Avec les réseaux sociaux, nous changeons pratiquement de paradigme. L’attention et les moyens de la capter est au cœur des actions des acteurs du net. Et ce, dans un vécu digital reposant sur les émotions. Encouragé par une prolifération du populisme et de ses travers.
Les réseaux sociaux sont le terrain privilégié des émotions par rapport à celui de la raison ! Jeudi 8 octobre 2026, le professeur Mehdi Mabrouk, universitaire spécialisé en sociologie et ancien ministre de la Culture (2011-2014), est venu défendre cette idée devant les étudiants et enseignants de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI), à l’occasion de la Conférence inaugurale de l’année universitaire 2026-2027 de l’établissement. Une tradition qui n’est autre qu’un événement académique solennel qui marque le début de l’année universitaire.
Thème d’actualité, celui traité par Mehdi Mabrouk (« Les émotions à l’ère digitale et l’économie de l’attention ») a mis en évidence ce que beaucoup d’entre nous ont, sans doute, remarqué. « L’amour, la haine, la peur, la perte de confiance, la jubilation face aux malheurs d’autrui et bien d’autres émotions sont devenus le trait commun de nombreux messages auxquels nous sommes exposés dans le digital », assure le conférencier. Et Mehdi Mabrouk d’ajouter que cette tendance intervient dans un contexte international marqué par une « prolifération du populisme et de ses travers ».
« Affirmer son prestige et défier ses rivaux »
Des émotions qui n’étaient dans le passé qu’un « résidu » ou encore qu’un « déchet » au niveau du discours tiennent aujourd’hui la vedette. Comme du reste cette « extimité » qui consiste pour une personne « à rendre visibles et publics certains fragments de sa vie intime physique ou psychologique ». Et, donc, de s’éloigner de ce qui était un principe sacro-saint : ne pas exposer son « intimité ». L’ancien ministre de la Culture a évoqué, dans ce cadre, le « potlatch », cette « cérémonie traditionnelle pratiquée par les peuples autochtones de la côte nord-ouest du Pacifique où l’on vient offrir nourriture et biens et affirmer son prestige et défier ses rivaux ».
Et parallèlement à ce vécu, que l’on ne peut que vérifier sur le net, il y a une réelle volonté d’accaparer l’attention de l’internaute sur les messages que l’on partage. D’où cette « économie de l’attention ». Une attention qui constitue un « marché » dans un environnement fait d’une multitude d’informations. Vous l’avez compris, l’attention de ce point de vue est « une ressource rare » et une « marchandise négociable ». Et les acteurs du net se focalisent sur « la capacité des individus à accorder leur attention » sur ce qu’ils disent et montrent. L’attention, un « bien rare » et non plus seulement les « facteurs de production ». Autant dire que nous sommes bel et bien rentrés dans une nouvelle ère économique.