Tunisie : Il faut oser diversifier les produits touristiques

«Pour une nouvelle approche: diversification, innovation et réformes structurelles», tel était le thème de la conférence de presse tenue ce matin par le Groupement professionnel du Tourisme – CONECT, en présence de Houssem Ben Azouz, président du GP Tourisme, Khaled Fourati, vice-président, Douja Gharbi, vice-présidente de la CONECT, ainsi que certains professionnels du secteur et des représentants des médias.

La crise que traverse le secteur du tourisme en Tunisie a prouvé l’extrême fragilité du produit touristique tunisien tel que développé dans les années 90 et 2000, basé quasiment sur un mono produit, le tourisme balnéaire, et dépendant à 80% de la programmation des tours opérateurs occidentaux.

«Cette crise nous pousse à repenser le modèle économique de ce secteur, à trouver des solutions à cette mauvaise situation conjoncturelle qui risque de durer et à amorcer les réformes structurelles, surtout au niveau du produit et de la gouvernance», a affirmé M. Ben Azouz.

Néanmoins, les professionnels du tourisme ont constaté une absence de stratégie claire de sortie de crise du gouvernement, pas de réelle vision stratégique à moyen et long terme et aucune volonté d’amorcer ces réformes tant attendues.

Pour ce faire, le GP tourisme a lancé une approche basée, en premier lieu, sur la diversification des produits touristiques qui correspond d’une part à une vraie prise en compte et adaptation à la demande touristique mondiale; et d’autre part à une volonté de diversifier les activités touristiques, afin d’étaler la saison et d’augmenter les recettes, en attirant une nouvelle clientèle à fort pouvoir d’achat.

Selon le président du GP Tourisme, cette diversification est axée, quant à elle, sur 12 produits à fort potentiel, à savoir le:

  • Tourisme de santé: thermalisme, thalassothérapie, tourisme médical;
  • Tourisme des seniors;
  • Tourisme d’affaires : MICE (Meetings, Incentive, Conference, Exhibitions);
  • Tourisme sportif: golf, sports mécaniques (autos, motos, quad, buggy), marathons, speed-sail, char à voile;
  • Tourisme culturel;
  • Tourisme nautique: ports de plaisance, plongée sous-marine, croisières;
  • Tourisme écologique : ornithologie, parcs naturels, géo tourisme (géologie et tourisme)…;
  • Tourisme d’aventure : randonnées pédestres, équestres, cyclotourisme, chasse;
  • Tourisme alternatif : tourisme solidaire…;
  • Hébergement alternatif : maison d’hôtes, gites ruraux, hôtels de charme;
  • Tourisme aéronautique : centres et clubs de loisirs aériens, avions tourisme, montgolfière, ULM, Parapente;
  • Tourisme automobile ou Auto loisirs: automobile club, caravaning et camping-car.

Ainsi, la nouvelle approche des professionnels est également basée sur le développement du Partenariat Public-Privé, et ce, via des contrats programmes avec les autorités de tutelle (ministère du Tourisme et ONTT, ministère de la Santé, ministère du Transport, ministère de la Culture…)

Une batterie de réformes tant attendues

Au plan des réformes structurelles du secteur du tourisme, M. Fourati, a annoncé qu’il est temps d’oser entamer les vraies réformes qui n’ont jamais étés effectuées avant, parfois pour des raisons politiques, parfois pour des raisons de préservation d’intérêts, et souvent pour des raisons de conservatisme à l’égard du changement, qui peut être douloureux mais nécessaire.

Dans ce sens, il faut arriver à maîtriser l’offre hôtelière, en redéployant une partie de cette offre sur d’autres activités touristiques et notamment les locations en meublé comme résidences de tourisme, en autorisant la reconversion d’unités hôtelières dans des activités autres que touristiques, relançant, développant et encourageant l’investissement touristique.

Les professionnels ont également recommandé de régionaliser la gouvernance touristique, visant à définir des «régions touristiques» équilibrées et intégrées, de définir avec la société civile des «Plans régionaux de développement touristique», de donner aux régions des moyens propres afin de réussir la gouvernance de l’activité touristique locale et notamment les moyens de promouvoir et de commercialiser le produit touristique propre à la région, de développer des labels propres de commercialisation, ainsi que de réformer les modes d’intervention du Fonds de compétitivité.

Il convient, ainsi, de sécuriser l’activité touristique, les hôtels et les zones touristiques, et ceux qui visitent les différentes attractions touristiques, et encourager l’hébergement alternatif dans les régions intérieures.

Dans le même sillage, M. Fourati a mis l’accent sur l’importance de libéraliser le ciel ( Open Sky ), afin de développer le tourisme et diversifier le produit, et sur l’amélioration de l’environnement touristique, et ce dans le cadre de la régionalisation de la gouvernance touristique préconisée.

Interrogé par leconomistemaghrebin.com sur la situation des établissements hôteliers qui ont mis la clé sous le paillasson,  Khaled Fourati a indiqué que le problème actuel est macroéconomique, touchant plusieurs parties prenantes, tels que les hôteliers, les employés et leurs familles, les fournisseurs, les banques…

A cet égard, il faut immédiatement sauver certains hôtels surendettés par leur reconversion dans des activités non touristiques mais fortement rentables, comme les cliniques, de retraite, établissements scolaires… Cette solution est, selon ses dires, favorable pour tout le monde.

«Il faut donc oser urgemment entamer les réformes. Mais tout le problème est là, car en Tunisie les responsables n’osent pas prendre de décisions douloureuses et courageuses», conclut-il.

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