L’alliance américano-israélienne serait-elle à un tournant ? Entre la décision de Trump de couper l’aide militaire à l’Etat hébreu et les prises de distance de JD Vance, les fissures d’une alliance historique deviennent de plus en plus visibles.
Il y a des signes qui ne trompent pas. Mardi 3 novembre, en pleine journée électorale des midterms, Donald Trump annonce, à la surprise quasi générale, la fin, dès la fin de l’année, de l’aide militaire annuelle de 3,8 milliards de dollars accordée à Israël tout en maintenant les ventes d’armes américaines. « Le moment choisi par Donald Trump est remarquable, en pleine ouverture des bureaux de vote aux États-Unis, un président républicain s’écarte de ce qui est devenu un pilier de la politique étrangère américaine depuis des décennies », s’étonne The New York Times. Car, plus que la décision elle-même, c’est son timing qui interpelle. L’annonce du locataire de la Maison Blanche survient le jour des élections de mi-mandat aux États-Unis, cruciales pour les deux dernières années de sa présidence, et alors que des législatives viennent de se tenir en Israël.
Alors, s’agit-il d’une simple manœuvre électoraliste destinée à désamorcer les critiques des démocrates ou d’une véritable inflexion dans les relations américano-israéliennes ?
Trump ferme le robinet
« Nous donnons à Israël 4 milliards de dollars par an, et nous avons conclu un accord il y a des mois selon lequel nous arrêterions », a expliqué le président américain lors d’une interview téléphonique sur la chaîne Fox News.
Selon un protocole d’accord conclu en 2016, le versement de cette manne devait en effet s’achever à la fin de 2028. Cependant, le président américain a décidé d’accélérer les choses en expliquant qu’Israël est « un pays prospère qui n’a plus besoin de l’aide américaine, nous ne paierons plus ».
« Et pourquoi on devrait se faire pilonner par des dingos du genre El-Sayed s’ils n’en ont pas besoin ? Il visait ainsi le candidat démocrate au Sénat Abdul El-Sayed, grand détracteur de l’aide à Israël.
Selon lui, Benyamin Netanyahou aurait lui-même, il y a quelque mois, affirmé lors d’une rencontre qu’«il serait approprié pour Israël que nous ne recevions plus d’aide ». Le président a toutefois assuré que les Etats-Unis continueront à soutenir Israël « si cela est nécessaire ».
Les largesses de l’Oncle Sam
Pour rappel, l’assistance américaine à la sécurité d’Israël porte sur un montant de 38 milliards de dollars sur dix ans, dont 33 milliards en financements pour l’achat d’armements et 5 milliards pour la défense anti-missile. Sachant que cette assistance avait commencé en 2019, et avait été signée trois ans auparavant par le démocrate Barack Obama.
Rappelons également que la générosité de l’Oncle Sam avait atteint un niveau record en 2023, alors que Joe Biden était encore président. Israël avait alors reçu une rallonge exceptionnelle record de 14 milliards de dollars pour assurer les dépenses liées à la guerre dans la bande de Gaza, à la suite des massacres perpétrés dans le sud d’Israël par les islamistes du Hamas.
Au total, Israël est de très loin le pays ayant bénéficié des plus importantes largesses américaines. Depuis le début des années 1950, l’Etat hébreu a ainsi reçu quelque 158 milliards de dollars d’aide militaire ajustés à l’inflation. A ce total, s’ajoutent des dizaines de milliards de dollars d’aide civile directe, dont le versement a pris fin en 2008.
JD Vance prend ses distances
Le lendemain des élections de mi-mandat, mercredi 4 novembre, les déclarations du vice-président JD Vance sont venues donner une tout autre résonance à cette annonce. En imputant la défaite républicaine à l’impopularité de la guerre contre l’Iran, il a également identifié la nécessité de revoir les relations de Washington avec Tel-Aviv parmi les principales attentes des électeurs déçus de Trump.
A noter à ce propos que JD Vance, qui briguera probablement la Maison Blanche en 2028, avait auparavant reproché en privé au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, « d’avoir tort sur toute la ligne » concernant l’Iran.
Enfin, il a reconnu qu’il existait des situations où les intérêts américains et israéliens divergent, affirmant que l’objectif principal des États-Unis doit être un accord à long terme sur le dossier nucléaire iranien plutôt qu’un affaiblissement systématique de la République islamique.
Le début d’un désamour ?
Ces deux prises de position, émanant du président américain et de son plus proche collaborateur, qui ne relèvent pas nécessairement d’une stratégie concertée, semblent néanmoins traduire une même réalité : le soutien à Israël, longtemps considéré comme un pilier intangible de la politique américaine au Moyen-Orient, est désormais devenu un enjeu électoral majeur et une source de division jusque dans les rangs républicains.
Dès lors, il est légitime de penser qu’un changement notable semble se dessiner dans les relations entre Washington et Tel-Aviv. Pour autant, il serait prématuré d’y voir les prémices d’une rupture stratégique entre les deux alliés. Il s’agit plutôt d’une remise en question du soutien traditionnel, longtemps quasi inconditionnel, d’une partie de la classe politique américaine à Israël. Car, pendant des décennies, le soutien à l’État hébreu a constitué l’un des rares piliers de la politique étrangère américaine à faire l’objet d’un large consensus bipartisan à Washington.