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En lisant: Ezzeddine Zayani : « La contestation lycéenne en France rebat les cartes de la campagne présidentielle »
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Leconomiste Maghrebin > Blog > Idées > Interviews > Ezzeddine Zayani : « La contestation lycéenne en France rebat les cartes de la campagne présidentielle »
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Ezzeddine Zayani : « La contestation lycéenne en France rebat les cartes de la campagne présidentielle »

Nadia Dejoui
2026/10/24 at 1:14 PM
par Nadia Dejoui 11 Min Lecture
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Crédit photo: amélioré avec IA
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Entre un désordre mondial de plus en plus instable et une France traversée par la colère lycéenne et les tensions politiques, les points de rupture se multiplient. L’ancien diplomate Ezzeddine Zayani décrypte, dans cet entretien, une crise aux multiples facettes, sociale, économique et identitaire et ses possibles répercussions sur les Tunisiens résidant en France.

Contents
L’extrême droite veut faire campagne avec cela. Elle veut faire passer dans les esprits des électeurs, surtout les plus âgés, l’idée que les casseurs sont des Maghrébins, des Arabes ou des immigrés en situation irrégulière. La France aura toujours besoin d’une Tunisie qui regorge de compétences, et nous avons besoin d’eux. Il faut retrouver l’équilibre qui existait du temps de De Gaulle et de Chirac.Je l’espère. Il y a deux signaux très importants. Le premier, ce sont les élections de mi-mandat (midterms, ndlr) du 3 novembre aux États-Unis. Leurs résultats seront très importants,

Interview. 

Comment analysez-vous ce qui se passe en France ces dernières semaines, entre les manifestations lycéennes, les violences et la mobilisation… ?

Je dirais, sans exagérer, qu’il s’agit d’une crise à multiples facettes. Il y a ce que nous voyons, mais aussi ce qui est larvé, caché, ce que l’on cherche à laisser dans l’opacité. Il faut rappeler également que le mouvement lycéen est d’abord né de revendications légitimes : des établissements dignes de ce nom, des conditions d’études correctes et la défense d’une école publique accessible. C’est d’abord le refus de l’abandon de quelque chose qui a fait la puissance de la France : l’éducation gratuite et de qualité.  

Plus encore, cette colère serait également liée à la dégradation des services publics, à la crise économique et à l’endettement de l’État français. Les lycéens dénoncent notamment le manque de moyens, les professeurs non remplacés, les classes surchargées et les inégalités scolaires entre territoires. Ce qui fait que la contestation lycéenne en France va sans doute rebattre les cartes de la campagne présidentielle de 2027. 

Certains y voient une récupération politique du mouvement lycéen, notamment par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Partagez-vous cette lecture ?

 Absolument. Il y a eu, à mon avis, un véritable hold-up de cette manifestation lycéenne. C’est une aubaine pour ceux qui cherchent à faire autre chose que d’aboutir sereinement aux revendications des lycéens. De ce fait, l’approche de l’élection présidentielle de 2027 explique en grande partie cette instrumentalisation.

La France insoumise, le Parti socialiste, la droite et l’extrême droite cherchent chacun à se positionner. Les dés sont jetés, chacun connaît les visées de l’autre. La droite tente d’exploiter cette situation extrêmement difficile pour démontrer qu’elle est capable de maintenir l’ordre. 

La droite et l’extrême droite ont-elles réussi à imposer l’idée que les violences seraient le fait de Maghrébins, d’Arabes ou d’immigrés en situation irrégulière ?

A priori, non. Il n’y a pas eu un déferlement vers Marine Le Pen. Ce qui est remarquable, c’est que La France insoumise n’a pas baissé les bras et a tenu bon. Médiapart a rapporté les propos d’un commissaire des services de renseignement affirmant avoir reçu une consigne de cibler le parti de Jean-Luc Mélenchon, tandis que des policiers contestaient l’attribution des violences à LFI. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a, pour sa part, accusé les Insoumis d’avoir « jeté de l’huile sur le feu » en dénonçant une instrumentalisation des services de renseignement.

 Ce démenti de Médiapart a eu un effet considérable. Il y a encore des garde-fous : les gens du pouvoir ne peuvent plus commercialiser certaines manipulations comme avant. 

François Hollande et Dominique de Villepin ont-ils joué un rôle dans ce basculement ?

 Oui. J’ai suivi la déclaration de François Hollande, qui s’est élevé contre cette façon d’accuser gratuitement La France insoumise. Et Dominique de Villepin a montré, une fois de plus, que c’est le sage qui parle. Quand le sage parle, les autres doivent écouter.  Selon lui, ces réactions constituent “un coup de semonce important. On ne peut pas, dans une véritable démocratie, accuser sans preuves. La démocratie n’est pas encore perdue”.

Pourquoi l’extrême droite insiste-t-elle autant sur l’islam, l’immigration et l’origine des casseurs ?

Parce qu’elle veut faire campagne avec cela. Elle veut faire passer dans les esprits des électeurs, surtout les plus âgés, l’idée que les casseurs sont des Maghrébins, des Arabes ou des immigrés en situation irrégulière. Or, ce n’est pas si simple. A mon humble avis, je pense que les Français ne sont plus disposés à absorber « n’importe quoi ».

 

L’extrême droite veut faire campagne avec cela. Elle veut faire passer dans les esprits des électeurs, surtout les plus âgés, l’idée que les casseurs sont des Maghrébins, des Arabes ou des immigrés en situation irrégulière.

 

La crise française est-elle donc davantage économique et sociale qu’identitaire ?

 Oui. La crise véritable de la France ne se situe pas au niveau de ces tartes à la crème : islam, immigration, Arabes. Elle est au niveau de l’endettement, du pouvoir d’achat et des choix économiques, notamment liés aux conséquences de la guerre en Ukraine. Ce sont des erreurs que l’on a essayé de camoufler par des vidéos, des annonces et des déclarations complètement fausses. 

Pensez-vous que ce mouvement va s’essouffler, notamment avec les vacances scolaires ?

Peut-être. Les autorités comptent beaucoup sur cet élément : les vacances, mais aussi peut-être l’apaisement grâce à ce que le gouvernement propose. La preuve, on parle de 3 500 enseignants contractuels affectés pour parer au manque et aux vacances de postes. 

Avec l’approche des échéances électorales et la montée de l’extrême droite, n’y a-t-il pas une inquiétude pour les Tunisiens vivant en France ?

 Il faut faire très attention. Ceux qui n’ont pas la nationalité française doivent rester neutres et ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de la France. En revanche, les binationaux ont le droit de s’exprimer sur leur pays d’adoption, mais dans la légalité, jamais en tant que casseurs. La France aura toujours besoin d’une Tunisie qui regorge de compétences, et nous avons besoin d’eux. Il faut retrouver l’équilibre qui existait du temps de De Gaulle et de Chirac.

 

La France aura toujours besoin d’une Tunisie qui regorge de compétences, et nous avons besoin d’eux. Il faut retrouver l’équilibre qui existait du temps de De Gaulle et de Chirac.

 

Quel rôle jouent les médias français dans ce climat de tension, notamment après les tirs de Trappes et La Verrière vendredi 23 octobre ?

Le rôle des médias français est particulièrement délicat dans une période de forte tension. La manière dont un fait divers ou un acte criminel est relayé peut contribuer à éclairer l’opinion publique, mais aussi, involontairement ou non, à nourrir un climat de peur et de méfiance. Ce qui s’est passé le 23 octobre 2026 à Trappes et à La Verrière est d’abord un drame humain. Un homme de 39 ans a ouvert le feu depuis sa voiture, causant la mort d’une personne et blessant cinq autres, dont une enfant de 12 ans. D’ailleurs, le Parquet national antiterroriste s’est saisi du dossier, évoquant des assassinats en relation avec un mobile potentiellement raciste.

À ce stade, la prudence s’impose. Tant que l’enquête n’a pas permis d’établir l’ensemble des faits et des motivations, il est important d’éviter toute généralisation. Un acte criminel, aussi grave soit-il, ne doit pas être transformé en accusation contre une communauté, une origine ou une religion.

Certains médias sont régulièrement critiqués pour une couverture jugée trop axée sur la sécurité et l’identité. Il appartient toutefois à chacun d’apprécier le traitement de l’information. L’essentiel est de rappeler que les médias ont une responsabilité : informer avec rigueur, respecter la présomption d’innocence et distinguer clairement entre un individu, un acte et une communauté.

 

Je l’espère. Il y a deux signaux très importants. Le premier, ce sont les élections de mi-mandat (midterms, ndlr) du 3 novembre aux États-Unis. Leurs résultats seront très importants,

 

Dans un contexte électoral tendu, cette rigueur est encore plus nécessaire. La France a besoin d’un débat apaisé, fondé sur les faits, et non d’amalgames susceptibles d’alimenter les peurs et les divisions.

Ce désordre mondial va-t-il s’estomper pour laisser place à un nouvel ordre mondial, ou est-il encore trop tôt pour le dire ?

 Je l’espère. Il y a deux signaux très importants. Le premier, ce sont les élections de mi-mandat (midterms, ndlr) du 3 novembre aux États-Unis. Leurs résultats seront très importants, car ils dévoileront un autre visage de cette Amérique.

Ces élections de mi-mandat renouvelleront les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 sièges du Sénat. Les manifestations dans les grandes universités américaines seront-elles suivies dans les urnes ? C’est le premier signal que nous devons suivre de près. Le second, ce sont les élections en Israël. Si les Israéliens veulent la paix, ils devront sanctionner Netanyahou. Une fois cela fait, peut-être nous pourrons nous remettre à espérer et retrouver un certain optimisme. 

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MARQUÉE: Etats-Unis, Extrême droite, Ezzeddine Zayani, france, Israël
Nadia Dejoui 24 octobre 2026
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