Le président Donald Trump pourrait engager une nouvelle campagne militaire, brève mais particulièrement intense, à l’issue des élections américaines de mi-mandat prévues mardi 3 novembre. Il a ainsi affirmé que les États-Unis devraient, « à un moment, donner un coup de massue » à l’Iran. En réponse, Téhéran a mis en garde Washington : une reprise des hostilités risquerait de déboucher sur une guerre « plus longue que la précédente ». Des rumeurs évoquent même le recours ultime à l’arme nucléaire… Il faut dire que les précédentes interventions militaires américaines se sont soldées par une impasse stratégique, révélatrice des limites de la puissance militaire des États-Unis et du déclin de son hégémonie, y compris au Moyen-Orient. Une nouvelle opération viserait ainsi à restaurer et à réaffirmer sa domination.
L’impasse stratégique des précédentes opérations
La confrontation militaire directe entre l’Iran et la coalition israélo-américaine s’est articulée autour de deux séquences majeures. La première remonte à juin 2025, lorsqu’Israël a lancé une série de frappes contre les installations nucléaires iraniennes, officiellement présentées par Tel-Aviv comme des opérations préventives visant à empêcher Téhéran de se doter de l’arme atomique. La seconde, d’une tout autre ampleur, correspond à l’offensive israélo-américaine déclenchée en février 2026. Celle-ci a notamment entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei et l’élimination de plusieurs responsables de premier plan, sans pour autant provoquer l’effondrement du régime ni parvenir à neutraliser définitivement les capacités militaires conventionnelles et nucléaires de l’Iran.
Pire, le détroit d’Ormuz, particulièrement stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, n’est plus libre de navigation… La coalition israélo-américaine s’est ainsi heurtée à une résilience iranienne manifestement sous-estimée.
La confrontation a mis en lumière l’incapacité des États-Unis à imposer leurs conditions et à atteindre les objectifs stratégiques qu’ils s’étaient fixés. A l’inverse, l’Iran peut revendiquer une forme de victoire politique et stratégique, à tout le moins à court terme. Plusieurs éléments étayent cette lecture.
En premier lieu, Téhéran a démontré sa capacité à entraver, voire à paralyser, la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Il a ainsi révélé l’existence d’un puissant levier de pression et de dissuasion à l’échelle internationale. En deuxième lieu, malgré l’ampleur des destructions, le pays a préservé une partie substantielle de ses capacités stratégiques. Enfin, la guerre n’a pas entraîné de changement de régime à Téhéran.
L’équilibre interne du pouvoir s’en trouve toutefois sensiblement modifié. Le conflit semble avoir conforté le noyau dur du régime, structuré autour des appareils militaires et sécuritaires, tout en accentuant la répression intérieure. Le poids politique, économique et militaire des « Gardiens de la révolution », déjà déterminant dans l’architecture institutionnelle iranienne, s’en trouve renforcé. À terme, cette évolution pourrait favoriser une transformation de la nature même du régime, même s’il convient de préciser que dans le contexte d’une confrontation prolongée de basse intensité, le régime iranien aurait difficilement les moyens de résister durablement à un blocus de ses ports par la marine américaine, source d’asphyxie économique.
La reprise des hostilités devrait avoir pour principales victimes les pétromonarchies de la région, déjà lourdement affectées par la guerre. En étant ciblée par des attaques iraniennes et faute de défense américaine efficace, leur vulnérabilité a éclaté au grand jour. Elles ont vu leur modèle de développement, fondé sur la stabilité politique, l’ouverture économique et l’attractivité financière, profondément ébranlé en quelques semaines. Sortis de cette confrontation considérablement affaiblis, ces États apparaissent désormais plus exposés aux menaces extérieures et aux fragilités internes.
Loin d’avoir permis une stabilisation durable de la région ou une refonte de ses rapports de force au bénéfice de la coalition israélo-américaine, cette séquence met en évidence les limites de la coercition militaire et illustre, une nouvelle fois, le paradoxe de « l’impuissance de la puissance » : la supériorité militaire ne garantit ni la victoire politique ni la capacité à façonner durablement les équilibres d’un environnement stratégique complexe, en particulier dans le cadre de conflits asymétriques…
L’intérêt stratégique d’une nouvelle opération
Le premier intérêt stratégique d’une nouvelle opération consisterait à atteindre les objectifs non réalisés et de corriger les résultats jugés insuffisants de la précédente campagne militaire :
- Détruire les installations nucléaires et militaires qui auraient échappé aux précédentes frappes ;
- Empêcher la reconstitution des capacités balistiques iraniennes ;
- Réduire durablement les moyens de riposte de Téhéran ;
- Bref, imposer un rapport de force plus favorable avant toute reprise des négociations.
Ensuite, il s’agirait de restaurer la crédibilité de la puissance américaine. C’est probablement l’un des enjeux les plus importants. L’incapacité de Washington à obtenir une capitulation politique de Téhéran, malgré une supériorité technologique et militaire écrasante, a été interprétée comme un signe d’affaiblissement de la puissance américaine. Or, la crédibilité des États-Unis repose aussi sur leur capacité à faire respecter leurs lignes rouges et à dissuader leurs adversaires de les contester, y compris en vue de la protection d’Israël au Moyen-Orient…