Quand les réseaux sociaux interpellent les institutions publiques

Parmi les phénomènes qui ont pris de l’ampleur après le 14 janvier 2011, il y a est bel et bien le journalisme citoyen (organisation des événements sur les réseaux sociaux, lancement des campagnes…). Pression, manipulation ou sensibilisation de l’opinion publique, au-delà des objectifs à atteindre, sont devenues possibles grâce à l’évolution technologique et les autorités locales prennent en considération les publications, les avis et les actions menées à partir des réseaux sociaux.

La récente réussite de la campagne WINOU ETROTTOIR???… a montré que la pression exercée par les internautes n’est pas vaine et que cette initiative n’est pas tombé dans les oreilles d’un sourd. Voici que les agents de la municipalité de la ville de  Tunis ont procédé aujourd’hui  à la réquisition de 63 tables,  108 chaises sur 12 restaurants, café et bibliothèque  à l’arrondissement de Bab Bhar, et ce à travers la police municipale. Notons que dans un communiqué rendu public par la municipalité de Tunis il a été indiqué que  «  cette action vient comme réaction à la compagne WINOU ETROTTOIR???…

Cette campagne en effet a vu le jour sur le réseau social Facebook  sur un groupe  qui compte plus que 38.000 membres. A travers les jours, les membres n’ont pas manqué de publié les photos des tables et des chaises des restaurants et des café qui ont envahi les trottoirs ce qui a interpellé les autorités compétentes. A Sousse l’initiative a fait son effet car quelques jours après le lancement de la compagne, la municipalité de Sousse a mis à la disposition des habitants un mail pour envoyer les photos prouvant l’existence d’envahissement des trottoirs.

تفاعلا مع حملة « سيب التروتوار » قامت بلدية تونس عن طريق تدخل مصلحة إسناد الرخص بالطريق العام والشرطة البلدية في 03 سبتمب…

Posted by ‎Municipalité de la ville de Tunis بلدية مدينة تونس‎ on vendredi 4 septembre 2015

 

Nous avons vu d’ailleurs que les prémices de quelques réformes ont vu le jour après une pression exercée par des blogueurs, vidéo-blogueurs ou tout simplement des jeunes qui ont pris la peine de filmer des scènes jugées inacceptables dans des établissements publics.

Deux actes lourds de sens illustrent parfaitement ce propos. Le premier est l’enquête qui a été ouverte par le ministère du Commerce, suite à la publication d’une photo d’une bouteille d’huile contenant une souris, sur la page officielle Facebook et la deuxième est une visite effectuée par le ministre de la Santé Saïd Aïdi à l’hôpital de Nabeul pour s’enquérir de l’état de santé d’un vieux patient qui a été filmé dans une situation lamentable.

Une chose est sûre : tous les organismes publics font une veille sur ce qui se passe sur les réseaux sociaux, afin de comprendre les tendances, les revendications et les aspirations des citoyens.

La campagne « Winou El Petrole  » qui avait envahi les réseaux sociaux et les places publiques a permis en quelque sorte d’ouvrir le dossier du pétrole en Tunisie, car suite à ce mouvement- que certains considèrent comme spontané, alors que d’autres le disent organisé- le directeur de l’ETAP a accordé plusieurs interviews aux radios et aux chaînes TV et a crié sur tous les toits que l’ETAP prône la transparence dans toutes ses activités, sans omettre l’organisation de plusieurs colloques, durant la même période, pour évoquer le sujet de l’énergie et de la transparence en Tunisie.

Même, la nonchalance des fonctionnaires n’a pas été épargnée : récemment un jeune a posté une image montrant une fonctionnaire de la Cnam en train de naviguer sur Fb, laissant les gens attendre.

Ainsi, fini le temps où les revendications de la société civile tombaient dans l’oreille d’un sourd et les citoyens, désormais, ont leur mot à dire. Mais pourquoi ces publications peuvent-elles mobiliser pour ne pas dire déranger les responsables?  La réponse est simple : parce que le journaliste citoyen incarne la casquette du citoyen qui est concerné en premier lieu par le problème qu’il poste et parce que les problèmes divulgués par ces mêmes journalistes citoyens interpellent le public, surtout s’il s’agit d’un problème quotidien. Cameraman, commentateur et rédacteur en même temps,  telle est l’essence même d’un journaliste citoyen.

Autre raison qui explique la réussite et le succès des journalistes citoyens/ blogueurs auprès de leurs public, c’est qu’ils révèlent des vérités qui touchent toutes les catégories sociales. Ce qui conduit à se dire parfois que le journalisme citoyen porte à bout des bras les soucis des citoyens. Avant le 14 janvier, et avant même l’existence de Facebook, les journalistes citoyens et les blogueurs ont affirmé leur présence, comme Big Trap Boy, Tunisian Girl et Boudourou. A un moment où la liberté de la presse était un mythe, ces blogueurs ont pu, à travers leurs blogs critiquer des phénomènes de la société tunisienne, dans un style acerbe, direct et accessible au large public, ce qui a contribué à leur popularité.

Les réseaux sociaux sont ainsi devenus un média alternatif. Il suffit de se doter d’un ordinateur et d’une connexion internet, critiquer, revendiquer et dévoiler les vérités. Ceux qui tiennent les rênes du pouvoir savent très bien le rôle joué par les médias pendant les événements qui ont fait le lit du 14 janvier. Leçon assimilée ? On l’espère…

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