015 » du résidanat deux sessions ont été prévues, l’une organisée pour des candidats non concernés par la réforme ( qui s’est déroulée en octobre dernier) et une autre session prévue pour le mois de décembre.

Et c’est bien ici que se trouve le cœur du problème. Car la question qui se pose est la suivante:  qui comblera le vide causé par cette nouvelle formule de résidanat? Qui assurera le déroulement des gardes aux urgences et le bon fonctionnement des services entre octobre et décembre? Est-ce les anciens internes que plus rien ne rattachent au ministère de la Santé, en cette période de l’année ( leur contrat avec celui-ci ayant pris fin au début du mois de novembre de cette année), les nouveaux internes de deuxième année, ou ceux concernés par la session de décembre qui devront assurer gardes, travail au service et révision d’un concours dont la difficulté frise le ridicule?

Ce détail a sûrement dû passer inaperçu pour les décideurs de cette réforme, qui continuent à faire la sourde oreille. Pourtant, les conséquences ne tarderont pas à  s’abattre sur les CHU tunisiens, d’ici peu. Car ceux qui paieront la facture sont les patients qui seront privés de l’extrême polyvalence des internes tunisiens chargés d’effectuer tout un éventail de tâches passant par le nettoyage des salles de consultation, l’acheminement et la récupération de prélèvements de tout genre ( un grand classique), assurer la liaison entre services au lieu du téléphone, et pour les moins chanceux servir de putching-ball pour les séniors qui sentent le besoin de se défouler de temps en temps…

Des tâches qui dans l’inconscient collectif aideraient le médecin en formation à se disculper de l’étiquette qu’on s’acharne tant à lui coller; celle d’une personne née avec une cuillère en or dans la bouche et dont l’avenir est tracé d’avance.

Pourtant, ces mêmes tâches l’éloignent de la véritable vocation des stages d’internat, à savoir développer les connaissances du médecin au contact des patients et améliorer sur le terrain ses qualités de diagnosticien. Au lieu de ça, nos internes tunisiens sont voués à mesurer régulièrement et dans la plus grande rigueur, la glycémie et la tension de leurs patients durant leurs gardes.

Les internes ont décidé, au risque de voir leurs stages invalidés,  de contester cette mesure et d’amener les décideurs de ladite réforme à faire face à leurs responsabilités. Affaire à suivre.

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