Communication et santé : une équation si difficile à résoudre?

communication santé

La communication est un art délicat, la santé une préoccupation majeure dans une société de plus en plus exigeante, et qui suscite un intérêt grandissant auprès du public.

Fournir une information médicale de qualité ne s’improvise pas, elle nécessite une collaboration entre médias et professionnels de santé dans un esprit gagnant-gagnant. Au vu de la complexité de cette problématique, une conférence sur le thème «Communication dans le domaine de la santé» a été tenue à l’initiative du Comité National d’Ethique Médicale, afin de traiter tous les aspects qu’elle pourrait revêtir.

Loin de l’époque où le médecin était le seul détenteur de l’information médicale et auquel le patient accordait une confiance sans limite, l’heure actuelle est celle de la surabondance de l’information et de références dont la qualité n’est pas toujours garantie. En effet, la société actuelle privilégie la consommation de l’information, les sujets «brûlants» et «spectaculaires», au détriment d’une information médicale personnalisée ou scientifiquement validée.

S’ajoute à cela la course au buzz, qui peut malheureusement être source d’amalgames. Cependant dans certains cas, il n’y a pas de fumée sans feu, car sans manquements ou négligences certaines de ses affaires «brûlantes» n’auraient jamais eu lieu d’être. Or aucune profession ou corps de métier ne pourrait prétendre être irréprochable.

D’un autre côté, les médias sont d’une grande aide dans le domaine de la santé, car permettent la mobilisation de l’opinion publique sur des questions de santé majeures. Certaines affaires ont contribué au renforcement des lois relatives à la santé, à mettre le doigt sur les manquements dont souffre la profession médicale et à l’amélioration des services. Les médias participent également, à promouvoir et faire réussir les campagnes de santé visant le grand public. Avec cette volonté d’éclairer le lecteur ou spectateur, les médias jouent le rôle de promoteur du changement.

Si la communication relative à la santé semble être délicate, celle en rapport avec les personnes vulnérables l’est encore plus, pouvant aboutir à l’effet inverse de ce qui pourrait être recherché. La volonté de mettre la lumière sur une victime peut parfois exposer celle-ci à toutes sortes de réactions négatives. Si l’on prend l’exemple des personnes victimes de viol, dévoiler les éléments permettant de les reconnaître amène à les pénaliser doublement: par le drame dont elles sont victimes mais aussi par la stigmatisation liée à cette question taboue.

Les femmes victimes de violences sont souvent médiatisées, seulement certains traitements médiatiques peuvent amener à une victimisation secondaire (toutes les conséquences négatives liées aux réactions des individus et des institutions face à la victime) amenant la victime à souffrir doublement.

Par ailleurs la question du suicide mobilise souvent l’opinion publique, mais est-ce possible de traiter cette question sans en connaitre l’impact réel? Il a été prouvé que le récit médiatique peut fortement impacter le public cible. En effet, ce que les scientifiques appellent l’effet Wether ou suicide mimétique, phénomène mis en évidence en 1982 par le sociologue américain David Philipps, montre clairement une association existant entre traitement médiatique et morbidité/mortalité liée au suicide. Le nom de ce phénomène est d’ailleurs inspiré par une vague de suicides, produite en Europe suite à la parution du roman de Goethe, «Les Souffrances du jeune Werther».

Si le sujet est traité de manière dramatique ou de manière à miser sur le sensationnel, et si les détails du suicide sont dévoilés, il n’est pas impossible que cela puisse influencer un public vulnérable, susceptible de passer à l’acte. Cela a amené l’OMS à émettre des recommandations sur le traitement médiatique des cas de suicide dont parmi elles, celle d’aborder les cas de suicide en dehors de faits divers et dans le cadre d’une enquête ou reportage de fond.

Traiter les questions de santé est à l’heure actuelle une nécessité, seulement pour le faire, il faut avoir l’art et la manière, et cela n’est pas donné à tout un chacun!

 

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Publié le 11/12/2017 à 12:42

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