Natixis : la langue française, langue universelle en 2050 ?

La banque Natixis  vient de rendre publique au milieu du mois de mars dernier, une étude sur la langue qui sera la plus usitée  à l’horizon 2050 : Résultat ! Ce serait  la langue française, aussi  bizarre la conclusion soit-elle !

Comment serait-il possible que  la langue de Molière,  bien que demeurée longtemps par le passé langue de diplomatie et de culture, puisse resurgir demain, car 2050 n’en déplaise, c’est demain,  devenir première langue véhiculaire et  supplanter l’anglais.

L’étude, qui date en fait de septembre 2013, se base sur des prévisions d’évolution des populations d’ici l’année 2050.

Le nombre de personnes parlant le français ne cesse d’augmenter c’est un fait. Et cette dynamique va perdurer si plusieurs conditions sont réunies: la principale étant corrélée au fait que l’Afrique francophone continue d’utiliser le français dans la scolarisation des enfants. Dans cette hypothèse, qui paraît certaine, il est possible d’estimer à 750 millions le nombre de personnes ayant recours au français comme langue de communication d’ici à  2050. En 2010, on recensait déjà  220 millions de francophones dans le monde.

« Si le processus de scolarisation se poursuit dans les pays africains, et si ces pays continuent à enseigner le français aux enfants au cours des prochaines années, on comptera 715 millions de locuteurs du français, en 2050, soit 8% de la population mondiale prévue en 2050 (9 milliards)« , affirme Alexandre Wolff , responsable de l’Observatoire de la langue française (OIF), qui  établit ses propres projections, en s’appuyant sur les prévisions d’évolution démographiques de la population mondiale.

Ainsi la performance sera-t-telle rendue possible grâce  à l’Afrique, où se trouveront  85% des francophones,  à l’échéance prévue  estime l’OIF. Ce boom est le fait de la  forte poussée démographique en Afrique et notamment dans les pays subsahariens majoritairement francophones. L’Institut National d’Etudes Démographiques (INED) estime que la population totale de l’Afrique va passer de 800 millions en 2010 à 4,5 milliards en 2100.

Avec ses  750 millions de locuteurs français, contre 220 millions actuellement le français serait ainsi parlé par 8% de la population mondiale, à égalité avec le mandarin, devant l’espagnol, 7% et l’anglais 5%. De son côté, l’Association des démographes du Québec indique que d’ici  2050 la population francophone aura été multipliée par quatre alors que dans le même temps, la population mondiale sera multipliée par 1,5.

Seulement voilà ces conclusions semblent avoir été hâtivement tirées , en raison de la confusion  entre la langue officielle d’un pays et celle pratiquée par ses ressortissants, tout particulièrement en  Afrique subsaharienne où la population est loin de parler le français dans sa totalité. L’Afrique compte aujourd’hui environ 2000 langues. Le Cameroun en compte 280 contre 215 en République du Congo et environ une centaine au Tchad pour ne citer que ces pays . Parler français en brousse dans ces régions c’est peine perdue! Mieux vaut parler en peul,  wolof ou lingala.

De fait, les conclusions de l’étude de Natixis sont à modérer car  la méthode utilisée porte à controverse. En effet, dans cette étude  a été comptabilisé, par simple addition, comme francophones, l’ensemble des habitants des pays ayant en commun le français comme langue officielle ou comme langue administrative.  Le constat fait en Afrique subsaharienne est également valable pour l’Afrique du Nord et certains pays européens. Tous les Belges, Suisses et Luxembourgeois ne sont pas francophones.

Alors, sans pour autant être une annonce officielle, il est possible d’affirmer le contraire de ce qui a été avancé par Natixis: l’anglais sera toujours en 2050,  la langue la plus parlée au monde.

8 Commentaires

  1. Vous commettez une grave erreur. Ce sont les projections du Français que vous citez. Elles sont probablement très exagérées, mais pas si fausses comme vous le croyez. Le français gagnera plus de locuteurs avec une démographie galoppante en Afrique et aux Amériques. Et il vaut mieux que le Maghreb garde sa place dans le monde francophone tout en conservant une coexistence linguistique avec l’arabe et le berbère. Naturellement l’anglais restera la première langue mondiale, mais pas l’unique. il faut en tirer des conclusions justes et pas trop hâtives.

  2. La langue parlée à la maison n’est pas la seule qui compte. Si, dans un pays, on peut faire toutes ses affaires professionnelles et privées en français, que l’on soit national ou étranger, le pays est francophone.

    A l’époque de Voltaire, la majorité des Français parlaient des langues locales à la maison, mais le pays était néanmoins francophone pour tout son fonctionnement. Le poids démographique de la France, Y COMPRIS celui des dialectophones, faisait que le français était nécessaire aux autres pays européens. Cela se sera probablement le cas en Afrique, sauf si des pressions étrangères, ou les bêtises anglomaniaques des Français changent la langue d’enseignement.

  3. Les réponses aux réserves de l’article se trouvent, du moins en partie, dans l’article lui-même.
    Ainsi, les 280 langues du Cameroun, ou encore les 215 de la République du Congo sont mentionnées comme entrave au français en Afrique subsaharienne, tout comme le fait que la langue française ne soit que peu parlée dans les zones rurales.
    L’Afrique est le continent où l’urbanisation est la plus galopante (plus de 3% par an). En 2030, la population urbaine devrait dépasser la population rurale, et en 2040, 60% de la population africaine vivra en ville, d’après les projections.
    Or, si les zones rurales sont généralement assez homogènes d’un point de vue ethno-linguistique, ce n’est pas du tout le cas des zones urbaines. Dès lors, une langue véhiculaire s’impose toujours. Et là, de deux choses, l’une : soit une langue endogène, par son poids démographique ou économique, s’impose comme langue véhiculaire – comme c’est le cas avec le wolof au Sénégal ou l’Arabe tchadien au Tchad -, soit c’est le français. Ainsi, 99% des Abidjanais parlent français, à peu près le même taux qu’en… France. Et ce, du fait justement de la diversité ethno-linguistique du pays.
    Dans des États multi-ethniques dont l’histoire est parfois émaillée de conflits inter-ethniques, comme c’est le cas de la République du Congo par exemple (où le français est la langue la plus parlée), le français se pose souvent, non plus comme la langue du colonisateur, mais comme langue de communication, vecteur et instrument d’unité nationale.
    Tout ceci explique que, dans la plupart des pays Africains où le français est langue officielle, le pourcentage de la population parlant cette langue (1ère et seconde langue confondues, et à divers degrés de maîtrise bien sûr) ne cesse de progresser. Ainsi en Guinée, le pourcentage de locuteurs du français était estimé à 20% dans les années 1990, aujourd’hui à plus de 60%. Ajoutez la progression de l’éducation et de l’alphabétisation, l’influence des médias (francophones dans la plupart de ces pays), le poids économique des élites dirigeantes, auxquelles les futures classes moyennes, portées par la croissance économique qui devrait exploser, voudront se mêler, et vous comprenez pourquoi les prévisions sur l’influence du français sont si « optimistes ».
    Bien sûr, compter comme francophone la totalité des habitants recensés dans un pays dont la langue officielle est le français est grotesque; et il faut sérieusement pondérer son influence dans des pays comme le Sénégal et le Tchad. L’estimation actuelle de 220 millions de francophones dans le monde ne semble cependant pas commettre cette erreur, puisque les pays africains ayant le français comme langue officielle comptent, en cumulé, 363 millions d’habitants.
    De fait, le nombre de francophones en Afrique va très certainement exploser dans les 35 prochaines années et ce continent d’avenir incarne aussi celui de notre langue. Si l’anglais restera selon toute probabilité la langue internationale du XXIème siècle, il devrait sans doute perdre un peu de son (immense) poids au profit de langues comme le français, l’espagnol, le portugais ou le chinois.

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