Trump : une conception israélienne du monde

Donald Trump Benjamin Netanyahu L'Economiste Maghrébin

Alors en pleine campagne présidentielle, Donald Trump avait déclaré que s’il était élu président des États-Unis, il reconnaîtrait Jérusalem comme la capitale d’Israël et transférerait l’ambassade américaine dans la Ville sainte : « je le ferais (…) plutôt rapidement » avait-il même précisé (dans une interview à CNN donnée en mars 2016).

Désormais élu, il l’a fait. En dépit des multiples mises en garde à l’égard de l’embrasement régional que risquait de susciter une telle décision, le président Donald Trump a en effet reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, dans un nouveau geste de transgression qui est la marque de son mandat présidentiel, le président américain Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël. Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a tenté de tempérer les propos de Donald Trump, en déclarant que les Etats-Unis ne déménageront « probablement » pas leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem avant au moins deux ans. Mais les conséquences mortifères de cette déclaration se sont déjà faites sentir sur le terrain, puisque des Palestiniens ont déjà payé de leur vie la montée de la tension avec Israël.

La déclaration du président américain a été prononcée lors d’une brève allocution au cours de laquelle il a justifié sa position par la volonté de suivre «une nouvelle approche» sur ce dossier et la nécessité de «reconnaître une réalité». La réalité du rapport de force prime manifestement sur la réalité du droit international… Car faut-il le rappeler, depuis la «guerre des Six Jours» (1967) et l’annexion de la partie orientale/arabe de Jérusalem, la résolution 242 du Conseil de sécurité (22 novembre 1967) appelle au «retrait des forces armées israéliennes de(s) Territoires occupés» dans le cadre de l’instauration d’une paix durable. Une résolution violée par la politique israélienne de colonisation de Jérusalem-Est (pis, la Knesset a déclaré- en décembre 1980- Jérusalem «réunifiée» comme «capitale» («éternelle et indivisible») de l’État d’Israël, qui se trouve confortée par la décision de Donald Trump.

En tenant l’une de ses promesses de campagne, le président américain rompt avec la ligne suivie jusqu’ici par ses prédécesseurs (qui se sont refusés de mettre en œuvre une décision votée déjà votée en ce sens par le Congrès, en 1995) et renforce l’impression d’un isolement international des États-Unis. Un paradoxe pour la première puissance mondiale, qui voit son soft-power s’étioler à mesure que son chef agit sur la scène internationale. Ainsi, si le président américain se dit encore déterminé à faciliter la recherche d’un accord de paix «acceptable pour les deux parties», sa prise de position sur Jérusalem le décrédibilise définitivement aux yeux des Palestiniens. Est-ce la fin du rôle d’ «honest broker», d’intermédiaire impartial, que Washington a longtemps revendiqué- avec une part de fiction non négligeable- sur ce dossier?

Pour Donald Trump, l’essentiel est ailleurs et se situe dans l’ordre politique intérieur: sa décision a d’abord vocation à remobiliser son électorat, composé en particulier de sionistes chrétiens, des fondamentalistes évangélistes pour lesquels la Palestine est le berceau du peuple juif, une «Terre promise» sur laquelle il convient de regrouper le «peuple élu» pour mieux amorcer sa conversion au christianisme…

Une décision unilatérale qui a provoqué une réprobation générale de la communauté internationale. Pour la première fois dans leur histoire de puissance mondiale, les Etats-Unis ne sont relayés par personne. Aucun allié occidental ne s’est aligné, comme lors de la décision américaine de quitter l’Unesco ou la COP21. La superpuissance américaine est devenue, paradoxalement, une puissance isolée. Reste que le dossier israélo-palestinien est désormais perçu comme stratégiquement secondaire aux yeux de nombreuses des puissances régionales et internationales.

Une erreur d’analyse au regard notamment du statut d’exception dont jouit Jérusalem. Cette décision a une résonance particulièrement forte compte tenu de la force symbolique de la ville de Jérusalem et du quitus qu’elle semble définitivement donner à la politique de colonisation israélienne à Jérusalem-Est et ailleurs en Cisjordanie. La stratégie diplomatique suivie depuis plus de deux décennies par l’Autorité palestinienne se trouve condamnée, alors que la posture agressive du Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, à la tête d’un gouvernement formé de partis nationalistes et religieux, se trouve couronnée de succès. Le tout sous le regard passif des pays arabes et européens… en attendant le grand embrasement?

La ville symbolise à elle-seule le caractère complexe et multidimensionnel du conflit israélo-palestinien : religieux, certes, mais surtout idéologique/nationaliste et territorial. Ces trois aspects sont intimement liés. Jérusalem abrite des Lieux saints pour les trois religions monothéistes. Une ville «trois fois sainte», en somme, et source de tensions interreligieuses continues et plus ou moins intenses. Le «noble sanctuaire» (selon les musulmans) est le troisième lieu saint de l’islam: il recouvre le dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa. Selon la tradition juive, le mont du Temple (détruit en 70 par l’Empire romain) était en lieu et place d’Al-Aqsa.

Au-delà de la dimension religieuse des territoires concernés, c’est une vision du monde qui rapproche D. Trump de B. Netanyahou. Ainsi, la logique sécuritaire et séparationniste du mur qu’Israël a construit sur le pourtour de Jérusalem-Est (jugé comme illégal par l’avis du 9 juillet 2004 rendu par la Cour internationale de justice) a été cité en exemple pour justifier le mur qu’il souhaite ériger entre les États-Unis et le Mexique : «Le mur est nécessaire»; «Ce n’est pas seulement de la politique et pourtant c’est une bonne chose pour la nation d’une certaine manière, parce que les gens veulent de la protection et un mur protège»; «Il suffit de demander à Israël. Israël vivait une catastrophe qui touchait le pays et qui venait de l’extérieur et les Israéliens ont construit un mur. Les entrées non autorisées se sont arrêtées à 99,9 %»… (interview à la chaîne ABC, le 26 janvier 2017)…

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