Le politologue Sami Jallouli a dressé un état des lieux sur les enjeux du Sahara. selon lui, près de la moitié du territoire national est désertique, mais reste sous-exploitée alors qu’elle constitue à la fois une profondeur stratégique, une zone sensible sur le plan sécuritaire et un potentiel économique majeur.
Pour Sami Jallouli, le désert n’est pas une marge vide, mais la « première ligne de défense » de la Tunisie. Les immenses espaces faiblement peuplés du Sud exposent le pays à des risques liés aux frontières, aux trafics et à la faiblesse de la présence de l’État.
Il estime donc qu’un peuplement organisé, des infrastructures et une présence économique durable dans ces régions permettraient de renforcer la souveraineté nationale, de rééquilibrer le territoire et de réduire la pression démographique et urbaine sur le littoral et le Nord.
Un « plan Marshall » made in Tunisia
Le politologue propose un vaste programme national de mise en valeur du Sahara, inspiré de la logique d’un » plan Marshall ». A savoir, un effort massif, coordonné et de long terme pour transformer le Sud en pôle de développement.
Son projet reposerait sur trois leviers principaux :
1-Des avantages fiscaux et fonciers pour attirer les investisseurs, les entreprises et les nouveaux habitants.
2-La création de nouvelles villes dans le cœur du désert, pensées comme de véritables centres économiques et administratifs.
3-Une exonération, pendant au moins vingt ans, des frais d’électricité, d’eau, de télécommunications et des impôts pour les populations qui s’installent dans ces zones.
Selon lui, cette durée de vingt ans permettrait d’ancrer une génération dans ces territoires, puis d’en faire un socle de stabilité humaine et économique transmissible aux générations suivantes.
Le désert comme moteur économique
Sami Jallouli voit dans le Sahara tunisien un espace capable d’accueillir une économie productive diversifiée : oasis agricoles, exploitations agricoles, forages, routes, aéroports, administrations, usines, entreprises, hôtels et centrales solaires.
Il insiste particulièrement sur les ressources en eau souterraine et sur le dessalement de l’eau de mer à partir de Zarzis, associé à une agriculture intelligente face au climat. Il propose même d’étudier un canal circulaire partant de Zarzis vers l’intérieur du gouvernorat de Tataouine, en s’inspirant de l’expérience du canal Maghreb réalisé dans les années 1980.
Une vision stratégique pour la Tunisie
Pour Sami Jallouli, développer le désert reviendrait à protéger les frontières, rééquilibrer le territoire national, désengorger les régions côtières et créer une nouvelle dynamique économique dans le Sud.
Il considère que, s’il était étudié sérieusement, ce projet pourrait devenir l’un des plus importants en Afrique et transformer durablement la géographie économique de la Tunisie.
Il reconnaît toutefois que le contexte institutionnel, économique et administratif actuel rend difficile la réalisation d’un tel programme. Son appel relève donc davantage d’une réflexion stratégique destinée à préparer les politiques publiques de demain, dans l’attente d’une volonté politique capable de les mettre en œuvre.