Elections – Débats télévisés : voici la bonne conduite à tenir

rendez-vous

Une riche littérature aussi bien académique que professionnelle livre de nombreux conseils à tout candidat politique qui s’essaye aux débats  télévisés. Afin de coller au mieux au moule télévisuel.

Les campagnes pour les Législatives et la Présidentielle n’ont pas encore commencé. Mais les débats les concernant ont par contre été bel et bien entamés à la radio et à la télévision. Nous avons là la meilleure preuve que l’audiovisuel est devenu, comme l’indiquent les spécialistes français des médias Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, dans « La Folle du logis, la télévision dans les sociétés démocratiques »  (Editions Gallimard, 1983, 350 pages), le lieu de débat dans les sociétés démocratiques.

Ici et là, le Tunisien voit en effet fleurir à la télévision, considérée comme le média bénéficiant de la plus grande audience, quelques émissions en Access Prime Time (entre 18 heures 30 et 20 heures) et en Prime Time (entre 20 heures 30 et 22 heures 30) des émissions politiques consacrées aux rendez-vous électoraux d’octobre-novembre 2014.

Une tendance qui va aller crescendo au fur et à mesure de l’accélération du tempo électoral. C’est dire que les candidats aux échéances électorales seront on ne peut plus sollicités pour défendre leurs idées et programmes.

Mais attention aux méprises et autres bourdes. Car si la télévision est un outil efficace pour quiconque souhaite assurer l’adhésion des électeurs et les mobiliser, elle constitue un redoutable «ennemi » lorsqu’on ne sait pas en faire bon usage.

Une riche littérature aussi bien scientifique que professionnelle existe aujourd’hui. Elle favorise une meilleure compréhension du fonctionnement du média télévision ainsi qu’une plus grande facilité à gérer les apparitions des politiques à la télévision.

« Je savais que vous alliez me poser cette question »

Pour commencer,  soigner les apparitions. Premier conseil toujours donnée : ne jamais aller à une émission sans avoir bien préparer ce que l’on va dire. Inutile de préciser qu’un politique se doit d’étudier ses interlocuteurs. Qu’il s’agisse de l’animateur ou des invités. Qui sont-ils ? Quelles questions peuvent-ils poser ? Quelles réactions peuvent-ils avoir sur telle ou telle question?

L’ancien vice-président américain, Dick Cheney, s’est trahi un jour de décembre 2008, en répondant à un journaliste, qui l’avait invité sur un plateau de télévision : « Je savais que vous alliez me poser cette question. Je me suis préparé avec mes conseillers. Et voici ma réponse. »

L’actualité du moment offre du reste une bonne occasion pour préparer une prestation. Un politique sait par expérience qu’un journaliste cherchera toujours à lui poser des colles sur les questions qui préoccupent l’opinion. Mais aussi sur son passé, sur son expérience du pouvoir, sur ses projets et programmes et comment il compte les mener, sur ses relations avec ses adversaires, sur le financement de sa campagne,…

Et attention aux pièges qui peuvent lui être tendus. L’interview télévisée est un exercice auquel il faut être préparé. « En clair, l’homme politique cherche à donner la même image de lui-même et le journaliste entend lui arracher les vers du nez », aimait à dire un des plus grands interviewers de l’histoire de la presse américaine, Charles Gibson, qui a animé, de 2006 à 2009, la célèbre émission Good Morning America.

« Vous sortez alors par une porte dérobée ? »

Certains journalistes savent être même « pervers » aux yeux des politiques. Un exemple parmi d’autres : un journaliste d’une radio régionale française  avait déstabilisé, un jour de juin 2008,  un ancien ministre de l’Economie en lui posant la question suivante : « Monsieur le ministre, vous êtes connu pour votre grande capacité de travail. Vous êtes, à ce qu’on m’a dit, à votre bureau à 7 heures 45 et vous en sortez rarement avant 20 heures 30 ? ».

Flatté par le compliment, le ministre s’est empressé de lui dire oui insistant sur le fait qu’il consacrait tout son temps au service de ses concitoyens. Mais à sa surprise, le journaliste lui posa une autre question : « Comment vous pouvez donc vous informer de la réalité sur le terrain ? ». Réponse du ministre qui a vite compris le piège : « Il m’arrive toutefois de faire des visites dans le pays ». « On ne me l’a jamais dit », a répliqué le journaliste « Vous sortez alors par une porte dérobée ? », a-t-il ajouté. Une manière de lui dire qu’il mentait.

Et attention, là aussi, aux réactions agressives ou aux menaces. Comme menacer de quitter le plateau. Cela veut dire que l’on n’est pas prêt à écouter les avis contraires et à débattre. Nous savons depuis Marshall Mac Luhan que la télévision est un « média froid » « réfractaire aux affirmations tranchées ». (Voir « Pour comprendre les médias », Paris : Seuil, 1977).

« Vous ne disposez que de 30 secondes ! »

Autre conseil de taille : comprendre le fonctionnement de la télévision. Ainsi, un invité doit souvent essayer de regarder la caméra. Le réalisateur utilise jusqu’à trois à quatre caméras. Il donne ainsi l’impression aux téléspectateurs de les regarder dans les yeux. Et rien n’est plus facile : la caméra dont le voyant est allumé est celle qui assure la captation des images.

Plus important encore, il ne faut pas espérer faire de longs et fatigants développements à la télévision.  Deux, voir trois idées maîtresses suffisent bien souvent. Et pas de thèse, synthèse et antithèse lorsqu’on parle. Une phrase ou deux phrases-choc suffisent. On laissera les longs discours pour la radio ou encore – et surtout – pour les supports écrits.

Il ne suffit pas d’être un spécialiste de la télévision pour comprendre que le « temps télévisuel » n’est pas élastique. Nous remarquons du reste que les animateurs des émissions de télévision sont toujours dans une course contre le temps. Ils n’ont qu’un mot à la bouche : « Vous ne disposez que de 30 secondes pour me répondre ! »

Le moule de la télévision est ainsi fait. Vouloir faire le contraire, c’est aller vers l’échec !

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